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Préparation de sa retraite : pourquoi il est nécessaire de créer un nouvel instrument d’épargne entièrement dédié à cet objectif

Cela ne fait plus aucun doute, le régime de retraites actuel de notre pays ne peut plus garantir à chaque Français les revenus nécessaires au financement de sa vie "après le travail". Dans cette situation, quelles sont les solutions pour sauver sa retraite ? Assurance-vie, PERP, PEA, PERCO... les options existantes ont beau être nombreuses, elles ne sont pas satisfaisantes. Les auteurs proposent la mise en place du PERF (Plan épargne-retraite familial), une nouvelle solution d'épargne permettant à chaque citoyen de changer son rapport à la retraite. Extrait de "Retraite, bâtissons notre avenir !", de Didier Le Menestrel et Damien Pelé, publié chez le Cherche-Midi (1/2).

On a beau retourner le problème dans tous les sens, une seule vérité s’impose : il revient à chaque citoyen épargnant de se préparer, d’assumer la responsabilité de ses vieux jours. Aujourd’hui, un Français utilise pour cela les moyens mis à sa disposition par l’État, mais les différents régimes (en défaillance annoncée) comme les solutions complémentaires (peu rémunératrices ou limitées) ont tendance à l’éloigner de cette responsabilité. Il est nécessaire de créer un nouvel instrument d’épargne entièrement dédié à cet objectif, pour faire en sorte que le citoyen actif redevienne véritablement… acteur de sa retraite.

Bien entendu, il ne s’agit en aucun cas de militer pour une disparition brutale du système actuel par répartition : qui pourrait tolérer qu’un État laisse ses citoyens les plus âgés dans le dénuement ? Notre système doit rester en place, mais il doit être sérieusement réaménagé pour être financièrement viable sur le long terme et peser le moins possible sur les actifs, de sorte que ces derniers puissent préparer sereinement leur complément de retraite au cours de leur vie professionnelle. « Quand j’étais négociateur retraite pour la CFE-CGC, j’avais moi aussi pensé à un produit d’épargneretraite comme strate supplémentaire pour le régime Agirc-Arrco, se souvient Danièle Karniewicz, syndicaliste et présidente de la Caisse nationale d’assurance vieillesse entre 2001 et 2011. Pas en remplacement mais en complément du régime, pour assurer un peu la longévité et l’équilibre des caisses. Mais les partenaires sociaux étaient contre », précise-t-elle.

Les Français sont prêts pour une telle transformation sociétale : une étude du cabinet Deloitte sur la préparation de la retraite rendue publique fin 2014, a révélé que six Français sur dix étaient favorables à la création d’une épargneretraite obligatoire. C’est-à-dire qu’ils accepteraient d’être contraints à épargner à titre personnel pour leurs vieux jours, en plus des cotisations déjà incluses dans leur salaire, afin de compléter une pension qu’ils savent condamnée à baisser inexorablement. Une autre preuve de l’évolution des mentalités a été donnée par le dernier sondage du Cercle des épargnants et de l’institut CSA, paru en avril 2015, sur le thème de l’épargne et de la retraite : plus d’un actif sur deux estime qu’il n’aura pas les ressources pour vivre correctement une fois à la retraite et 55% d’entre eux disent épargner déjà pour leur retraite.

Le problème est que la France ne dispose pas d’un environnement particulièrement favorable à l’épargne, notamment l’épargne de long terme : « Le taux moyen implicite de taxation du capital, qui inclut l’ensemble des taxes pesant sur le capital (taxes sur les flux, y compris les plus-values, et sur le stock de capital, mobilier et immobilier, des entreprises et des personnes physiques), s’élevait en 2012 à 46,9 %, soit le niveau le plus élevé en Europe, devant l’Italie qui se situe à 37% », signale Denis Kessler, P-DG de Scor, qui travaille sur le sujet de la retraite depuis près de quarante ans..

Et ce problème, loin de se résoudre, s’est accentué depuis quinze ans : « Ce taux a augmenté de 6,6 points depuis 2000, soit la seconde plus forte hausse en Europe, sachant que, dans les deux tiers des pays européens, ce taux a diminué », poursuit Denis Kessler. Cela explique sans doute l’attirance des Français pour les enveloppes fiscales : « Le problème des Français n’est pas le manque d’épargne, mais le mauvais placement de cette épargne, et ça, c’est aussi la faute des banquiers qui ne savent proposer que l’assurance vie à leurs clients ! » souligne Monika Queisser, directrice du département Social Policy de l’OCDE et membre du COR.

De fait, les Français ont été trop habitués – presque drogués ! – à des placements sans risques tels que le livret A ou l’assurance vie. À l’été 2008, alors que la crise financière bat son plein, le gouvernement fait grimper le taux du livret A à 4 % avant de le généraliser à toutes les banques à partir du 1er janvier 2009. Il oriente ainsi l’épargne des particuliers vers un placement imbattable : sans risques, l’épargne reste disponible à tout moment, avec un rendement attractif et entièrement défiscalisé. Le succès est immédiat et spectaculaire : entre fin 2008 et 2014, l’encours des livrets détenus par plus de 60 millions de Français passe de 140 à 235 milliards d’euros (+68 % !). Aujourd’hui, alors que le taux annuel du livret A n’est plus que de 1 %, les épargnants se réorientent vers les contrats d’assurance vie, comme par réflexe. Or, malgré les avantages qu’elle propose, l’assurance vie est principalement investie en emprunts d’État (80 % des encours), une classe d’actifs réputée peu risquée mais surtout peu rémunératrice, dont les rendements s’affaiblissent inexorablement. Là encore, les épargnants privilégient la garantie permanente du capital, et bien sûr les attraits fiscaux de l’assurance vie.

Extrait de "Retraite, bâtissons notre avenir !", de Didier Le Menestrel et Damien Pelé, publié chez le Cherche-Midi, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 

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