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Pour que 100 % d'une classe d'âge accède à un emploi

Une tribune signée Salima Saa, porte-parole de Bruno Le Maire.

La France détient un triste trophée : celui du pays le plus inégalitaire en matière d'éducation. Fin septembre, le Conseil national d'évaluation du système scolaire nous a classés dernier sur 35 pays de l'OCDE. Plus qu'avant, la France produit de l'injustice scolaire. Son échec est criant dans les zones défavorisées, les enfants ont moins de chances qu'ailleurs parce que les enseignants y sont plus jeunes et plus contraints à la discipline avant de pouvoir enseigner. Sur ce sujet, nous avons eu peu de réactions du Président. Nous n'avons pas eu de prise de conscience de la ministre de l'Education. Pas de plan d'action. Renverser la table en matière d'éducation, c'est souvent trop risqué, surtout à quelques mois d'une élection... Ajoutons qu'en septembre, le chômage des jeunes de moins de 25 ans a augmenté et dépasse 25 % alors que l'Allemagne est sous la barre des 10 %. Or, on le sait, le chômage des jeunes est lourdement corrélé à la qualification et au diplôme. 

Ces chiffres tiennent lieu de bilan à la présidence qui avait demandé à être jugée sur les jeunes. En 2016, l'école produit plus d'inégalités que partout ailleurs dans l'OCDE, et nos jeunes sont davantage au chômage que dans la plupart des pays d'Europe. Ce constat dramatique ne mérite-t-il pas un débat national ? L'éducation et l'avenir de nos enfants méritent au moins autant de battage et de communication que la proposition de déchéance de la nationalité... Il est temps d'en finir avec l'idéal de gauche de mener 80 % d'une classe d'âge au bac. Affirmons un nouvel objectif plus ambitieux et plus pertinent : amener plutôt 100 % d'une classe d'âge vers un emploi. Le travail est une condition de la dignité de tous et de la fierté de notre pays.

Pour y parvenir, il y a deux grandes priorités : renforcer les savoirs fondamentaux à l'école primaire et créer un collège ouvert à tous. À l'école primaire, l'apprentissage du langage est fondamental et déterminant pour l'avenir. Bruno Le Maire propose de passer de 10h à 15h d'enseignement du français, mais aussi d'organiser une détection précoce des écarts de vocabulaire. Cet écart est le révélateur mais aussi le ferment des injustices à venir. Mais à l'école primaire, tout est rattrapable, à condition de mettre en place un suivi personnalisé. Seconde priorité, le collège. Dans la loi, le collège est obligatoire pour tous. Dans la réalité, il condamne et délaisse une partie importante de nos jeunes. 160 000 décrocheurs par an renoncent ainsi au collège, et à leur avenir, sans que l'on ne fasse rien. Oublions vite la proposition de Najat Vallaud-Belkacem de leur donner 1000€ par an pour rester en cours... Le collège ne peut pas être unique parce qu'il faut que chaque enfant puisse exprimer son propre potentiel, même si ce potentiel ne résonne pas avec la filière généraliste. Il est urgent de passer d'une logique de nivellement par le bas, d'une logique globale de génération à une logique d'individualisation et de réussite. L'apprentissage et les école des métiers sont d'excellentes propositions qui offrent des solutions de qualification et d'emploi aux jeunes. C'est cela aujourd'hui la mission de l'Etat et de l'Education Nationale : permettre à chaque enfant de trouver une solution justement parce que chaque enfant est unique. Chaque solution individuelle est un investissement dans la dignité de ces futurs adultes et dans la cohésion et la fierté de la France.

Comment peut-on, après ce quinquennat de déceptions, réussir ces réformes fondamentales ? En premier lieu, cesser de sacraliser les enseignants, cesser d'en avoir peur et de les traiter en électeurs potentiels. Travaillons avec eux concrètement, appuyons-nous sur leur expérience et leurs capacités d'innovation. Appuyons-nous également sur les chefs d'établissements : qu'ils aient davantage de liberté pour exprimer leur projet pédagogique. Il est temps de leur faire confiance, leur projet est nécessairement plus adapté aux besoins des enfants de leur territoire que toutes les réflexions menées rue de Grenelle, sous les dorures du ministère de l'Education. Autre piste, sortons l'éducation elle-même du piédestal qui l'isole : les budgets que la nation lui consacre sont en augmentation et les résultats se dégradent chaque année. Les Français sont en droit de demander des comptes au gouvernement et d'exiger une meilleure efficacité de leur système d'éducation. Etablissons et rendons publics plus d'indicateurs que la réussite au bac dont on connaît les biais : nombre de décrocheurs, accompagnement des boursiers, maîtrise des savoirs fondamentaux... Enfin faisons le pas évident de relier l'enseignement au travail : oui les enfants sont à l'école pour former leur esprit d'adulte et de citoyens, mais ils sont aussi à l'école pour accéder au travail. Pourquoi ne pas communiquer plus tôt sur le taux d'employabilité de certaines filières ? Cela permettrait de briser certains préjugés notamment liés aux filières techniques, mais aussi d'amener plus certainement les jeunes vers un emploi possible.

Périclès disait "si on veut obtenir quelque chose que l’on n’a jamais eu, il faut tenter quelque chose que l’on n’a jamais fait". Intéressons-nous à des innovations éducatives comme celles de Céline Alvarez qui fait lire dès 3 ans des enfants issus de milieux défavorisés. Observons mieux les résultats de la Fondation Espérances Banlieue qui veut prévenir le décrochage scolaire et apaiser les tensions communautaires. Petits effectifs, apprentissage de codes sociaux, apprentissage de la confiance en soi. La Fondation réussit à aider mieux ceux qui ont reçu le moins. Généralisons ces initiatives largement. Depuis des années, pour nous protéger politiquement, nous ne changeons rien. Or s'il est un domaine qui requiert du courage politique, c'est l'avenir de nos enfants. Prenons garde à l'image de notre génération que nous leur léguons à notre insu.

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