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Pourquoi les abus notoires d’Omar Bongo ont été plus bénéfiques pour le Gabon que certains voudraient le faire croire…
©Atlantico - Reuters

Bonnes feuilles

Pourquoi les abus notoires d’Omar Bongo ont été plus bénéfiques pour le Gabon que certains voudraient le faire croire…

À travers dix récits, Jean-Marc Simon, un ambassadeur qui a consacré près de trente ans de sa carrière aux relations franco-africaines, emmène le lecteur de N’Djamena à Abidjan, en passant par Bangui et Pretoria. Des aventures souvent cocasses, parfois tragiques, qui témoignent de l’intérêt constant que la France, en dépit de quelques différences d’approche, a porté à ce continent. Extrait de "Secrets d'Afrique - Le témoignage d'un ambassadeur" de Jean-Marc Simon, aux éditions du Cherche Midi 2/2

Jean-Marc Simon

Jean-Marc Simon

Jean-Marc Simon est historien et romancier. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages sur Jacques Messine. Il a été ambassadeur de France et conseiller Afrique du ministre des Affaires étrangères sous la première cohabitation, directeur de cabinet de plusieurs ministres de la Coopération, puis ambassadeur dans quatre pays africains (la République centrafricaine, le Nigeria, le Gabon et la Côte d’Ivoire), de 1996 à 2012.

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Le Gabon, c'est avant toute chose son président, El Hadj Omar Bongo.

Cet homme frêle, qui tente de compenser sa petite taille par des talons compensés, dirige son pays depuis l'âge de 32 ans. Directeur de cabinet du président Léon M'Ba lors du coup d'Etat de 1964, il se fait alors remarquer par son courage et son sens politique. Soutenu par la France, il est en février 1967, élu vice-président de la République dans un ticket avec Léon M'Ba, alors que celui-ci semble condamné par une longue maladie. Il lui succédera naturellement à sa mort, survenue en novembre de cette année-là. Sans interruption, il va conduire les destinées de son pays, pendant plus de quarante ans, avec autorité et bonhomie tout à la fois.

Portant initialement le prénom d'Albert-Bernard, il fait le choix de celui d'Omar à la suite de sa conversion à l'islam au début des années 1970.Selon les uns, cette conversion était tactique et destinée à faciliter, au moment du premier choc pétrolier, son admission à l'OPEP. Pour d'autres, et c'est, selon moi, la bonne explication, elle était une sorte de pied-de-nez à l'Eglise locale qui lui reprochait des écarts trop visibles dans sa vie de couple.

L'Eglise catholique demeure puissante au Gabon, même si elle a perdu beaucoup de terrain. Son principal concurrent n'est d'ailleurs pas l'islam, mais plutôt ces sectes évangéliques qui prolifèrent aujourd'hui en Afrqiue, comme aux Etats-Unis ou au Brésil. Pour lutter contre la désaffection des fidèles, l'archevêque de Libreville n'a pas craint de faire appel à des congrégations traditionalistes qui remplissent les églises. 

Reçu en 2008 par Omar Bongo, monseigneur Dominique Mamberti, secrétaire pour les affaires publiques de la secrétairerie d'Etat, en clair le ministre des Affaires étrangères du Vatican, me rapportera ce que lui dit Omar Bongo lors de l'entretien :

"Vous savez, monseigneur, quand on a été catholique, on en garde toujours quelque chose dans le fond de son coeur."

En 2003, il adjoint à son nom celui d'Ondimba, qui était celui de son père. Sans doute veut-il alors resserrer les liens avec le clan familial. qui, même pour un chef d'Etat, joue un rôle premier en Afrique. "Entends la voix du feu... c'est le souffle des ancêtres morts [...] qui ne sont pas morts", nous dit le poète sénégalais Birago Diop.

Doyen des chefs d'Etat africains, Omar Bongo est une personnalité qui ne laisse pas indifférent.

Confronté, tout au long de sa vie politique, à des critiques aussi sévères qu'excessives et parfois injustes, il sera pour certains le symbole de toutes les compromissions de la "Françafrique" de la gabegie et de la corruption.

Il est vrai qu'avec un revenu par tête qui, avec 5 800 dollars, est l'un des plus élevés d'Afrique et un indicie de développement humain qui le place en queue de peloton au 123e rang sur 177, le Gabon peut difficilement justifier les inégalités flagrantes, la faiblesse de ses infrastructures et la dégradation de ses services sociaux. Pourtant, à sa décharge, il faut admettre que, dans ce pays où le niveau de rémunération est l'un des plus élevés d'Afrique subsaharienne, la redistribution fonctionne. Avec une population peu nombreuse, chaque famille comprend généralement au moins un membre bien placé qui lui apporte un soutien conséquent, en lui procurant emplois ou aides financières qui sont souvent des facteurs de corruption.

On a souvent reproché à Omar Bongo et à sa famille d'avoir des intérêts personnels dans de nombreuses affaires, sociétés, ou banques locales, mais n'était-ce pas aussi un moyen de participer au développement du pays et cela ne valait-il pas mieux que l'attitude de certains dirigeants qui investissent leur fortune à l'étranger ? Même s'il y eut des abus, nous sommes loin des dérives pharaoniques de Mobutu au Zaïre.

Derrière ces accusations portées ccontre le régime, c'est avant tout la proximité de son président avec la France qui en fait, pour tous les tiers-modistes, panafricanistes et altermondialistes, la statue à déboulonner.

Bongo est en réalité un Africain qui n'a jamais trahi les aspirations de son peuple et qui sait qu'il doit manoeuvrer avec pragmatisme.

Son oeil malicieux, son franc-parler, sa faconde, ses remarques pleines de bon sens, sa propension à aider les uns et les autres avec une capacité d'écoute inégalée, sa recherche permanente de l'information et du rensignement le rendent vite incontournable.

De Charles de Gaulle à Nicolas Sarkozy, il est reçu régulièrement à l'Elysée. Depuis Georges Pompidou, tous les présidents de la République ont effectué au moins une visite d'Etat à Libreville.

Extrait de Secrets d'Afrique - Le témoignage d'un ambassadeur de Jean-Marc Simon, éditions Cherche Midi, mars 2016. Pour acheter ce livre cliquez ici

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