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Pourquoi la puissance de la France tient désormais à l'Europe
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Pourquoi la puissance de la France tient désormais à l'Europe

La mondialisation a certes des aspects inacceptables, mais le succès d’une pression capable d’induire une amélioration de la gouvernance de la globalisation ne peut avoir d’autre source qu’une intégration dans le système existant, contrairement à ce qu'explique Marine Le Pen dans une récente interview publiée par Le Monde.

Pierre Haas

Pierre Haas

Pierre Haas, après avoir servi comme officier dans les Forces françaises libres du Général de Gaulle, a fait carrière de 1950 à 1965 comme directeur général de Continental Grain France, puis à partir de 1963 à la Banque Paribas comme directeur des affaires financières internationales, puis président de Paribas International.

Il a été membre de nombreux conseils d’administration parmi lesquels on citera : Schneider S.A., Newmont Gold à Denver, Power Corporation du Canada et Power Financial.

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Dans une récente interview publiée par Le Monde, madame Marine Le Pen, après avoir caractérisé la mondialisation de cauchemar, rappelle en conclusion "que la France n’a jamais été aussi puissante que quand elle était libre."

Ce passé glorieux dont tous les Français sont, à juste titre, fiers, il n’est pas en notre pouvoir de le faire revivre.

La dernière guerre lui a donné un coup d’arrêt brutal. D’autant plus brusque pour notre pays qu’il s’est traduit par la déroute de nos armées et un armistice ressenti comme une capitulation dont la mémoire pèse encore sur la réputation de la France.

Seule la volonté du Général de Gaulle de préserver, à la fin des hostilités, notre statut de grande puissance a permis de donner le change, avant que la Guerre froide ne donne à l’Amérique, le grand vainqueur, le temps de s’établir comme défenseur, en dernier ressort, de la liberté du monde occidental.

Ce n’est pas diminuer les mérites du Général de rappeler qu’il était plus facile de sortir de l’Otan que de la mondialisation.

Notre leader avait si bien compris le mouvement de l’Histoire vers les grands ensembles que parmi les actions conduites pour protéger notre statut, celle dont le retentissement et la portée a évoqué le plus de résonance demeure la cheville ouvrière de l’Europe, c'est-à-dire la réconciliation avec l’Allemagne pour en finir avec la succession de conflits guerriers et construire un avenir où nos forces réunies feraient sentir leur poids dans la constellation mondiale.

Cet avenir est devenu le cauchemar de Madame Le Pen et suscite, du fait de ses développements globaux, l’inquiétude d’une majorité de nos concitoyens.

La globalisation a certes des aspects que certains qualifient d’inacceptables, mais dès lors que 170 ou 180 nations ont bénéficié de leur accès à un monde ouvert, on voit mal comment l’une d’entre-elles pourrait, sans dommage, décider de s’en extraire.

Le succès d’une pression capable d’induire une amélioration de la gouvernance de la globalisation ne peut avoir d’autre source qu’une intégration réussie, visible, dans le système existant.

Toutes les nations du monde capables de s’y insérer étant en concurrence les unes avec les autres, il s’agit d’une guerre économique dont les entreprises sont le corps de bataille, avec pour seule ou principale arme leur compétitivité.

Une bonne performance sur ce plan représente l’unique moyen d’acquérir avec l’autorité induite par la réussite, une certaine liberté de mouvement.

A l’inverse, refuser les contraintes de l’environnement en cherchant à s’en extraire consisterait à échanger une liberté, certes limitée mais dont on peut élargir les limites contre la servitude du désastre.

Fondateurs de l’Europe avec l’Allemagne puis, avec le même partenaire, de l’euro, la première subsisterait peut-être après notre sortie mais s’agissant de celle de l’euro, c’est moins probable.

Cette monnaie représente 24% des réserves des Banques Centrales et le binôme franco-allemand environ 40% des transactions dans cette devise.

Un retour au franc comporterait, inévitablement, une dévaluation dont le pourcentage, par rapport à l’euro, serait déterminé par le degré de panique engendré sur les marchés par cette décision.

Une estimation est difficile mais on peut penser à environ 25%.

Cela veut dire que notre endettement public et privé augmenterait de ce montant. Les banques fermeraient leurs guichets et l’octroi de crédit serait paralysé. La Bourse s’effondrerait. Les dettes publiques et privées ne pourraient plus être honorées. Le niveau de vie s’effondrerait et l’inflation s’envolerait à des niveaux rappelant ceux de l’Allemagne en 1933 et dont Hitler a été le produit. D’où la fermeture des frontières, un contrôle des changes, des licences d’importations etc.

Où serait notre liberté dans tout cela ? Certains pourront reprocher à ce tableau d’être trop noir. Au contraire, je pense qu’il ne prend pas en compte l’impact sur le monde d’une défaillance de la France.

Notre capacité de nuire est l’envers de l’érosion de notre puissance.

Tout ceci ne surviendra pas. L’arrivée au pouvoir d’un parti populiste, si elle se présentait, lui donnerait, on doit le souhaiter, l’occasion, comme tous ses prédécesseurs, de découvrir que les contraintes de gouvernement sont les mêmes pour la gauche, la droite, le centre ou n’importe quel autre parti. Un gouvernement, quelle que soit l’idéologie dont il émane, n’a d’autre choix que d’agir au mieux de l’intérêt général et du sien propre.

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