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Pour Zemmour "la France est morte".
Pour Zemmour "la France est morte".
©Reuters

Bonnes feuilles

"C'est pas ma faute" : pour Zemmour "la France est morte", mais selon de Gaulle " le salut vint d’abord d’une élite"

Qu'ont en commun François Hollande qui accuse Bruxelles de ses revers, Thomas Thévenoud qui incrimine sa phobie administrative, Jérôme Kerviel qui se déclare victime du système ? « C'est pas ma faute ! » s'exclament-ils en choeur. Petits et grands reprennent le refrain avec entrain. Ils stigmatisent le mal français de la désinvolture, de l'irresponsabilité et de la démission. De juin 1940 à aujourd'hui, en passant par mai 1968, ce livre retrace notre dégringolade. Et détaille les conditions de notre sortie de l'infantilisation. Extraits de "C'est pas ma faute" d'Irène Inchauspé et Claude Leblanc, aux éditions du Cerf 2/2

Claude  Leblanc

Claude Leblanc

Ex-rédacteur, en chef de Courrier International et de Jeune Afrique, Claude Leblanc est l'auteur, entre autres, de L'Engrenage et du Japon vu du train. Il est journaliste à L'Opinion.

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Irène Inchauspé

Irène Inchauspé

Passée par Le Point et Challenges, Irène Inchauspé est notamment l'auteur de L'Echéance avec François de Closets et de L'Horreur fiscale avec Sylvie Hattemer. Elle est journaliste à L'Opinion.

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Beaucoup disent « c’est la faute de mai 1968 ». Et plus encore de celles et de ceux qui continuent de s’en revendiquer. L’un de leurs virulents adversaires se nomme Éric Zemmour. Il leur impute le constat accablant qu’il dresse de la situation du pays. « La France se meurt, la France est morte. Nos élites politiques, économiques, administratives, médiatiques, intellectuelles, artistiques crachent sur sa tombe et piétinent son cadavre fumant », écrit-­il dans Le Suicide français. Un constat tout en nuances qui a fait de son ouvrage un succès écrasant en librairie.

Pour ne pas tomber dans pareille facilité, il faut remonter à un autre printemps. La saison est la même, mais l’atmosphère est beaucoup moins festive et ludique. Mai-­juin 1940, la débâcle sans précédent des soldats français face aux troupes allemandes et l’exode, avec ses huit à dix millions de personnes sur les routes, constituent un traumatisme collectif qui met la France au tapis. Face à l’angoisse de se retrouver pris au piège par l’irrésistible avancée de la Wehrmacht, les Français ont opté pour l’abandon. La quasi-totalité de la population est touchée par cette débandade généralisée alors que son armée a été présentée comme « invincible » quelques mois auparavant. « Inutile d’épiloguer sur les événements. Ils dépassent en horreur et en humiliation tout ce qu’on pouvait rêver dans nos pires cauchemars », résume, en juillet 1940, l’historien Marc Bloch.

Aussi, lorsque le maréchal Philippe Pétain annonce qu’il fait à la France le don de sa personne pour atténuer son malheur, offre-t‑il aux millions de Français désemparés une excellente occasion de se décharger d’un fardeau trop lourd à porter. Il endosse la responsabilité collective de ce désastre militaire et promet le redressement à la patrie. Partant, il invite à la déresponsabilisation du peuple et l’exempte de se remettre en cause. Le héros de Verdun incarne aux yeux d’une grande partie des Français une sorte de sauveur de l’âme nationale. En avril 1944, il rappellera que la « France est cette âme, une âme qu’on ne saurait tuer ». Et lorsqu’il se rendra à Paris le même mois pour célébrer la mémoire des victimes des bombardements alliés, la foule qui l’accueillera sera nombreuse sur le parvis de l’Hôtel de ville comme elle le sera quatre mois plus tard pour recevoir le général de Gaulle, lui aussi sauveur et libérateur ! Souvent foule varie, bien fol est qui s’y fie.

L’homme de l’Appel du 18 juin s’impose d’autant mieux qu’il choisit de mettre entre parenthèses les quatre années d’occupation, souvenir douloureux que beaucoup ne souhaitent pas évoquer. Il le dit fort bien à Bayeux en juin 1946. S’il rappelle que le « salut vint d’abord d’une élite », il explique d’emblée qu’« elle n’y eût point, cependant, réussi sans l’assentiment de l’immense masse française. Celle-­ci, en effet, dans sa volonté instinctive de survivre et de triompher, n’avait jamais vu dans le désastre de 1940 qu’une péripétie de la guerre mondiale où la France servait d’avant-­garde ». En deux phrases, il ramène le traumatisme de l’humiliante défaite de 1940 à une simple « péripétie » c’est-­à-­dire, selon le Larousse, à « un accident secondaire qui ne modifie pas l’essentiel du déroulement d’une action ». Il absout les Français qui le lui rendent bien. « Ma popularité était comme un capital qui solderait les déboires », écrit-­il. La boucle est bouclée.

 

Extraits de "C'est pas ma faute", d'Irène Inchauspé et Cladue Leblanc, aux éditions du Cerf, 2015

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