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Les consignes de vote n’intéressent-elles que ceux qui les donnent ?
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Cause toujours

Les consignes de vote n’intéressent-elles que ceux qui les donnent ?

Français Bayrou était le dernier candidat à se prononcer, ce jeudi, sur une éventuelle consigne de vote. Il a finalement choisi de ne pas en donner, se contentant d'annoncer son vote personnel. Dans tous les cas, son annonce n'aurait sans doute pas eu d'impact sur le choix de ses électeurs.

Eddy  Fougier, Jérôme Sainte-Marie,Christian de Villeneuve

Eddy Fougier, Jérôme Sainte-Marie,Christian de Villeneuve

Eddy Fougier est politologue, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

Jérôme Sainte-Marie est Directeur du Département Opinion de l'institut de sondage CSA.

Christian de Villeneuve est journaliste. Il est l'ancien directeur des rédactions du Parisien, du Journal du Dimanche et France Soir

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Atlantico : Après Marine Le Pen le 1er mai, François Bayrou a annoncé ce jeudi son vote personnel pour le second tour de l’élection présidentielle, sans donner de réelle consigne de vote. La plupart des autres candidats ont appelé leurs électeurs à voter pour l’un ou l’autre des finalistes. Ces consignes ont-elles concrètement un impact sur le second tour ?

Eddy Fougier : Dans l’ensemble, l’impact est mitigé. Lorsqu’un candidat type Jean-Luc Mélenchon appelle à voter François Hollande, il s’agit d’un vieux réflexe de désistement classique. Il y a de grandes probabilités que l’électorat suive. Pour des forces politiques comme le Front national ou le MoDem, qui ne sont pas dans le système politique, c’est beaucoup plus compliqué, d’autant plus que les électeurs sont moins captifs du discours de leurs leaders.

Le pourcentage de gens qui suivent vraiment les consignes est difficile à établir. Rappelez-vous en 2005 : le PS et les Verts avaient appelé à voter Oui au référendum sur la Constitution européenne et une majorité de leurs électeurs avaient voté Non. On voit donc que sur un certain nombre de sujets sensibles, les consignes de votes ne sont pas toujours efficaces.

Il y a aujourd’hui un degré d’information qui permet aux électeurs de se faire une opinion par eux-mêmes. Les électeurs de François Bayrou ont vu les différents meetings, les commentaires, le débat de mercredi, qui a joué un rôle important pour les indécis… Ce que dit Bayrou au bout du compte est sans importance. A la marge, peut-être certains se diront-ils : « si Bayrou veut voter Hollande, je vais jeter un dernier coup d’œil  son programme ». Mais les consignes de votes ne me semblent pas conforme à l’esprit critique et de plus en plus défiant des citoyens.

Christian de Villeneuve :  Je crois que les Français aiment de moins en moins qu’on décide et qu’on pense à leur place. Aujourd’hui, entre 80 et 90% d’entre eux ont déjà fait leur opinion, grâce à la multiplicité des moyens d’information. Qu’un leader donne son opinion, ça a une importante relative. Certes, il ne faut rien négliger dans la dernière ligne droite, particulièrement si le match est serré., néanmoins les Français sont de plus de plus libres et ne suivent pas aveuglément les consignes. Elles peuvent avoir un impact en fonction du charisme de celui qui les donne, mais ça reste marginal.

Je pense que pour beaucoup d’indécis, l’opinion se fait au dernier moment et dans la solitude de l’isoloir, les gens votent en fonction de leur statut social et de leur intérêt personnel, pas des consignes.

Jérôme Sainte-Marie : Donner une consigne a certainement moins de sens aujourd’hui que dans les années 70 où les électeurs étaient beaucoup plus encadrés par leurs pratiques anciennes et leur culture politique. De nos jours, je ne pense pas que les consignes soient très suivies. Au contraire, ça serait presque l’inverse. Les consignes lancées par les leaders sont plus le fruit des attentes de leurs électeurs. Ca correspond bien à la boutade qui dit : « je suis leur chef, donc je les suis ».

Quel intérêt ont donc les candidats à donner une consigne finalement peu suivie d’effets ? Et surtout, pourtant l’annoncer si tard, le 1er mai pour Marine Le Pen et le 3 pour François Bayrou ?

Jérôme Sainte-Marie : L’intérêt de Marine Le Pen est sa cohérence politique. Comment pourrait-elle assumer l’action d’un gouvernement qu’elle auraient soutenu ? Avoir ensuite une critique crédible ? Ca serait très difficile pour elle de soutenir Nicolas Sarkozy, alors qu’elle a un électorat composite. Par ailleurs, il est dans son intérêt qu’il perde. La position de François Bayrou n’est pas simple, car il n’est pas dans la position d’un faiseur de roi. Peut-être attendait-il des signes des leaders principaux avant de se déclarer, je ne sais pas.

Eddy Fougier : Marine Le Pen a fait sa déclaration durant sa manifestation autour de Jeanne D’Arc car elle voulait en faire un moment politique. François Bayrou dit lui avoir attendu de voir le débat pour se faire une idée des candidats. L’idée d’être le dernier à se prononcer pour garder une sorte d’importance est peut-être aussi  entrée en ligne de compte… Mais il avait le risque d’être peu audible, car il s’agissait d’un faux suspense.

Christian de Villeneuve :Maintenir le suspense a permis à François Bayrou de continuer à exister après le premier tour. Vous ne me ferrez pas croire que le débat à définit son opinion, qu’on sait déjà faite depuis longtemps.

A gauche, Eva Joly, Jean-Luc Mélenchon et Philippe Poutou ont dès le 22 avril rallié François Hollande. Ces consignes étaient-elles simplement symboliques, puisque leurs électeurs étaient déjà acquis au candidat socialiste ?

Christian de Villeneuve : On n’imagine pas une minute qu’ils aient pu appeler à voter pour Nicolas Sarkozy. C’est une évidence, même s’ils auraient pu appeler à voter blanc, comme l’a fait Nathalie Arthaud. Mais dans d'éventuelles négociations, ils pourront se prévaloir d’avoir apporté des électeurs, surtout Jean-Luc Mélenchon avec ses 11%. C’était une façon de montrer sa loyauté, pour avoir une circonscription gagnable aux législatives. C’est du rapport de force.

Eddy Fougier : Jean-Luc Mélenchon avait intérêt à rallier rapidement Hollande, car il avait pas mal axé sa campagne contre lui. Son ralliement n’était pas si évident que ça, vu ses critiques contre le « capitaine de pédalo ». Ca a donc été un aspect important pour les électeurs. D’autant qu’ils aurait pu exiger des contreparties, des postes potentiels ou des circonscriptions aux législatives.

Jérôme Sainte-Marie : Ces ralliements à gauche ont deux intérêts. D’une part, ils évitent tout reproche en cas de défaite de François Hollande. D’autre part, s’il est élu, ses soutiens auront une forme de droit moral sur la victoire, à laquelle ils auront contribué. Ca leur donne une légitimité supplémentaire.

Propos recueillis par Morgan Bourven

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