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Pourquoi Donald Trump pourrait échapper à la facture de sa dérive grandissante
©SAUL LOEB / AFP

Dans son « incomparable sagesse »

Pourquoi Donald Trump pourrait échapper à la facture de sa dérive grandissante

Entre un tweet dans lequel il parle de sa "grande et inégalable sagesse" et son refus de coopérer avec le Congrès, le Président américain met en place une stratégie offensive qui pourrait s'avérer décisive lors des prochaines élections.

Jean-Eric Branaa

Jean-Eric Branaa

Jean-Eric Branaa est spécialiste des Etats-Unis et maître de conférences à l’université Assas-Paris II. Il est chercheur au centre Thucydide. Il est notamment l'auteur de Hillary, une présidente des Etats-Unis (Eyrolles, 2015), Qui veut la peau du Parti républicain ? L’incroyable Donald Trump (Passy, 2016), Trumpland, portrait d'une Amérique divisée (Privat, 2017),  1968: Quand l'Amérique gronde (Privat, 2018), Et s’il gagnait encore ? (VA éditions, 2018), « Joe Biden : le 3e mandat de Barack Obama (VA éditions, 2019) et la biographie de Joe Biden (Nouveau Monde, 2020). Son dernier livre : Kamala Harris, L'Amérique du futur, aux éditions Nouveau monde (septembre 2021).

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Atlantico.fr : Ces deux événements marquent-ils une rupture avec ce qui est attendu d'un Président américain ?

Jean-Eric Branaa: Cela ne me semble pas être une rupture avec ce qui est attendu de Donald Trump depuis le départ. On peut dire que l'on est même dans une vraie continuité. D'abord, ce sont deux affaires différentes. On sait que Trump privilégie les affaires et que la Turquie a toujours représenté pour lui un client potentiel, ce dès le départ. Lorsqu'il est arrivé au pouvoir, la Turquie prenait ses distances avec l'OTAN, renversait ses alliances en se rapprochant d'Al Assad et de la Russie et en même temps lançait des appels d'offre pour vendre ses chars et ses avions ce qui a intéressé Trump d'un point de vue purement commercial. Il ne voulait pas passer à côté de ce marché. Par ailleurs, les tensions en 2017 et 2018 avec la Turquie l'ont été sur fond de ventes des F35 américains alors que la Turquie voulait acheter le système de défense aérien russe S400. De par ce fait, Trump a toujours été très virulent avec la Turquie en expliquant qu'il pouvait mettre le pays à genou s'il le voulait donc ce tweet n'a rien d'inédit et il est intéressant de voir que sur fond de guerre commerciale entre les deux pays, Erdogan a toujours été très prudent avec le Président américain. Quand Trump dit qu'il va détruire le pays économiquement si les Turcs s'en prennent aux Kurdes, il faut avoir ce contexte en tête. Mais cette histoire de tweet n'a rien de nouveau. Il faut comprendre que la seule peur de Trump est que la Turquie se rapproche de l'Iran. L'autre contexte très important, et cela à avoir avec l'impeachment, concerne les élections américaines. Trump essaye de montrer à ses supporters qu'il essaye par tous les moyens de se retirer de la Turquie et donc d'une zone géographique éloignée des Etats-Unis en invoquant le fait qu'il ne soit pas normal que des américains se fassent tuer ou blesser là-bas. Par ailleurs, ce message est entendu par ses supporters. Pendant que les démocrates s'occupent de l'impeachment, il explique se battre pour les citoyens américains.

La nouveauté, n'est-ce pas qu'il se place au-dessus à la fois de la raison et de la modestie pour la déclaration sur la Turquie, et au-dessus des lois avec le refus de coopérer ? Est-ce un problème pour la démocratie américaine ?

Jean-Eric Branaa: Le fait qu'il se place au-dessus des lois pose un problème moral, non pas démocratique ou constitutionnel. Il ne se passe rien actuellement car nous sommes dans un problème politique et non juridique. L'enquête pour impeachment lancée au Congrès n'a pas encore valeur de droit puisqu'il n'y a eu aucun vote. Nancy Pelosi a seulement fait une annonce, la Présidente de la Chambre des représentants qui a annoncé une enquête qu'elle confiait à Adam Schiff, le Président de la Commission des renseignements, mais il existait déjà une enquête dans cette commission et comme dans six autres. En réalité, le Congrès jouait déjà son rôle de contre-pouvoir par le biais de ces enquêtes. Trump demande seulement une ouverture officielle par vote formel de 218 représentants en séance plénière où chacun des députés devraient voter en confiance "pour" ou "contre". Chaque représentant devra ensuite retourner dans sa circonscription pour justifier son vote. Il faut comprendre que peu importe s'il a voté "pour" ou "contre", une opposition sur place naîtra et les plus fragiles d'entre eux électoralement vont se voir présenter face à eux des candidats même lors des primaires Démocrates.

Cette énième polémique peut-elle ouvrir une brèche pour les Démocrates aux prochaines élections ?  

Jean-Eric Branaa: Non bien au contraire. Un candidat qui se sera battu pour l'impeachment du Président se verra en face de quelqu'un qui lui rétorquera que Trump s'est battu à la place pour l'unité du pays. Et l'on ne parlera que de cela. C'est une situation impossible pour les Démocrates et c'est ce que Trump cherche à créer, c'est-à-dire un véritable chaos dans ce parti car il sait qu'il contient des gens fragiles. Trump mène le jeu en faisant cela et il est écrit nulle part dans la Constitution qu'il doit répondre de cette enquête. Il ne risque absolument rien électoralement. Cette stratégie avait déjà été élaborée la semaine dernière avec Pompéo qui devait transmettre des documents mais ne l'a pas fait. Trump peut se tourner vers le public en expliquant que les Démocrates ne sont pas démocrates. Cette idée d'impeachment est un dérapage et en plus de cela, aura très peu de chance d'aboutir. 

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