Pourquoi Heetch, BlaBlaCar, Drivy ne sont pas des organisations pirates illégales mais bien le fer de lance d'une nouvelle compétitivité | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Economie
Pourquoi Heetch, BlaBlaCar, Drivy ne sont pas des organisations pirates illégales mais bien le fer de lance d'une nouvelle compétitivité
©Reuters

Tribune

Pourquoi Heetch, BlaBlaCar, Drivy ne sont pas des organisations pirates illégales mais bien le fer de lance d'une nouvelle compétitivité

Le capitalisme du XXIème siècle questionne les fondements de l'Etat stratège. Il ne réclame pas plus ou moins d'Etat, mais à l'heure des traités internationaux (Ceta, Tafta) et de l'économie digitale, une nouvelle définition de ce que sont la concurrence et un profit légal. 

Rodolphe Durand

Rodolphe Durand

Rodolphe Durand est professeur de stratégie à HEC, fondateur du Centre Society And Organizations.

Il est l'auteur de L'organisation Pirate et de La Désorganisation du Monde.

Voir la bio »

Quel rôle de l'Etat et de la réglementation dans la concurrence du XXIème siècle ? Contrairement à ce que beaucoup pensent et disent, ce rôle est plus stratégique que jamais. Le capitalisme du XXIème siècle questionne les fondements de l'Etat stratège. Il ne réclame pas plus ou moins d'Etat, mais à l'heure des traités internationaux (Ceta, Tafta) et de l'économie digitale, une nouvelle définition de ce que sont la concurrence et un profit légal. En effet, dans cette ère économique, on observe à la fois les tendances d'un renforcement du pouvoir central classique de l'Etat souverain autour d'industries essentielles - énergie, défense - mais aussi la nécessité de repenser les législations issues de l'ère industrielle passée à cause de la numérisation des échanges. Dans de nombreuses activités, des organisations pirates viennent défier des leaders nationaux installés et défensifs de leurs prérogatives. Doivent-elles donc être mises hors la loi ou bien sont-elles le fer de lance d'une nouvelle compétitivité ?

Prenons le secteur de la mobilité individuelle, autrefois dénommé auto-mobile. Alors que le modèle des Trente Glorieuses associait à chaque famille une voiture flambant neuve, symbole de réussite sociale et de liberté, le XXIème siècle s’ouvre sur une relation radicalement différente. La voiture ne se possède plus : elle se loue. Son usage n’est plus individuel : il est partagé. Les rapports à la propriété et à la marque en sont nécessairement affectés : de plus en plus, l’expérience de transport lors d’un trajet importe plus que la détention des clés du véhicule. Signe de cette mutation : en 35 ans, les immatriculations de voitures neuves ont chuté de plus d’un tiers en Europe. Les constructeurs se rapprochent des géants du numérique, tel le partenariat récemment annoncé entre Renault et Microsoft, ou les tentatives bien connues de Uber et Google et de la voiture autonome.

Le futur de l'automobile appartient à ceux qui contrôleront son tableau de bord, les applications associées, et les données générées par son usage, pas nécessairement réservé à un propriétaire unique, mais partagé à plusieurs. Industrie de transport hier, elle devient progressivement une offre de services de mobilité. Le numérique facilite les réponses à de nouvelles demandes, en digitalisant les données, en fluidifiant les relations entre offre et demande et en révolutionnant les usages. Qu’elles servent à diriger une voiture à distance ou à réserver un covoiturage, les applications sont déjà partout dans nos déplacements.

Les enjeux sont formidables, à la fois locaux, au niveau d'une ville, et globaux, avec la possibilité d'utiliser une même application dans de nombreuses capitales du monde. La France compte en la matière de formidables pépites. BlaBlaCar, qui vient de fêter ses 10 ans d’existence, est le leader mondial du covoiturage sur longues distances. Son petit frère Heetch, qui s’est spécialisé sur le covoiturage de nuit, en est une autre illustration. La location de véhicules entre particuliers a aussi le vent en poupe : les Français Drivy et Koolicar entendent disrupter les acteurs traditionnels. Mais ces pépites sont contestées dans leur existence par un rappel à la loi.

Les plate-formes facilitent la rencontre de cette offre de services innovants et des attentes des consommateurs, à la recherche de souplesse et de fluidité. Les nouveaux usages révèlent des potentiels de développement immenses, qui bouleversent progressivement nos manières de voyager et révolutionnent les modèles économiques. Comment arbitrer entre les principes concurrentiels d'hier et les réalités d'aujourd'hui ? En acceptant de comprendre les logiques sur lesquelles reposent les modèles économiques de ces nouveaux acteurs. En pensant la légitimité de leurs requêtes. En redéfinissant les bases de la concurrence entre services en ligne et services hors ligne. Après tout, à toutes époques, des pirates acceptèrent de devenir corsaires au service d'Etats conquérants de nouveaux territoires. La mobilité et le numérique ne sont pas des exceptions.

Le sujet vous intéresse ?

À Lire Aussi

Frédéric Mazella - BlaBlaCar : "Nous ne sommes pas qu’un effet de la crise"Uber, Airbnb, Blablacar, Le Bon Coin... Le Gouvernement leur donne le choix entre la mort subite et la mort lenteDrivy lève 31 millions d’euros, BlaBlaCar s’impose… ce que les beaux succès de ces start-ups françaises coûtent aux acteurs traditionnels du secteur

Mots-Clés

Thématiques

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !