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François Fillon présente un programme économique basé sur la rigeur.
François Fillon présente un programme économique basé sur la rigeur.
©Reuters

Peut mieux faire

Propositions économiques de François Fillon : un vrai sérieux budgétaire qui fait l'impasse sur un léger détail... l'absence de croissance

Dans son programme économique pour 2017, François Fillon se réfère au programme mis en place au Royaume-Uni en oubliant que la banque centrale britannique l'avait soutenu d'un montant équivalent à 20% du PIB

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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C’est au tour de François Fillon de se lancer dans l’arène des programmes économiques pour la France. A trois ans des présidentielles, il est clair que la relative précocité de l’exercice ne semble effrayer personne. Et si l’ancien Premier ministre se refuse à assumer une ligne "Thatcher", l’orientation "rigoureuse" ne fait pas beaucoup de doutes.

La réduction des dépenses publiques

En premier lieu, François Fillon souhaite s’attaquer à la baisse des dépenses publiques. La méthode est claire, il s’agit de diminuer les effectifs de 600 000 personnes. Etant donné que le total était de 5.5 millions à la fin 2013, le plan consiste à réduire les coûts de 11% sur la masse salariale publique. Une somme qui représentait 273.3 milliards à la fin 2013. Avec un calcul simpliste, et en lissant cet effort sur 5 années, l’économie réalisée atteint 90 milliards. Pour le Premier ministre, pas question d’abaisser la qualité des services, il insiste donc sur la durée du temps de travail, passant de 35 à 39 heures, soit une hausse de….11%. Dans un fichier Excel, l’équation est parfaite. Reste à savoir si le tableur sera aussi efficace dans la réalité. Les 4 heures supplémentaires effectuées par les fonctionnaires en poste seront-elles aussi productives que celles effectuées par les 600 000 personnes sur le départ ?

Pour parvenir à un total de baisse des dépenses de 110 milliards, reste à trouver 20 milliards. Le "millefeuille administratif" est ici la cible principale.

La politique sociale

Le point phare consiste à réformer une nouvelle fois à réformer les retraites, en fixant l’âge légal de départ à 65 ans. Ici, difficile de ne pas être d’accord tant la situation des retraites françaises pèse sur les comptes publics. Sur ce poste, la France fait réellement figure de dernier de la classe au plan mondial. La question n’est donc pas de savoir si l’âge de la retraite sera relevé un jour, mais quand. En dépensant 13% de son PIB sur ce poste, la France paye 3 points de PIB de plus que la moyenne des pays de L’OCDE. Car en France la moyenne d’âge de départ est à 59 ans, contre 63.5 en moyenne dans l’OCDE. Pour parvenir à ce chiffre moyen, le chiffre de 65 ans est adapté.

La réduction des aides aux chômeurs peuvent sembler plus problématiques puisque le chômage est à son plus haut historique dans le pays. La remise en cause des quelques 30 milliards de la formation professionnelle est également au programme, reste à en dessiner les contours.

Les entreprises

Le grand retour de la TVA sociale est au programme. C’est-à-dire une hausse de 3.5 points de TVA permettant de financer une baisse massive de charges sur les salaires. En d’autres termes, une dévaluation fiscale consistant à baisser le coût du travail tout en pénalisant la consommation. L’effet recherché est que l’ensemble de la consommation est alourdie, et seul le coût du travail baisse. En relatif, l’avantage est donc donné aux biens et services produits sur le territoire. A ce jour, les différentes études menées sur ce sujet sont mitigées. Si des effets peuvent avoir lieu sur le court, moyen terme, ils s’annulent sur le long terme. De plus, une telle hausse de 3.5 points de TVA est prise en compte dans le calcul de l’inflation. Ce qui n’est pas neutre. En effet, une telle hausse artificielle de l’inflation aura des répercussions sur la politique de la BCE, qui aura tendance à vouloir réduire le taux d’inflation par une contraction de l’activité. Une telle politique représente donc un réel risque et des effets non certains.

Les impôts sur le revenu et le patrimoine

Elargissement de l’assiette de l’Impôt sur le revenu afin de rétablir un principe d’égalité devant l’impôt. Suppression de l’impôt sur la fortune et de la taxe à 75% sur les plus hauts revenus. Des taxes dont l’existence relève du au symbole, et dont la remise en cause est tout aussi symbolique. Il s’agit donc ici d’une approche bien plus politique qu’économique.

Conclusion

Le programme de François Fillon a l’avantage d’être clair. Les failles du système français sont identifiées, mêmes ci certaine mesures découlent plus du calcul de coin de table que d’une réelle analyse. Reste un problème, de taille. Sans croissance, un tel programme est tout simplement inapplicable. François Fillon avait pu soutenir la volonté de la BCE de soutenir la croissance dasn les colonnes du journal le Point, en appuyant la mise en place du plan d’assouplissement quantitatif européen dévoilé le 2 octobre. Si l’ancien Premier ministre veut se référer aux réformes mises en place au Royaume Uni, il ne doit pas oublier que la Banque d’Angleterre a soutenu le gouvernement de David Cameron pour un montant supérieur à 20% du PIB du pays. Ce qui représente une somme de 400 milliards à l’échelle de la France. Il convient vraiment de ne pas oublier cet aspect de l’Histoire, sinon, rien de tout cela ne sera possible.

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