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Grâce à ses prix cassés, le patron de Free, Xavier Niel, a raflé 4,6% du marché de la téléphonie mobile en moins de trois mois, soit près de trois millions d’utilisateurs.
Grâce à ses prix cassés, le patron de Free, Xavier Niel, a raflé 4,6% du marché de la téléphonie mobile en moins de trois mois, soit près de trois millions d’utilisateurs.
©Reuters

Il a tout compris !

Mais pourquoi défendre les rentes de situation ? Vouloir fermer les frontières est aussi absurde que de reprocher à Xavier Niel de détruire les emplois

Après Orange, Bouygues et SFR, le marché de la téléphonie a vu débarquer un ovni du doux nom de Free, proposant des offres défiant toutes concurrences. Une success story qui permet de toucher du doigt l’erreur de ceux qui pensent qu’il faut se protéger de la concurrence étrangère, considérée comme la source de tous nos malheurs.

Chenva Tieu

Chenva Tieu

Chenva Tieu est secrétaire national de l'UMP et candidat à la primaire pour la mairie de Paris. Il est entrepreneur dans les services financiers et fondateur de la société de production Online Productions.

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En décembre 2011, un nouvel opérateur de téléphonie mobile déboule sur le marché français avec une offre simple et bon marché, taillant ainsi des croupières aux trois opérateurs historiques ! Pris totalement au dépourvu, ceux-ci essaient d’organiser la résistance, mais en vain : grâce à ses prix cassés, le challenger fait des ravages et rafle 4,6% du marché en moins de trois mois, soit près de trois millions d’utilisateurs.

Encore un coup tordu des Chinois avec leur pratique low-cost habituelle fondée sur la mauvaise qualité et le dumping social ? Pas du tout, les protectionnistes et antimondialistes de tous poils en sont pour leur frais cette fois-ci, puisqu’il s’agit d’un opérateur tout ce qu’il y a de plus français, le groupe Free, dirigé il est vrai par le diabolique Xavier Niel, qui traîne derrière lui une réputation sulfureuse acquise dans le minitel rose.

Mais comment fait-il ? Comment une réussite aussi fulgurante est-elle possible ? Comment un nouveau venu - pour ne pas dire un parvenu - réussit-il à obtenir des prix aussi bas ? En fait, ce succès repose sur trois facteurs mûrement réfléchis :

D’abord, l’innovation

La principale invention de Niel, c’est le concept de « box », permettant de grouper la télévision, l’internet, le téléphone fixe et maintenant le mobile. Or, la première conséquence de l’innovation, c’est de bousculer un marché accaparé par des acteurs peu imaginatifs. C’est là le bienfait de la concurrence : prendre à contre-pied des opérateurs qui vivent de leurs rentes et gèrent une offre compliquée, résultat d’une sédimentation historique. Il est toujours bon d’aiguillonner les oligopoles : si c’est bon pour le consommateur, c’est bon également pour l’allocation des ressources en capital.

Ensuite, des prix bas

Comment les obtient-il ? Certains ont tendance à croire que la concurrence par les prix est toujours fondée sur l’exploitation d’une main d’œuvre sous-payée. Mais ce n’est pas vrai : Niel n’emploie pas de sans-papiers chinois dans des ateliers clandestins de Paris ! En l’occurrence, c’est la combinaison des gains de productivité et de la rationalisation de l’offre qui tire les coûts vers le bas. Ce à quoi il faut ajouter l’anticipation de gros volumes de vente qui permet d’attaquer le marché avec des tarifs attractifs. Ainsi, les prix de Free sont bas parce que les prix des autres étaient bien trop élevés !

Enfin, et c’est peut-être le plus important, c’est l’attention prêtée aux besoins du consommateur. Toute cette démarche repose sur un modèle consumer-oriented, fondé d’abord sur la simplicité d’une offre répondant aux besoins de l’utilisateur, et non pour le maintien des rentes de situation.

Que nous apprend cette histoire ?

Plus que la valeur exemplaire d’une success story, ce qui nous paraît important, c’est le choc salutaire qu’elle provoque en nous, choc qui est susceptible de nous faire changer de regard sur les effets de la concurrence, d’où qu’elle vienne. Il est temps de considérer la concurrence pour ce qu’elle est, pour ses effets bénéfiques quelle que soit son origine, nationale ou étrangère. Car un jour, bien sûr, Free sera lui-même bousculé (peut-être même par une entreprise chinoise), c’est la loi de l’économie : aucune entreprise ne peut se tenir au sommet de l’innovation pendant une durée indéfinie.

L’intérêt de cette histoire, c’est qu’elle nous permet de toucher du doigt l’erreur de ceux qui pensent qu’il faut se protéger de la concurrence étrangère, considérée comme la source de tous nos malheurs. N’a-t-on pas tendance à stigmatiser l’arrivée chez nous de produits étrangers moins chers que les produits français, sous prétexte que cela détruirait des emplois chez nous ? Il faudrait « démondialiser » de toute urgence notre économie pour la protéger des prédateurs étrangers (et surtout asiatiques) ! Oui, supprimons la concurrence étrangère en fermant nos frontières, et nous vivrons dans le meilleur des mondes.

Or, que se passe-t-il lorsqu’un Français invente un procédé qui permet de produire beaucoup moins cher un bien ou un service, c'est-à-dire avec beaucoup moins de main d’œuvre ? On le félicite, on lui décerne le prix de l’innovateur de l’année, car voilà quelqu’un d’inventif qui fait les affaires des consommateurs, force les mastodontes à se remettre en question, libère l’argent des ménages pour d’autres activités !

Cela paraît tout à fait légitime, et pourtant les deux situations sont à peu près identiques. Mais à chaque fois, on ne voit que le verre à moitié vide ou à moitié plein : quand il s’agit de concurrence chinoise (toujours considérée comme déloyale), on ne voit que les emplois qui disparaissent dans un secteur, mais on oublie l’argent disponible qui pourra financer de nouvelles activités dans un autre secteur. Quand il s’agit de concurrence domestique, on fait le contraire, on célèbre l’arrivée d’un champion national, mais on oublie les licenciements chez les concurrents.

Un tel paradoxe ne doit-il pas nous faire réfléchir ?

Quel enseignement en retirer ? Faudrait-il non seulement condamner la mondialisation, mais aussi l’innovation sur notre sol ? Ou bien, à l’inverse, faudrait-il cesser de condamner la mondialisation et encourager l’innovation chez nous ?

Le lecteur est suffisamment sensé pour en tirer la conclusion qui s’impose. Nos décideurs politiques et économiques le seront-ils aussi ?


Xavier Niel figure parmi les actionnaires du site d'information Atlantico

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