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Pourquoi l’Europe n’est pas à la hauteur des enjeux et nous condamne au nanisme numérique. Comment y remédier
©FREDERICK FLORIN / AFP

Les entrepreneurs parlent aux Français

Pourquoi l’Europe n’est pas à la hauteur des enjeux et nous condamne au nanisme numérique. Comment y remédier

L’Europe a un plan. Elle l’a annoncé. Budgété. Nous y voyons passer avec émerveillement, bien qu’en 2018, c’est à dire 20 ans après la naissance de Facebook, Google, 10 ans après le 2nd plan quinquennal Chinois, les mots magiques du 21ème siècle : AI. Data. Formation au numérique. Super calculateur.

Denis Jacquet

Denis Jacquet

Denis Jacquet est fondateur du Day One Movement. Il a publié Covid: le début de la peur, la fin d'une démocratie aux éditions Eyrolles.  

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Nous nous prenons alors, à espérer, à rêver même. J’avais préparé un grand cru pour sabler l’événement. Est ce que la communauté Européenne écouterait de temps à autre, ce que de petits entrepreneurs comme Nicolas Colin, Gilles Babinet ou encore votre serviteur, crient du plus profond de leurs tribunes, depuis des lustres ? On pourrait dire, pour rester positif : Tard, mais pas trop tard ! On pourrait. Mais, nous continuons la lecture, et notre frêle et passager espoir s’écroule en un instant. Coup de laser thermique sur neige fraîche, notre allégresse naissante est immédiatement poignardée, morte née. Car la somme annoncée par l’Europe, pour retrouver une place mondiale, est digne du budget d’une République sous développée. Indigne d’un espace qui se présente encore, aveuglément, comme une puissance mondiale.

A l’heure où plus personne ne pense à sauver le soldat Europe, tant il donne la sensation d’être une machine technocratique incontrôlée et déconnectée du besoin et du sentiment des peuples, dont la seule obsession consiste à « pondre » des normes qui trahissent sa méfiance du citoyen et des entreprises qui la composent.  A l’heure où le populisme et les mouvement prônant tout ce qui se termine en –XIT, poussent à la sortie de l’Europe. A l’heure où personne ne croit plus en la capacité de l’Europe à garantir la croissance, l’intégrité culturelle, et la défense des plus faibles, l’Europe trouve encore le moyen de décevoir par manque de réalisme sur l’investissement à faire pour ré-enchanter son destin et celui de ses peuples. Au lieu de se doter d’armes de création massive de croissance, elle décide d’attaquer les géants mondiaux avec un lance-pierre, pitoyable moustique pensant que sa piqure va gratter l’éléphant. Comment l’Europe ne mesure t-elle pas l’enjeu des technologies, du numérique, de la data, de l’IA, alors que chaque jour la Chine annonce un nouveau fonds sur l’IA. Que les USA valorisent, à un niveau fou, chacune de leurs innovations, pour leur donner les moyens de conquérir le monde.

La seule réponse Européenne comme tout « loser » le ferait, c’est de mettre tout le monde dans le but, pour éviter d’en encaisser. Outre que, malgré cet entassement devant le but, la théorie du chaos a prouvé mille fois que le ballon finissait toujours par trouver la faille et passer, l’Europe est passée d’une tentative de jouer le « Punisher » (victime encore de la culture américaine des Comics et de la société Marvel certainement), imposant des pénalités qui ont à peine chatouillé ses victimes, à la brillante Loi RGPD, qui, au final, ne fera que renforcer les plus forts, contre qui elle avait été inventée ! Et pendant ce temps, toujours pas de stratégie offensive. On a consolidé la défense du but, en hommage de la ligne Magninot qui était censée nous protéger des Allemands, avec le brillant succès que l’on connaît. Gainsbourg disait dans sa Marseillaise, « combat avec des défenseurs ! ».

Cette longue introduction, pour maintenir le suspense et vous forcer à la lecture de cette brillante tribune, mais surtout pour prendre conscience que, malgré la future éventuelle sortie de la Grande Bretagne, notre Europe composée de près de 30 Etats, nous fait un cadeau de noël en avance, avec un investissement (tenez vous bien à la fois sur votre fauteuil pour ne pas tomber et les cotes, car le rire noir qui va vous envahir, risque de vous faire mal) de …….. 9 milliards d’euros !!!! Oui vous avez bien lu, vous ne rêvez pas. 9 milliards. Les USA à eux seuls ont investit 37 Milliards dans leurs start-up. La Chine a annoncé des investissements dans l’IA qui leur permettraient d’atteindre 150 milliards de revenus en 2030. Et l’Europe du haut de ses 380 millions d’habitants va débourser 9 milliards. A peine 350 millions par pays. 

En anglais on appelle cela de la mendicité, en Chine, de la petite monnaie. Petits moyens pour petits joueurs. Si la somme de 1.4Mds annoncée par le président de la République pour l’IA, faisait déjà de la peine, on finit par le trouver colossal face aux 9 milliards de l’Europe. 1.4Mds dans un pays de 68 millions de personnes c’est finalement dans la bonne moyenne du manque d’ambition. Et nous espérons que les entreprises, les investisseurs, les étudiants, les délaissés du progrès, vont faire des saltos arrière en entendant cela ? Tout ceux qui se souviennent des milliards investis ou garantis pour sauver les banques en 2008 (dont certaines le méritaient peu), en ont encore mal à la feuille d’impôt !!

Ce n’est pas tout, les 9Mds, se divisent en plusieurs objectifs. Eh oui, le nanisme de l’ambition est, de plus, découpé en petites parts. Un peu de miettes pour avoir quelques calculateurs, mais pas trop, sinon on risquerait de nous prendre au sérieux. On ne peut pas prendre ce risque ! Un peu de miettes pour former 500 000 personnes au numérique. Pincez moi, d’urgence. Je rêve ! Il manque la bagatelle de 100 000 codeurs en région parisienne élargie, et nous pensons que former 500 000 personnes à l’échelle de l’Europe va régler notre problème. Vite une paille, je m’étouffe… Et enfin 2Mds sur l’IA, qui prouve que la seule intelligence réellement artificielle est celle des technocrates Européens, flanqués de nos euros-députés, incompétents. D’ailleurs qui connaît nos députés Européens ?

Je suis dévasté. Le montant que j’attendais était de 100 milliards sur 5 ans. Financés ou garantis. Avec une préférence Européenne pour faire naître des géants. Un plan forcé pour que la dépense publique Européenne s’investisse en priorité sur des PME Européennes innovantes. Bref je rêvais d’une Europe qui réalise qu’il était temps de parler de destinée Européenne, de rêve d’avenir, de reprise de l’amélioration de la situation sociale d’une génération à la suivante. Freinant ainsi les populistes et mobilisant les fantasmes et les espoirs de peuple qui n’attendent que cela. Au lieu de cela nous avons un budget que nos rappeurs français qualifierait de « budget de bouffon », tellement ridicule que l’on ne parvient même pas à en rire.

L’Europe a perdu une occasion de plus. Sans destin neuf, elle finira en objet d’occasion, dont personne ne voudra, même pas sur le Bon Coin. Qui pourra trouver l’oreille du géant sourd ? Même notre ami Gilles Babinet, propulsé « champion numérique européen », qu’elle utilise à longueur d’année pour donner des conférences, n’a pu trouver leur attention. Nous avons 5 années pour nous offrir un avenir ou sombrer progressivement dans l’abyme du sous développement. Qui prendra moins de 30 ans. Europe, ma bonne Europe, réveilles toi, nous allons mourir, l’eau monte et tu nous abandonnes. SOS !!

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