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Le prix du mégawatheure est en chute libre, et s'approcherait aujourd'hui des 40 €, soit une baisse de 20% sur l'année.
Le prix du mégawatheure est en chute libre, et s'approcherait aujourd'hui des 40 €, soit une baisse de 20% sur l'année.
©Reuters

Decod'Eco

Pourquoi votre facture d’électricité va exploser dans les prochaines années

Avec une hausse de 5% par an, la facture d’électricité des consommateurs français va exploser malgré les déclarations du patron d'EDF, Henri Proglio, qui promettait de garder "l'électricité la moins chère d'Europe". Une solution s’offre cependant à certains pour limiter les frais voire inverser la tendance !

Florent Detroy

Florent Detroy

"Florent Detroy est journaliste économique, spécialisé notamment sur les questions énergétiques, environnementales et industrielles. Voir son site."
 
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Saviez vous que vous payez l'électricité "la moins chère d'Europe" ? Dans une interview donnée au Monde cet été, le patron d'EDF Henri Proglio promettait aux citoyens que la France "gardera l'électricité la moins chère d'Europe". L'information est trompeuse, car si le coût de l'électricité en France risque effectivement de rester dans la fourchette basse européenne, cela ne va pas l'empêcher de progresser dans les années à venir.

La promesse d'Henry Proglio est avant tout un geste de communication destiné à rassurer le citoyen. A l'origine de la panique, la proposition en juin de la CRE, la Commission de régulation de l'énergie, de relever de 10% cette année les tarifs de l'électricité. S'en est suivi un tir croisé de désinformation mêlant hommes politiques, énergéticiens et associations de consommateurs.

La vérité est que la France suit le mouvement européen. Le parc nucléaire français, notre « Ligne Maginot » de l'énergie, n'immunise plus les consommateurs de la hausse des coûts de l'électricité. Nous pourrions profiter de cette situation en misant sur les grands énergéticiens. Malheureusement, ces entreprises sont en chute libre, prises en étau entre une hausse de la facture des particuliers et un effondrement des prix de gros.

Dans ce maquis d'énergie, de subventions et de types de régulation, voici quelques éléments qui sauront vous aider à investir. J'ai repéré pour vous un acteur qui saura tirer son épingle du jeu.

Le vert conduit à l'überproduktion (la surproduction)

Johannes Teyssen, patron du plus grand énergéticien allemand E.ON, ne porte probablement plus l'énergie renouvelable dans son cœur depuis que son développement en Allemagne a fait plonger les cours du marché de l'électricité de gros. Les subventions accordées aux productions d'énergies renouvelables, notamment solaire, sous forme de prix garantis ont effectivement provoqué une certaine frénésie d'investissements. Les particuliers et les agriculteurs notamment se sont découverts une fibre écologique, encouragés par les bas coûts des panneaux photovoltaïques asiatiques.

Résultat, le prix du mégawatheure est en chute libre, et s'approcherait aujourd'hui des 40 €, soit une baisse de 20% sur l'année. Le problème, c'est que le consommateur n'en profite pas. La facture moyenne est passée de 488 à 1006 euros entre 2000 et 2013 selon Patrice Geoffron, économiste de l'énergie à l'Université Paris Dauphine. La raison est simple, les consommateurs allemands financent sur leur facture les aides au renouvelable.

Le nucléaire est-il une bonne affaire ?

Longtemps, la France a brandi le nucléaire comme un des grands atouts de son économie. Aujourd'hui encore, nous pouvons nous abriter derrière un écart important de prix. En 2012, les 100 kWh coûtaient 26,8 euros en Allemagne, contre 14,5 euros en France. Mais Paris est malheureusement touchée par le même mal que l'Allemagne. La hausse de la production des énergies "non-flexibles" (renouvelables, auxquelles on ajoute le nucléaire et l'hydraulique) a produit les mêmes effets qu'outre-Rhin. Les prix de gros se sont effondrés, au point d'atteindre des prix négatifs. En juin dernier, le prix du mégawatheure se négociait autour des 40 € sur le marché Epex Spot.

Avec la hausse du prix de l'électricité validé par le gouvernement, soit une hausse de 5% par an probablement jusqu'en 2015, la facture des consommateurs français va exploser.

Des énergéticiens à l'agonie

Cette situation a fait fuir les investisseurs. Les premiers à avoir délaissés les actions des grands énergéticiens comme E.ON et RWE ont été bien avisés. Au premier trimestre 2013, le premier a annoncé une baisse de 15% de son bénéfice d'exploitation, alors que le second a annoncé une baisse de 62% de ce même bénéfice sur son secteur de la production d'énergie conventionnelle.

GDF Suez, jusqu'il y a peu la capitalisation boursière la plus importante du secteur en Europe, est logé à la même enseigne, avec une baisse de 25% de son résultat net. Pourtant, au même mal, tous les énergéticiens n'ont pas réagi de la même façon.

EDF, le champion qui flambe

Le cours d'EDF a pris près de 30% sur l'année, à contre-courant de tous ses concurrents. D'abord, EDF bénéficie de son repli du nucléaire américain, ainsi que de la renégociation de contrats de gaz avec le Qatar. Mais la grande évolution est l'amélioration de la visibilité du marché français. Jusqu'en 2015, EDF va bénéficier de la hausse des prix de l'électricité. Encore mieux, l'Autorité de sureté nucléaire va surement autoriser l'allongement de la durée de vie des centrales, de 40 à 60 ans.

Ce que l’investisseur doit retenir

La difficulté est d'arriver à profiter de la baisse des prix de gros et de la hausse du prix de l'électricité par les particuliers. Les premiers bénéficiaires de cette situation sont bien évidemment les producteurs de panneaux photovoltaïques. Toutefois, l'Allemagne va arrêter de subventionner la production d'énergie photovoltaïque à partir de 2018, une fois ses objectifs atteints.

Comme le rappelle le patron d'E.ON, "nous voulions aider nos enfants, mais, maintenant, ils sont grands". Il est probable que d'autres pays imitent Berlin par peur de la surproduction. Ainsi, ce n'est peut-être pas le bon moment miser sur le constructeur de panneaux photovoltaïques chinois Yingli ou sur l'américain First Solar. Comme je vous l'avais confié dans un précédent édito, il faut mieux miser sur les installateurs de panneaux, qui seront toujours sollicités pour la maintenance.

A l'inverse, il peut être pertinent de s'intéresser à nouveau à EDF, puisque le groupe va profiter de la hausse de ses rentrées et de ses efforts pour réduire sa dette dans les années à venir. Une autre solution consiste à miser sur GDF Suez à long terme, alors que le groupe essaie de se recentrer sur ses activités à l'étranger, activités en plein boom.

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