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Post Hulot : pourquoi Emmanuel Macron ne devrait pas griller la carte d’un grand remaniement immédiatement
©PHILIPPE WOJAZER / POOL / AFP

Décisions cruciales

Post Hulot : pourquoi Emmanuel Macron ne devrait pas griller la carte d’un grand remaniement immédiatement

Suite à la démission de Nicolas Hulot, Emmanuel Macron se trouve confronté à une double injonction, entre nécessité de faire face au départ de son ministre le plus populaire, et préparer les élections européennes.

Bruno Jeudy

Bruno Jeudy

Bruno Jeudy est rédacteur en chef Politique et Économie chez Paris Match. Spécialiste de la droite, il est notamment le co-auteur du livre Le Coup monté, avec Carole Barjon.

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Atlantico : Alors que l'hypothèse d'un accord de listes entre LREM et la droite juppéiste a pris du plomb dans l'aile, quels sont les enjeux de ce remaniement pour Emmanuel Macron, au-delà du simple cas Hulot ?

Bruno Jeudy : Je ne suis pas certain que l'on assiste à un remaniement d'ampleur dans les jours qui viennent. Il s'agit avant tout du remplacement de Nicolas Hulot, voire peut-être de replâtrer un peu son gouvernement. En tous les cas, il ne grillera pas la carte d'un grand remaniement, mais les jours prochains nous le diront. Il n'en reste pas moins que ce remplacement est forcément compliqué. Au-delà de la perte de la prise de guerre que représentait Nicolas Hulot, c'est tout son "en même temps" politique qui est déséquilibré. Nicolas Hulot occupait bien son créneau, étant très apprécié des électeurs de gauche et des soutiens de LREM. Qui pour remplacer Nicolas Hulot sachant que le banc de touche de LREM n'est pas très garni ?

La perte de Nicolas Hulot, c'est aussi la perte d'une incarnation, d'un visage médiatique connu et apprécié des Français. Dans une période politique plus compliquée, il aurait pu être un atout, notamment dans la perspective des européennes. Emmanuel Macron devra s'en passer. Est-ce que cela préfigure d'une nouvelle stratégie pour les européennes ? Le président espère toujours pouvoir s'appuyer sur une liste unique des pro-européens de façon à conforter sa stratégie d'opposition entre les pros et les anti-européens. Et là, cela se complique puise que les difficultés politiques, de l'affaire Benalla à la rentrée économique en passant par les choix budgétaires sèment le trouble dans une droite modérée qui est moins à l'aise avec Emmanuel Macron. Il n'est plus aussi certain qu'il y ait une liste unique l'année prochaine, ce n'est d'ailleurs pas forcément – à mon avis – l'intérêt d'Emmanuel Macron parce qu'une liste unique, ce serait forcément une cible idéale pour tous ses opposants. Il n'est pas certain que dans un contexte politique dégradé cette liste unique puisse réaliser au moins le score du premier tour d'Emmanuel Macron à la présidentielle. Peut-être qu'une stratégie de listes pro-européennes multiples serait plus judicieuse car elle permettrait à Emmanuel Macron d'amortir un score électoral médiocre.

En quoi ce remaniement peut-il être annonciateur de la stratégie suivie par LREM pour les européennes ? Quelles sont les possibilités qui s'offrent encore à Emmanuel Macron dans cette perspective ?

Pour l'instant, ce n'est pas l'état d'esprit du président de la République qui s'accroche plutôt à l'idée d'une liste pro-européenne unique derrière la bannière LREM et de son allié MODEM et qui regrouperait aussi les amis d'Alain Juppé et de Jean Pierre Raffarin, cette droite "constructive". Mais il est vrai que cette droite modérée commence à prendre ses distances au fur et à mesure que la majorité rencontre des difficultés politiques, mais aussi en raison des choix économiques de cette rentrée, le matraquage des retraites, le prélèvement à la source, la réforme des retraites qui se dessine, autant de choix qui font un peu douter cette droite qui jusqu'à présent était très bienveillante avec Emmanuel Macron. Cette possibilité de liste unique n'est peut-être plus forcément la seule possibilité.

Dès le mois de juin, Laurent Wauquiez avait mis de l'eau dans son vin eurosceptique et ouvert la voie à un retour vers une ligne européenne  "moyennement sceptique" ou "moyennement pro-européenne", assez classique finalement. Laurent Wauquiez est en train d'enjamber les européennes, il considère que cela n'est pas un scrutin important pour lui et il ne sera pas candidat, malgré l'insistance de Nicolas Sarkozy. Il n'est pas non plus hostile à une candidature de Michel Barnier ancien ministre de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy, ce qui couperait un peu l'herbe sous le pied de la droite modérée, sachant que Michel Barnier fait plutôt parti de cette famille-là. Laurent Wauquiez enjambe ses élections même s'il sait qu'elles seront forcément compliquées pour les LR surtout si la droite aligne plusieurs listes. Ce qui pourrait être la stratégie d'Emmanuel Macron qui cherche à cornériser Laurent Wauqiuez, en transformant les LR en groupuscule, avec un score de 10%, et en pariant que la droite modérée fasse mieux.

Quels sont les risques principaux qui menacent LREM , dans un climat de baisse importante de la confiance des électeurs ?

La rentrée de la République En marche est aussi compliquée que celle d'Emmanuel Macron. D'autant plus que pour l'instant elle est absente. Elle n'a pas d'expression publique et à force de ne pas vouloir être un parti comme les autres, la république en marche est en train de devenir un fantôme. C'est ce qui apparaît de plus en plus au fil des mois et même l'installation de Christophe Castaner à sa tête n'a pas permis à ce mouvement de s'ancrer davantage dans le pays même s'il revendique plusieurs centaines de milliers de marcheurs. On ne voit pas cette armée se déployer dans les territoires. On voit plutôt un président qui veut se servir de LREM pour essayer de rendre illisible le prochain scrutin. Il ne cherche pas à s'appuyer sur LREM, il cherche à rendre illisible le prochain scrutin en multipliant les listes pro-européennes par exemple, ou en passant des accord avec des maires de gauche ou LR pour les municipales. Du coup, le parti apparaît accessoire pour l'instant. San doute sera doute plus utile dans la deuxième partie du quinquennat, dans la perspective d'une réélection, mais avec une autre équipe. 

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