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Le coût de l'énergie solaire a grandement chuté depuis une dizaine d'années.
Le coût de l'énergie solaire a grandement chuté depuis une dizaine d'années.
©Reuters

Une énergie de feu !

Pourquoi le solaire pourrait (enfin) devenir plus attractif que le pétrole et le gaz

En l'espace de dix ans, le coût de l'énergie solaire a considérablement baissé grâce aux aides publiques et à l'amélioration des technologies de récupération. A ce rythme, il n'y a pas de raison pour qu'elle reste plus chère que les énergies dites fossiles.

Florent Detroy

Florent Detroy

"Florent Detroy est journaliste économique, spécialisé notamment sur les questions énergétiques, environnementales et industrielles. Voir son site."
 
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Atlantico : Selon une note de Michael Parker et Flora Chang  de la société de gestion de placement AllianceBernstein's, le coût de l'énergie solaire a grandement chuté depuis une dizaine d'années, correspondant aujourd'hui à celui des énergies fossiles classiques. Comment expliquer cette chute spectaculaire ? Qu'augure-t-elle de l'évolution des prix du solaire dans les prochaines années ?

Florent Detroy : Dans les années 1860, le prix du pétrole était de 120$. Ce n’était pas une question de ressource, mais d’industrie. Aucune infrastructure n’était en place pour développer une économie du pétrole. On en était à peu près là il y a 5 ans avec l’énergie solaire. Mais depuis, le soutien public aux producteurs ou à l’installation de panneaux a permis de créer une vraie industrie du solaire, avec des économies d’échelles et des retours d’expérience qui ont fait baisser les coûts. La technologie a également fait un bond. Aujourd’hui des cellules mises aux points dans certains laboratoires récupèrent plus de 30% de l’énergie solaire, contre moins de 20%  il y a à peine 3 ans. Et à l’avenir, je vois peu de raisons pour que les prix cessent de baisser. Des technologies plus efficaces devraient se développer sur le marché, comme le solaire à concentration ou les cellules multi-jonctions.

L'augmentation des coûts d'extraction du pétrole et du gaz dans les années à venir ne constitue-t-elle pas un frein à la compétitivité des énergies fossiles face aux énergies renouvelables et au solaire en particulier ?

Je suis d’accord. En 2013 la plupart des Majors pétrolières ont toutes affiché des bénéfices en chute libre. La raison, c’est que leurs coûts d’investissements ont explosé ces dernières années, car les nouveaux gisements sont toujours plus complexes à exploiter. Pour les Majors cotées sur le S&P global 1 200, leurs investissements sont ainsi passés de 130 milliards en 2005 à plus de 450 milliards en 2012. Mais malgré cette hausse, en 2013 leur production de pétrole a baissé. Total et Shell ont ainsi annoncé une réduction de leurs investissements cette année, ce qui devrait peser sur leur production. On ne prend pas la voie d’une baisse des prix du pétrole, ce qui va profiter évidemment au renouvelable.

Quelles sont les marges de manœuvre des producteurs de gaz et de pétrole pour éviter de se faire concurrencer ? Peuvent-ils jouer sur leurs stocks ?

Les producteurs occidentaux n’ont pas de stocks propres, ce sont les Etats de l’Agence internationale de l’Energie qui possèdent des stocks. Il est peu probable qu’ils aident leurs compagnies nationales tout en soutenant les tarifs du solaires ou de l’éolien. En revanche, les Etats du Golfe ou la Russie pourraient relancer leur production pour stabiliser les prix et ne pas rendre l’essence complètement prohibitive. Ce sont eux les principaux détenteurs de réserves de pétrole.

Le solaire est-il en passe de devenir plus attractif que le gaz ou le pétrole ? Quels sont les critères à prendre en compte ?

J’ai parlé de l’aspect technologique plus haut, mais il faut également souligner que le solaire n’est pas en concurrence chaque fois avec les mêmes énergies. Par exemple Total a récemment vanté un de ses projets de centrales solaires au Chili, car sa production sera vendue sur le marché spot et fonctionnera sans subvention. Mais c’est en partie dû au fait que le Chili est dépendant pour sa production d’électricité de ses importations de GNL, du gaz naturel liquéfié extrêmement onéreux. Dans ces conditions le solaire n’a pas de mal à devenir compétitif. L’autre atout du pays, c’est qu’il bénéficie d’un taux d’ensoleillement bien supérieur à beaucoup de pays européens.

Sur le thème de l'électricité, quels sont les pays dans lesquels l'électricité photovoltaïque est déjà compétitive ?

Après, le solaire devient également de plus en plus compétitif dans les pays occidentaux. Récemment, aux Etats-Unis certains contrats d’achat d’électricité ont atteint les 5 cents$ le kWh, soit 50$ le MWh, un record. Bien sur c’était au Texas, un Etat très ensoleillé, mais la société productrice a rappelé qu’en 2009, elle vendait le kWh 16,5 cents$. En Europe, selon l’AIE (Agence internationale de l'énergie), l'Espagne et l'Italie, pourraient bientôt atteindre la parité réseau. C’est également le cas de l'Allemagne du Sud, du fait du prix assez élevé de son kWh.

En France plus particulièrement, le coût de l'énergie photovoltaïque pourrait-il concurrencer celui de l'énergie nucléaire ? 

En France, le prix actuel du MWh peut atteindre les 35€ dans ses creux, soit proche des 50$ texans, mais l’Hexagone ne possède pas d’espace aussi ensoleillé pour rendre le solaire compétitif.

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