Projet d'accord COP21 : la voie de la facilité | Atlantico.fr
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Une version intermédiaire du projet d'accord de la COP21 a été remise ce samedi 5 décembre.
Une version intermédiaire du projet d'accord de la COP21 a été remise ce samedi 5 décembre.
©Reuters

Déception en vue

Projet d'accord COP21 : la voie de la facilité

Après une semaine de discussions, une version intermédiaire du projet d'accord de la COP21 a été remise, comme convenu, ce samedi 5 décembre à Laurent Fabius. Si les premières réactions semblent positives, le rapport n'est pas à la hauteur des espérances.

Jean-Paul Maréchal

Jean-Paul Maréchal

Jean-Paul Maréchal est Maître de conférences en Science économique à lUniversité Paris Sud. Il est l'auteur de l'ouvrage Chine/USA. Le climat en jeu, Paris, Choiseul, 2011, 116 p.

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Nous disposons depuis quelques heures du résultat de la première semaine de négociations de la COP21. Il s’agit de l’aboutissement (provisoire) de quatre années de négociations entamées à Durban en décembre 2011. On mesure le chemin parcouru depuis la tristement célèbre conférence de Copenhague en 2009 et il faut donc saluer le travail accompli.

Il convient cependant de faire la différence entre l’exploit diplomatique qui consiste à faire s’entendre (ou du moins ne pas s’opposer !) 195 pays sur un texte et le fait que ledit texte soit adapté à la nature du problème. 

Un petit retour en arrière s’impose. Lors des négociations sur le Protocole de Kyoto l’une des questions clés était de s’entendre sur le niveau de réduction d’émission de gaz à effet des serre des pays de l’Annexe B (une quarantaine de pays industrialisés). 

Une telle pierre d’achoppement n’existe plus aujourd’hui puisqu’on s’est bien gardé dans le texte proposé ce samedi d’indiquer un volume global de réduction. Pourtant le temps presse.  En effet, d’après le GIEC, l’humanité ne peut plus émettre que 1 000 milliards de tonnes de CO2 si elle ne veut pas que la température terrestre s’élève de plus de 2 degrés par rapport à son niveau de l’époque préindustrielle. Or, le texte ne repose que sur les engagements volontaires des pays négociateurs.  Ceux-ci s’avèrent pourtant nettement insuffisants puisque, toujours selon les experts du GIEC, avec les engagements dont nous disposons à ce jour, 75% de ce budget de 1 000 milliards de tonnes sera épuisé en 2030.

De plus, un certain nombre de questions de fond n’ont pour l’heure pas été tranchées. La première porte sur l’objectif d’élévation de température à atteindre. Pour le moment, l’article 2 contient deux objectifs : « en-dessous de 1,5 °C » ou « bien en-dessous de 2°C ». La deuxième concerne le principe de partage du poids de l’ajustement entre pays anciennement industrialisés, pays en développement et pays émergents. En particulier, les Etats-Unis refusent de reconnaître leur responsabilité historique tandis que certains grands émergents comme la Chine ne veulent pas s’engager à aider les pays les plus pauvres à lutter contre le changement climatique. La troisième difficulté, justement, est celle du financement du fonds destiné à aider les pays les plus pauvres à effectuer leur transition vers une économie à faibles émissions en CO2 et à s’adapter à l’élévation des températures en cours et à venir. Enfin, mais la liste pourrait être allongée, la quatrième difficulté renvoie aux mécanismes de révision des engagements et de contrôle des mesures adoptées pour les respecter.

On comprend pourquoi la négociatrice française Laurence Tubiana a déclaré : « Le travail n’est pas fini, a-t-elle ajouté, des questions politiques majeures restent à trancher, il nous faudra toute notre énergie, intelligence, capacité de compromis, capacité de voir loin pour pouvoir arriver à notre résultat. » C’est le moins qu’on pouvait dire…

A l’évidence, on est loin d’un certain nombre de projets tels que celui proposé par Joseph Stiglitz il y a quelques années qui aurait consisté à lier les questions de commerce international aux questions environnementales et, par exemple, à imposer une taxe carbone aux pays ne participant pas activement à la lutte contre le réchauffement climatique.

Mais, à partir du moment où aucun pays ne voudra passer pour le fossoyeur d’un accord climatique mondiale et où l’accord en question se fondera sur des engagements volontaires des pays, on ne voit pas ce qui pourrait empêcher un « succès » à la fin de la semaine prochaine. Surtout si l’on appelle « succès » l’adoption d’un accord non contraignant. D’ailleurs, on parle de plus en plus depuis quelques jours de « pacte mondial ».

Est-ce à dire qu’un tel accord sera inopérant ? Qu’il ne s’agira que d’un ensemble de solutions lexicales à un problème auquel aucune réponse sérieuse ne sera apportée ? Si une telle hypothèse ne saurait être écartée, elle ne saurait cependant en aucun cas être tenue pour une certitude. En effet, même s’il est bien en retrait par rapport à ce qui serait nécessaire d’un point de vue scientifique, un tel accord constituera néanmoins un levier que pourront utiliser les forces sociales de nombreux pays pour demander le respect des engagements pris. Et réclamer d’aller plus loin. C’est la raison pour laquelle, quelles que soient les insuffisances du texte, son adoption sera une bonne nouvelle pour la planète entière.

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