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"Le seul vote qui compte est celui de l’Assemblée Générale."
"Le seul vote qui compte est celui de l’Assemblée Générale."
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Du pareil au même

Pourquoi le soutien surprise du comité exécutif du Medef à Geoffroy Roux de Bézieux a peu de chances de gêner l’élection de Pierre Gattaz

Le conseil exécutif du Medef a créé la surprise, lundi 3 juin, en se prononçant à titre consultatif en faveur de Geoffroy Roux de Bézieux. Le patron d'Omea Télécom (Virgin Mobile France) n'obtient néanmoins qu'une très courte majorité.

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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Le Conseil exécutif du Medef vient de produire une deuxième surprise en deux mois: après avoir, en mars, recalé par un ballottage défavorable les projets de présidence perpétuelle de Laurence Parisot, il vient d’accorder une voix d’avance à Geoffroy Roux de Bézieux, homme d’entreprise, sur Pierre Gattaz,"fils de" et homme du système. GRDB pour les intimes a obtenu 19 voix, contre 18 pour Pierre Gattaz, et 6 pour Patrick Bernasconi.

Les commentaires vont évidemment bon train sur la portée de ce vote, et sur sa signification profonde. Faut-il croire que le patronat français, sur un improbable chemin de Damas, s’est converti aux vertus de l’entreprise et de l’innovation, après avoir laissé à Pierre Gattaz miroité un succès facile?

Certains l’ont cru ou le croient du côté de Pierre Gattaz lui-même. Plombé par des soutiens encombrants comme celui de Serge Dassault, qui lui a publiquement demandé de supprimer le CDI, l’intéressé s’est senti obligé, à l’approche du vote, de corriger une image de caïd à l’ancienne en disant tout le bien qu’il pensait du dialogue social. Ce lundi, Denis Kessler, soutien affiché de Gattaz, a lui-même mis de l’eau dans son vin en accordant une interview aux Echos où il a garanti qu’il ne briguerait aucun poste au sein du Medef une fois le "fils de" élu.

Ce repli tactique ne semble pas avoir suffi à produire tous ses effets. De challenger libéral, GRDB a revêtu l’image de l’homme qui parle vrai et qui cause moderne, face au patelin Gattaz que certains qualifieraient en privé de «crétin qu’on mènera» - pure médisance bien entendu. Il n’en reste pas moins que les soutiens dont Gattaz bénéficie en coulisses inquiètent un monde patronal peu enclin à voir ressurgir les fantômes du passé.

Faut-il déduire de ce vote au Conseil exécutif que la victoire se profile pour GRDB, et que la candidature Gattaz connaîtra la même prospérité que le Rafale, brillant produit que ses soutiens favoris ne sont jamais parvenus à vendre?

Ce raccourci serait un peu hâtif pour trois raisons.

D’abord parce que le vote du Conseil exécutif sert juste à indiquer une préférence, sans impact sur le vote final. De ce point de vue, GRDB peut se targuer de vendre chèrement sa peau face aux décideurs du CAC 40 réunis en ligue un peu pathétique pour soutenir le «fils de». En revanche, il ne peut guère crier victoire. Pire même: Gattaz se sachant menacé ne pourra que redoubler d’effort dans sa campagne de séduction. GRDB ne pourra donc compter sur un effet de surprise le jour du vote final.

Ensuite, parce que le seul vote qui compte est celui de l’Assemblée Générale où les 560 électeurs se réunissent en tribu, format "Astérix chez les Corses" pour choisir le chef du clan. Et à ce stade, Gattaz a fait le plein des voix au sein des fédérations qui comptent, et qui voteront toutes comme un seul homme en faveur de leur parrain. Le jeu sera donc serré pour GRDB, qui ne dispose guère de leviers économiques pour influencer le vote final, alors que Gattaz peut compter sur l’UIMM et les banques pour convaincre des récalcitrants.

Enfin, les 6 voix de Bernasconi vont peser très lourd. Elles entraînent derrière lui le vote du Bâtiment et des Travaux Publics. Ces fédérations-là sont historiquement très proches de l’UIMM. Rappelons que la Fédération du Bâtiment siège avec l’UIMM au bureau directeur de la CGPME.

Pour les trois candidats, il est à noter que les scores obtenus sont en repli par rapport au partage des voix (22 contre 22 et 1 abstention) de mars sur la réforme des statuts.

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