Présidentielle 2017, la question qui fâche : au-delà de la progression du FN, combien y-a-t-il de Français (encore) prêts à voter contre l’élection de Marine Le Pen quel que soit le candidat qui l’affronte ? | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Politique
Présidentielle 2017, la question qui fâche : au-delà de la progression du FN, combien y-a-t-il de Français (encore) prêts à voter contre l’élection de Marine Le Pen quel que soit le candidat qui l’affronte ?
©FRANCK PENNANT / AFP

Front républicain

Présidentielle 2017, la question qui fâche : au-delà de la progression du FN, combien y-a-t-il de Français (encore) prêts à voter contre l’élection de Marine Le Pen quel que soit le candidat qui l’affronte ?

Nous en sommes à peu près certains, Marine Le Pen sera au second tour de la présidentielle contre un Emmanuel Macron ou François Fillon. Mais est-ce que les reports de voix seront aussi évident qu'il ne l'avait été en 2002 dans le duel Chirac-Le Pen ?

Jean-Daniel Lévy

Jean-Daniel Lévy

Jean-Daniel Lévy est directeur du département politique & opinion d'Harris Interactive.

Voir la bio »

Atlantico : En ce mois de février, l'intégralité des sondages publiés laissent entrevoir la présence de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, en face à face contre Emmanuel Macron ou François Fillon. Alors que l'élection de 2002 avait été l'occasion d'une forte mobilisation dans le sens d'un Front Républicain, quels sont les changements à attendre sur ce point ? Le Front Républicain est-il encore à l'ordre du jour ? 

Jean-Daniel Levy : Le front républicain ne marche plus en matière de sémantique. Marine Le Pen incarne dans une certaine mesure la République parce qu'elle parle de laïcité, de légalité, de solidarité. Elle ne donne pas l'impression de s'opposer à la République. On lui reconnait d'ailleurs l'emploi de termes qui sont républicains et non plus antirépublicains. 

Il y a encore des réflexes qui existent cependant. On a pu le voir lors de précédentes élections comme lors des régionales ou des départementales ou elle n'est pas parvenue à s'imposer dans un duel direct mais a réussi des scores qui sont de plus en plus importants lors des seconds tours. Les reports de votes sont issus d'électorats qui ne se sont soit, pas déplacés au premier tour ou alors qui ont voté pour elle au deuxième tour. Cela a été le cas dans la circonscription de Xavier Bertrand, dans celle de Gérald Darmanin, mais aussi lors des dernières élections régionales en Nord Pas-de-Calais-Picardie ou Marine Le Pen a progressé de plus de cent mille voix, Marion Maréchal Le Pen de plus de soixante mille voix et Florian Philippot de plus de cent cinquante mille voix. A chaque fois, il y a eu des plafonds qui ont fait qu'elle n'est pas parvenue à dépasser le seuil des cinquante pourcent au deuxième tour pour être élue. 

Toutefois, on peut constater une vraie progression du Front National. Aujourd'hui, elle s'articule dans une période ou le regard sur Marine Le Pen est beaucoup plus apaisé. Les électeurs de gauche en parlent de façon beaucoup plus distanciée qu'avant et les électeurs de droite sont beaucoup plus attirés par le discours de Marine Le Pen comme c'était le cas lors de l'émission politique sur France 2. 

Alors que les électeurs de Marine Le Pen semblent être fortement mobilisés, l'enjeu du second tour de la Présidentielle a-t-il plus à voir avec la capacité de mobilisation de ses opposants plutôt que dans l'élargissement du socle électoral de Marine Le Pen ? 

Il est beaucoup trop tôt pour le dire. On ne sait pas encore sur quelle thématique cette élection se jouera. Emmanuel Macron, François Fillon ou Jean-Luc Mélenchon et même Benoit Hamon sont de possibles adversaires. On ne peut exclure aucune hypothèse aujourd'hui. La nature changera selon l'électorat qui sera confronté à Marine Le Pen au second tour de la présidentielle. Il y a cet environnement à prendre en compte parce que l'effet ne sera pas le même que l'on soit confronté une personne de gauche, du centre ou de droite. Les électeurs de gauche se mobilisent beaucoup plus pour un candidat de droite et un électeur de droite en faveur d'un candidat de la gauche. Le troisième aspect important, c'est que cette situation fait que le débat peut ne pas être qu'un débat gauche-droite. Le débat peut ne pas porter seulement entre d'un côté, Marine Le Pen pour le Front National et de l'autre, le camp Républicain ou un autre camp. Le débat peut aussi porter sur qui est en faveur de la protection et qui est plutôt en faveur d'une forme de libéralisme. Ce débat est de nature à faire bouger les lignes avec un électorat qui n'est pas enthousiasmé par Marine Le Pen mais peut être effrayé par des propos tenus par François Fillon en matière sécurité sociale d'un côté et par Emmanuel Macron en matière de liberté individuelle de l'autre.  

Entre un Emmanuel Macron partisan de "l'ouverture", et un François Fillon bien plus nuancé sur ce point, quel candidat pourrait être le plus à même de battre Marine le Pen au second tour ? Paradoxalement, et à rebours des derniers sondages, le positionnement d'Emmannuel Macron, se révélant toujours plus favorable à cette notion "d'ouverture sur le monde' (21% des français y sont favorables) n'est-il pas théoriquement le plus fragile pour un second tour ?

Aujourd'hui, Emmanuel Macron paraît comme le plus rassembleur au second tour que ne peut l'être François Fillon. Mais nous sommes encore dans un moment ou la campagne n'a pas clairement commencé et ou les enjeux ne sont pas clairement perçus. On a des réponses de "sondages" mais pas encore des réponses qui sont liées à des dynamiques électorales issues du premier tour. 

Emmanuel Macron n'est pas forcément le plus fragile pour un second tour. En effet, il y a cet élément d'ouverture sur le monde, mais François Fillon a pris position sur une partie des systèmes de solidarité qui déstabilise une partie de son électorat et notamment chez les catégories populaires. Le résultat n'est pas assuré. 

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !