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Pourquoi la capacité en lits de réanimation n’est PAS le vrai enjeu de l’épidémie
Pourquoi la capacité en lits de réanimation n’est PAS le vrai enjeu de l’épidémie
©BERTRAND GUAY / AFP

Impréparation des autorités

Pourquoi la capacité en lits de réanimation n’est PAS le vrai enjeu de l’épidémie

Les capacités d'accueil dans les lits de réanimation sont saturées dans de nombreux départements français. L'exécutif et le personnel soignant ont fait de ce critère l'un des éléments clés de la crise sanitaire. Lors de son allocution, Emmanuel Macron a annoncé un nouvel objectif de 10.000 lits pour faire face à la troisième vague. L'augmentation du nombre de lits par l’hôpital public n'est-elle pas un signe d'échec dans la lutte contre l'épidémie et un moyen détourné de réclamer des financements ?

Guy-André Pelouze

Guy-André Pelouze

Guy-André Pelouze est chirurgien à Perpignan.

Passionné par les avancées extraordinaires de sa spécialité depuis un demi siècle, il est resté très attentif aux conditions d'exercice et à l'évolution du système qui conditionnent la qualité des soins.

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Eric Verhaeghe

Eric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968

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Atlantico : Aujourd’hui, les capacités d'accueil dans les lits de réanimation sont saturées dans de nombreux départements français obligeant l'exécutif à prendre de nouvelles mesures pour juguler cette montée en flèche. Emmanuel Macron a ainsi annoncé que les capacités en  réanimation allaient monter à 10.000 lits. L’impréparation des autorités oblige-t-elle forcément les capacités en réanimation à la saturation ? 

Guy-André Pelouze : Aujourd’hui, il y a moins de malades en réanimation qui sont graves, mais on les garde quand même en réanimation. À l’heure actuelle, nous avons bien moins besoin de respirateurs, nous avons des masques, la situation est moins tendue qu’en mars 2020. La confusion s’est dissipée. En Île-de-France, une fois de plus avec le Nord et Marseille, nous sommes encore confrontés à de grandes difficultés alors qu’ils auraient pu prendre leurs dispositions pour flexibiliser leurs lits de soins critiques.

Les lits sont là, il suffit de transformer les lits de médecine en lit Covid. Aujourd’hui, à Paris c’est déjà le cas. Il y a aussi des lits dans le privé de libre et des lits de réanimations occupés par des personnes qui n’ont pas de respirateurs.

Eric Verhaeghe : Il est évidemment difficile de répondre de façon catégorique à cette affirmation : la flambée épidémique a plusieurs causes, et pas une seule. On prendra donc garde à ne pas tout simplifier. Cela dit, il est vrai que la théorie de la "tenaille" énoncée par Emmanuel Macron paraît bien vaseuse. La lenteur de la campagne de vaccination, très en retard par rapport au programme fixé en décembre, qui n'était déjà pas particulièrement ambitieux, montre bien que la stratégie du gouvernement repose d'abord sur des mesures de confinement. Autrement dit, on constate la pandémie, et quand elle prend trop d'ampleur, on enferme les gens pour ralentir la circulation du virus. L'annonce des 10.000 lits de réanimation soulève cette question. L'an dernier, les hôpitaux avaient poussé à 12.000 lits, au prix, il est vrai, d'une déprogrammation des interventions chirurgicales. Pour le confinement qui commence, l'effort d'adaptation de l'offre hospitalière est allé moins loin, et on peut penser que l'Assistance Publique, à Paris, joue la confrontation pour pousser le gouvernement à confiner. 

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Pour dire les choses autrement, on a l'impression que l'appareil d'Etat est désormais au bout du rouleau. Il s'est montré très rigide l'an dernier, mais il l'est encore plus un an plus tard. Les leçons d'agilité n'ont pas été apprises, et l'on sent bien que le Président de la République rencontre de plus en plus d'adhérence au sol lorsqu'il veut bousculer ses fonctionnaires qui considèrent qu'il faut confiner sans nuance et sans mollir, plutôt que d'adapter les politiques publiques à la situation. 

Augmenter les capacités en réanimation n'est-il pas un moyen temporaire de gérer l’épidémie plutôt que de chercher à éviter les entrées en réanimation par une maîtrise de celle-ci ? 

Eric Verhaeghe : Vous mettez le doigt sur un sujet majeur, qui est celui de l'alternative à l'hospitalisation. On se souvient forcément de la polémique sur l'hydroxychloroquine, dont on peut dire beaucoup de mal. Mais une chose est sûre : Olivier Véran a par avance refusé toute possibilité de laisser une chance à ce traitement. Le seul traitement finalement autorisé a été celui du Remdesivir, très coûteux, en tout cas beaucoup plus coûteux que l'hydroxychloroquine, et qui s'est finalement révélé dangereux. Le même phénomène se produit désormais avec l'ivermectine, que l'agence européenne du médicament vient de "déconseiller" c'est-à-dire d'interdire sur le territoire de l'Union pour le traitement du COVID. Pourtant l'ivermectine semble efficace, comme le soutiennent plusieurs dizaines d'études sérieuses. Celles-ci affirment que le taux de mortalité est divisé par quatre avec cette molécule qui ne coûte pratiquement rien. 

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Tout cela pose des questions de fond : la lutte contre le COVID est-elle "encadrée" par des laboratoires qui veulent écarter la concurrence de médicaments peu coûteux qui ruineraient la rentabilité de leur recherche sur les traitements ou les vaccins nouveaux ? On peut penser que si un traitement tombé dans le domaine public permettait de neutraliser la mortalité du virus, les laboratoires abandonneraient illico les recherches sur les traitements et les vaccins. Il faudra un jour se demander dans quelle mesure cette crainte de l'éviction a poussé les gouvernements à interdire toute recherche sur des traitements efficaces à base de molécules existantes. Si ce calcul était démontré, il prouverait que l'engorgement des réanimations et le recours au confinement ont été des stratégies assumées pour ne pas nuire à la rentabilité des laboratoires pharmaceutiques. 

L’appel par ce biais d’une augmentation du nombre de lits par l’hôpital public n’est-il pas un moyen détourné de réclamer des financements qui lui font défaut depuis plusieurs années ?

Guy-André Pelouze : Bien évidemment et notamment avec l’AP-HP. Les réanimateurs et les urgentistes veulent faire réagir Macron. Ils ont donc gonflé les réaanimations. Aujourd’hui, de nombreux patients en réanimation ne sont pas ventilés. C’est donc impossible qu’il y ait suffisamment de patients graves pour bloquer les services de réanimation. On peut très bien libérer les lits. On a des respirateurs et des infirmières. À Paris, des hôpitaux non-Covid pourraient bien s’occuper de cela. Il y a une pression qui est exercée par ces établissements pour avoir plus de financement. Seul l’ARS Île-de-France a les data qui pourraient nous permettre de réellement connaître la situation.

Nous devrions faire des réformes, mais tout est bloqué car nous sommes face à une administration. Le seul problème qu’ont les hôpitaux c’est le personnel et le statut de leurs employés qui n’est pas soignant. Aujourd’hui, ils ont vu qu’il était possible d’avoir de l’argent et ils vont utiliser leur moyen de pression.

Eric Verhaeghe : Un phénomène apparaît avec une évidence grandissante : l'Assistance Publique, à Paris, est un Etat dans l'Etat, et Martin Hirsch, son directeur général, a un pouvoir de blocage équivalent à celui d'un Premier Ministre. De mon point de vue, tout n'a pas été dit sur l'influence que Hirsch exerce dans la prise de décision. On sait qu'il plaide depuis plusieurs semaines pour un enfermement général. C'est le réflexe naturel du bien-pensant qui considère que le Gaulois réfractaire doit être mis sous surveillance permanente car il est turbulent, ingouvernable, et incapable de s'élever au niveau d'intelligence des élites qui dirigent ce pays. Accessoirement, l'Assistance Publique a des comptes à tenir, et le lit de réanimation n'est pas une bonne affaire dans ce cadre : il coûte environ 1.800€ par jour à faire tourner, et il est remboursé sensiblement moins par la tarification à l'activité. Autrement dit, le système de facturation des actes hospitaliers rend les réanimations structurellement déficitaires, ce qui ne pousse pas une grosse machine comme l'Assistance Publique à investir dans ce secteur. 
 
Tout ceci est créé de toutes pièces par l'absurdité administrative dont Martin Hirsch lui-même a été l'un des acteurs durant sa carrière. On peut penser que, derrière les tribunes des praticiens hospitaliers annonçant une forme de chantage au "tri des malades", toutes ces questions s'entremêlent, et que des jeux de pouvoir, d'appareil, de structure, brouillent considérablement les pistes et les stratégies. 

Les représentants du secteur privé hospitalier décrivent une montée en puissance de l'accueil des patients dans les régions "tendues". La crise du Covid est elle l’occasion d’un nouvel acte du conflit entre hôpital privé et public ? 

Eric Verhaeghe : Vous remarquerez que, depuis un an, il est extrêmement difficile d'obtenir des chiffres sur la participation du secteur privé à la gestion de la crise. De ce point de vue, l'hôpital privé est à peu près traité comme les écoles privées dans le domaine éducatif : l'hospitalisation privée est honnie, jalousée, mais on est toujours content de l'avoir comme variable d'ajustement pour régler les problèmes in extremis, parce qu'elle est plus agile et plus réactive que l'hospitalisation publique. 
 
Lorsque tout cela sera passé, il faudra effectivement réexaminer les événements au crible de la logique monopolistique qui occupe les esprits de la bureaucratie sanitaire. La stratégie de la bureaucratie est d'ailleurs captivante à suivre. D'une part, elle est fondée sur le primat pour ainsi dire impérialiste de l'hôpital public. Les différentes lois sur l'hôpital qui se sont succédées ont montré comment le service public voulait petit à petit étouffer la concurrence apportée par le secteur privé. D'autre part, la bureaucratie sanitaire a transformé l'hôpital public en un enfer administratif. Des règles de gestion absurdes, centralisatrices, suspicieuses, épuisent les personnels et font fuir les médecins. 
 
Cet ensemble a les allures d'un torpillage en bonne et due forme de notre système de santé. On remarquera que tout cela n'a rien à voir avec du néo-libéralisme, mais au contraire avec une montée en puissance d'une caste de managers qui entend mettre l'ensemble de la société sous son contrôle et son emprise, à coup de normes et de réglementations tatillonnes.  

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