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Presse people : 
les Anglais pires que tout ?
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Scandalous !

Presse people : les Anglais pires que tout ?

L’hebdomadaire News of the World vient d’être sabordé en raison des révélations sur ses méthodes scandaleuses dont l’onde de choc atteindrait même le pouvoir. Mais au fait, la presse trash française peut-elle donner des leçons de morale aux tabloïds d’outre-Manche ? Une ancienne journaliste people compare...

Clarisse Mérigeot

Clarisse Mérigeot

Clarisse Mérigeot est journaliste. Elle vient de publier Le Club des 27 ans, (LC Éditions - 2011). Elle a débuté à France Dimanche avant de travailler par la presse gay, puis people trash. Elle a publié "Presse People, récit d’une collaboration toxique"  Anabet, 2010. www.clarissemerigeot.com

 

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Atlantico : L’actualité de ces derniers jours est le scandale des écoutes tous azimut de News of the World et sa fermeture. Que vous inspire la fermeture de ce titre centenaire ?

Il est largement admis que la principale différence entre la presse à scandale française et la presse à scandale anglo-saxonne réside dans le fait que tout y est publiable pourvu que la chose soit vraie et qu’elle puisse être aisément prouvée. Je ne me sens ni choquée ni même surprise. Il me paraît relativement logique qu’un tabloïd ait fini par se prendre les pieds dans le tapis en allant trop loin dans sa quête de « vérité ».

Le titre News of the World a coulé en raison de ses méthodes peu glorieuses, les tabloïds français sont-ils plus clean ?

S’il est question de piratage de messagerie, il ne faut pas chercher bien loin pour savoir que nous avons eu des problèmes similaires en France par le passé. En 2006. Si je me souviens bien, deux journalistes avaient piraté les messageries vocales de Guillaume Canet, Carla Bruni-Sarkozy, Patrick Bruel. Des extraits de leurs conversations ont été publiés par France Dimanche, Public, et Entrevue. Les victimes ont porté plainte. Une information judiciaire a été ouverte pour « violation du secret des correspondances ».

D’autres anecdotes vécues lors de votre passage dans la presse people ?

Oui, il m’est arrivée de voir dans les rédactions pour lesquelles j’ai travaillé, des médecins qui vendaient les dossiers d’hospitalisation de patients célèbres, des policiers qui proposaient des extraits de plaintes, des matons qui avaient en leur possession des vidéos de détenus célèbres, tournées à leur insue. C’est parfois assez cocasse : il m’est arrivé de prendre des appels téléphoniques que je croyais être des plaisanteries, des gens qui m’appelaient en numéro masqué et qui appliquaient un mouchoir sur le combiné. Il y a eu des rencontres « à l’écart », des gens qui agissaient comme s’ils mourraient au moindre couac alors qu’il s’agissait seulement de vendre des photos d’une star atteinte à 14 ans d’une poussée d’acné. Mais il y a eu plus grave : des joueurs de foot qu’on faisait chanter. Des armoires à glace veillaient à ce que les photos incriminantes ne soient ni copiées, ni même touchées par une main indélicate. L’information vient le plus souvent du père, du frère, de l’amie, du voisin… Ou alors des personnelles elles-mêmes, qui n’ont aucune limite en ce qui concerne la façon de mener à bien leur promotion.

Des souvenirs gores ?

Oui, j’ai vu des choses à soulever le coeur. Des photos d’un acteur mort dans un accident de la route. Un automobiliste s’était arrêté pour prendre en photos ses restes avec son téléphone. Le corps avait été éparpillé en mille morceaux sur la chaussées. J’ai été témoin d’un appel, il s’agissait pour l’interlocuteur de vendre la preuve (vidéo) que telle personnalité avait été violée. J’ai vu circuler le rapport de police d’une star de télé réalité violée par trois hommes qui l’avaient laissée pour morte. Le dossier contenait tous les détails de la scène, mais à l’époque, nous n’en avons rien fait. Cette anecdote est importante. Il n’était pas question de la peur d’un quelconque procès, ni même de représailles. Il s’agissait simplement d’une jeune femme qui avait un passif lourd de crises et de malheurs divers. À quoi nous aurait servi la publication sinon à faire s’effondrer son existence davantage ? La presse people a des limites, quoi qu’on puisse en dire.

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