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Le Pape François au Kenya.
Le Pape François au Kenya.
©Reuters

La bourde

Pourquoi vouloir empêcher le pape d'aller en Centrafrique était une lourde erreur de François Hollande

Le pape François a foulé le sol du continent africain pour la toute première fois de son pontificat en novembre dernier. Et le Président français a essayé d'empêcher cette visite, ce qui a eu des conséquences diplomatiques dramatiques.

Roland Hureaux

Roland Hureaux

Roland Hureaux a été universitaire, diplomate, membre de plusieurs cabinets ministériels (dont celui de Philippe Séguin), élu local, et plus récemment à la Cour des comptes.

Il est l'auteur de La grande démolition : La France cassée par les réformes ainsi que de L'actualité du Gaullisme, Les hauteurs béantes de l'Europe, Les nouveaux féodaux, Gnose et gnostiques des origines à nos jours.

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Le pape a fait un voyage triomphal en République centrafricaine, malgré la crise grave que traverse ce pays.

On  apprend que le Président François Hollande a essayé d'empêcher cette visite. L'ambassadeur  de France à Bangui a fait pression sur la présidente Catherine Samba-Pamza (dont le discours de bienvenue au pape[1]  a été  admirable)  au motif que la sécurité du Saint Père ne serait pas assurée. Il fallait, disait-il le reporter : mais quand ?

L'effet psychologique de cet épisode est désastreux :

Un :  les Centrafricains ont très mal pris que la France veuille les priver de ce qu'ils tiennent pour un grand honneur national un événement unique dans leur Histoire.

Deux : ils ont néanmoins gagné cette partie de bras de fer contre la France qui n'en est pas sortie grandie.

En bref, nous avons gagné à la fois le ressentiment et le mépris.

Il  est peu probable que le souci de la sécurité explique tout.

N'excluons pas que là comme en d'autres domaines ( par exemple l'incroyable mépris du sort des chrétiens d'Orient par le gouvenrment Hollande qui, en Syrie, n'a cessé d'armer ceux qui les massacraient), ait joué l'anticatholicisme viscéral de ceux qui dirigent aujourd'hui la France.

A tout le moins, a-t-on pu penser à l'Elysée que dans ce pays divisé sur un critère largement religieux, la laïcité était la seule à pouvoir faire consensus, que la visite du pape était dès lors inopportune. Grossière erreur d'appréciation bien entendu, car les musulmans - qui ne représentent que 10%  de la population  -  ont été les premiers à se réjouir et à être flattés de  la venue du pape - qui a visité la mosquée de Bangui. Pour la première fois depuis plusieurs moins, ils ont pu quitter le ghetto pur assister à la messe en plein air.

Par derrière ces démarches intempestives, une grave incompétence qui se manifeste par l'incompréhension tant de la mentalité africaine que de celle du Saint-Siège.

Les données élémentaires de la mentalité des Africains ont été ignorées : le rapport à la religion n'est évidement pas le même que le notre. Tout ce qui est religieux est pour eux digne de respect, y compris les personnalités des autres religions.

Pas davantage on n'a pris garde que le problème de la sécurité ne se posait pas dans les mêmes termes pour le Vicaire du Christ que pour une personnalité ordinaire. La réaction du gouvernement français a été en la matière du niveau du petit fonctionnaire police. 

Il n'y avait d'ailleurs aucune chance que les pressions issues d'un pays tiers puissent infléchir la position du Vatican, Etat souverain, dans ses relations avec la Centrafrique, république indépendante, comme d'ailleurs celle de la présidente. De quoi se mêle donc la France ? Les socialistes français ont beau critiquer la Françafrique, ils ne sont, on le voit, pas exempts des réflexes néo-colonialistes les plus obtus. Comme si Bangui était encore une sous-préfecture.

Le voyage, prévu de longue date, comportait d'autres pays (Kenya, Ouganda). Comment imaginer qu'un tel programme pouvait être bouleversé pour complaire au Président Hollande ?

Mais par derrière tout cela, comment ne voir une grave incompétence tant au niveau du gouvernent que du Quai d'Orsay ?

L'anticatholicisme dominant aujourd'hui  fait que l'on en est venu à  ignorer chez nous  le b.a.-ba du mode de fonctionnement de l'Eglise catholique - que les anticléricaux du début du XXe siècle au contraire connaissaient très bien. L'idéologie ne rend pas intelligent.

L'important est que cette visite fut un triomphe et qu'elle pourrait même, du moins il faut l'espérer, faire avancer la réconciliation nationale.

Bien inutilement la France y a laissé des plumes, et cela par pure stupidité.


[1] http://www.la-croix.com/Religion/Actualite/Catherine-Samba-Panza-Je-confesse-tout-le-mal-qui-a-ete-fait-en-Centrafrique-et-je-demande-pardon-2015-11-29-1386508

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