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François Hollande.
François Hollande.
©Reuters

Point mort

Pourquoi la méthode Hollande de concertation ne parvient pas à générer un véritable dialogue social en France

Les discussions sur la réforme de l'indemnisation chômage sont au point mort. En cause, le manque de flexibilité des syndicats sur la question et le peu d'entrain des partenaires sociaux à négocier selon le rythme que veut impulser François Hollande.

Hubert Landier

Hubert Landier

Hubert Landier est expert indépendant, vice-président de l’Institut international de l’audit social et professeur émérite à l’Académie du travail et de relations sociales (Moscou).

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Atlantico : Les partenaires sociaux se sont réunis ce vendredi pour discuter d'une réforme de l'indemnisation chômage dont les comptes sont actuellement en pleine dérive. En dépit d'une situation budgétaire alarmante, la montagne a toutefois accouché d'une souris, le Medef ne souhaitant pas insister sur ce dossier afin de mieux négocier le Pacte de responsabilité. Que penser de la fameuse méthode de négociation souhaitée par Hollande si les principaux intéressés s'accordent à l'avance ?

Hubert Landier : Effectivement, les négociations vont s’engager mais dans le cadre de limites assez étroites. Le patronat refuse une augmentation des cotisations dont l’effet serait d’alourdir les charges des entreprises et les organisations syndicales, de leur côté, refusent toute révision à la baisse des indemnités, que ce soit en ce qui concerne leur montant ou leur durée. Dans ces conditions, la négociation ne peut porter que sur des dispositions à la marge qui ne résoudront pas le problème du déficit.

Pour comprendre cette situation, il faut la placer dans son contexte. Le président de la République vient d’annoncer une baisse des charges pour un montant de 30 milliards correspondant aux cotisations que versaient les entreprises au régime d’allocations familiales. Le but recherché est de relancer la machine économique et de créer un million d’emplois. Dans ces conditions, il ne peut être question d’alourdir les charges du côté de l’assurance maladie après les avoir allégé du côté des allocations familiales. Mais comme ces 30 milliards d’économies pour les entreprises sont interprétées par les syndicats et par une partie de la majorité comme un « énorme cadeau » aux entreprises, le président de la République, pour une raison politique évidente, a dû déclarer qu’il n’était pas question de réduire le montant des indemnités chômage…

L'accord sur la flexibilité obtenu l'année dernière est souvent exposé comme un modèle de réussite de cette méthode. Qu'en est-il concrètement ?

C’est le verre à moitié plein ou à moitié vide selon la façon dont on le considère. La vérité, c’est qu’il n’y a pas grand chose à attendre d’un accord national interprofessionnel parce que c’est au niveau des entreprises que les choses se passent. C’est là que les DRH essayent, avec leurs interlocuteurs syndicaux, de bricoler des solutions comme ils peuvent afin de résoudre les problèmes auxquels ils sont confrontés. Au niveau national, tout ce qu’on peut attendre des négociations ou du législateur, c’est qu’ils simplifient les règles qui s’imposent aux négociateurs au niveau des entreprises. Il s’agit de faire en sorte qu’ils ne soient pas sans cesse en train de jongler avec la loi et avec ce qui est permis ou pas permis, ce qui donne la main aux juristes au détriment de la recherche de l’efficacité.

La France est sur-administrée. Le Code du travail ne cesse de s’enfler. Si les négociations au niveau national se soldent par des accords qu’il faut ensuite mettre en musique pour les insérer dans le droit du travail, il s’agit d’une illusion, et d’une illusion dangereuse dans la mesure où elle est cautionnée par des organisations patronales qui se disent représentatives des entreprises. Mais les organisations, quelles qu’elles soient, doivent bien trouver une justification à leur existence. Le vrai problème est de simplifier le droit du Travail, non pas de l’adapter ou de le modifier, ce qui va généralement dans le sens de sa complication.

Faut-il admettre en conséquence que la "méthode Hollande", censé imiter le modèle allemand du compromis, est inopérante ?

La politique menée par François Hollande, comme celle de ses prédécesseurs, d’ailleurs, n’a rien à voir avec le modèle allemand. L’Etat, en France, ne cesse de vouloir s’immiscer dans la vie des entreprises. Il prétend les inciter, par exemple, à travailler sur le thème du traitement des risques psychosociaux et des discriminations ou leur dire ce qu’il faut faire en ce qui concerne la formation professionnelle, comme si les DRH et les représentants du personnel étaient incapables de savoir ce qu’il convient de faire. C’est les prendre pour des imbéciles.

La différence avec l’Allemagne, c’est que l’Etat, en Allemagne, s’abstient d’intervenir dans la vie des entreprises. C’est aux dirigeants d’entreprises et aux syndicats de savoir ce qu’il faut faire, qu’il s‘agisse de la durée du travail ou de la formation professionnelle. Et ça marche. Il n’y a donc pas à s’étonner que François Hollande regarde de ce côté là, mais il y a loin entre le constat des résultats et l’adoption des principes qui ont abouti à ces résultats, y compris lorsqu’ils ont été mis en œuvre, pendant des années, par une majorité social-démocrate.

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