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Pourquoi le gouvernement revient aux privatisations
©Eric CABANIS / AFP

Edito

Pourquoi le gouvernement revient aux privatisations

Alors que le calendrier législatif du Parlement est déjà engorgé, on pourrait s’étonner que le gouvernement charge encore un peu plus la barque en recourant à de nouvelles privatisations.

Michel Garibal

Michel Garibal

Michel Garibal , journaliste, a fait une grande partie de sa carrière à la radio, sur France Inter, et dans la presse écrite, aux Échos et au Figaro Magazine.

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Alors que le calendrier législatif du Parlement est déjà engorgé par les multiples réformes engagées, on pourrait s’étonner que le gouvernement charge encore un peu plus la barque en recourant à de nouvelles privatisations. Il existe pourtant un argument imparable : le dossier figure parmi les promesses du candidat Macron, qui entend transformer la France sans perdre haleine. La volonté présidentielle exprime également là encore le souci de briser un tabou : celui qui avait présidé aux deux grandes vagues de nationalisations, en 1945 avec de Gaulle et en 1981 avec Mitterrand et qui entendait maintenir un large domaine réservé où l’Etat entendait se conduire en maître face aux intérêts privés. Nicolas Sarkozy avait même claironné à la tribune de l’Assemblée nationale que jamais le Gaz de France, devenu Engie, ne pourrait être privatisé en raison du rôle essentiel  que ce secteur jouait dans l’approvisionnement du pays. Aujourd’hui, cette considération n’a plus lieu d’être. Au motif que dans le passé, l’Etat s’est comporté bien souvent comme un piètre gestionnaire et qu’il convient de limiter son domaine réservé aux strictes activités relevant de la sécurité nationale.

Ainsi s’explique le choix des trois premières entreprises où l’Etat vendra ses participations qui sont de 50,6% dans Aéroport de Paris, 72% dans la Française des Jeux et 24% dans Engie. Si les opérations se déroulent favorablement, d’autres devraient suivre et pourraient concerner Renault, PSA ou Air France entre autres. Au départ, il existe une ambition élevée à ce nouveau cap : celle d ’inventer un nouveau modèle qui pourrait se situer au niveau européen, avec le recours à l’épargne privée et une participation des salariés, tandis que l’Etat cesserait d’être un partenaire dormant qui se contenterait de toucher des dividendes. Le problème essentiel est aussi de créer un mouvement favorable dans l’opinion pour la détention d’actions. Car les privatisations passées, après un mouvement favorable au moment où elles ont été lancées, ont fait long feu.  La détention de titres par les particuliers s’est effondrée de moitié au fil du temps. Il est vrai que les cours de Bourse ont laminé les épargnes qui leur avaient été confiées, comme on l’a vu aussi bien pour EDF, Orange ou Engie. Alors que plus que jamais, nos compatriotes privilégient la rente au risque, même si les rendements sont devenus dérisoires comme le prouvent les livets A ou l ’assurance-vie. Mais il existe dans notre pays une allergie viscérale au risque.

Par ailleurs, le moment parait peu propice dans la mesure où les marchés sont présentement à un  niveau de cours élevé, où les professionnels sont circonspects sur les prochains mois, d’autant que la conjoncture est entrée dans une phase d’affaiblissement. La perspective d’un krach obligataire est dans tous les esprits, incitant les opérateurs à pratiquer des vents de précaution plutôt qu’à engager des investissements en actions.

Par ailleurs, le gouvernement doit répondre à une question cruciale pour attirer l’épargne des particuliers : il faut savoir où l’on mettra l’argent que l’on  va récolter.  Un fonds de l’innovation doit être créé pour recueillir la dizaine de milliards attendue de la première vague de privatisations. Mais pour l’instant, il n‘y a pas de projets très clairs en matière d’investissements. Le pire serait de se contenter dans un premier temps de capitaliser  les dividendes produits par les ventes des actifs publics en attendant des décisions  qui risquent de se faire attendre tant que le flou des intentions  ne sera pas dissipé. Car il risque de se passer plusieurs mois avant que les projets gouvernementaux prennent forme, d’autant que des controverses se développent déjà au sein du Parlement à ce sujet. Dans l’immédiat, il est peut-être sage de laisser un peu de temps au temps, en attendant que les marchés boursiers retrouvent un peu de sérénité.

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