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Y aura-t-il un dîner 
Le Pen/Hollande comme il y avait eu 
un dîner Chirac/Mitterrand ?
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Meilleurs ennemis

Y aura-t-il un dîner Le Pen/Hollande comme il y avait eu un dîner Chirac/Mitterrand ?

Nicolas Sarkozy fera-t-il les frais du même genre d’alliance secrète que celle qui avait entraîné la défaite de Giscard en 1981 ?

Christian Millau

Christian Millau

Grand reporter, critique littéraire notamment pour le journal Service Littéraire, satiriste, Christian Millau est aussi écrivain.

Parmi ses parutions les plus récentes : Au galop des hussards (Grand prix de l'Académie française de la biographie et prix Joseph-Kessel), Bons baisers du goulag et aux éditions du Rocher,  Le Petit Roman du vin, Journal impoli (prix du livre incorrect 2011), Journal d'un mauvais Français (21 avril 2012) et Dictionnaire d'un peu tout et n'importe quoi (Rocher, 2013)

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François Hollande et Marine Le Pen ont diné ensemble en un lieu tenu secret. Quoi ! Mais vous êtes cinglé ! Mais non, rassurez vous : c’est une fiction, une pure invention sortie d’un cerveau quelque peu dérangé. Quoique … Souvenez-vous du dîner en octobre 1980 chez Edith Cresson qui avait réuni, dans la plus grande discrétion, François Mitterrand, candidat à la présidentielle et Jacques Chirac chef du RPR. Cette incroyable rencontre, digne des romans d’espionnage les plus tordus, Giscard d’Estaing la révélera des années plus tard, en 2006 dans le tome III de son ouvrage “ Le pouvoir et la vie “, suivi en octobre de la même année d’un passionnant documentaire de Patrick Rotman diffusé sur France 3 et aussi d’un récit “assassin “ de Franz-Olivier Giesbert sur Jacques Chirac devenu le locataire de l’Elysée.

L’histoire de ce “coup” historique, Valéry Giscard d'Estaing l’avait recueillie de la bouche même de François Mitterrand gravement atteint par la maladie, à qui l’ancien président de la République avait rendu une visite de courtoisie. Au cours de cette rencontre, Giscard qui avait entendu parler, comme pas mal  de journalistes et d’hommes politiques, de ce sulfureux complot, lui posa franchement la question : ” Est-il exact que Jacques Chirac vous a proposé son aide afin de me barrer la route ? ” Sans se faire prier, Mitterrand avait acquiescé.

Il raconta à son visiteur que Jacques Chirac, très remonté, lui avait déclaré : ” Il faut nous débarrasser de Giscard ! C’est un danger pour la France “. Il ne demandait pas mieux que de l’y aider.” En 1980, poursuivit  François Mitterrand, vous êtiez absolument imbattable. Je me suis présenté pour éviter la débacle qu’aurait connue le Parti socialiste si Michel Rocard l’avait représenté “. Il ajouta en guise de conclusion : ”Je n’ai été élu que grâce aux 550 000 voix que m’a apportées Jacques Chirac au deuxième tour. Sans ces voix qui ont changé de camp, je ne pouvais pas être élu

Comment le chef du RPR s’y était- il pris, sans dévoiler son jeu aux Français ? En donnant discrètement à ses militants la consigne de voter pour le candidat socialiste …

Par la suite les propos de Valéry Giscard d'Estaing furent, soit niés catégoriquement, soit tournés en ridicule : jamais les militants RPR n’auraient obéi en masse à de telles directives.

On ne saura jamais si Giscard a ou non “chargé la barque “ pour se venger de celui qui l’avait écarté du pouvoir mais une chose est sûre : dans cette affaire, Jacques Chirac, l’homme qui, plus tard après sa brouille avec Edouard Balladur, jura noblement qu’il jetait sa rancune “à la rivière “, avait été bel et bien l’allié objectif de cette gauche qui allait régner sur la France.

On ne peut s’empêcher aujourd’hui de s’en souvenir au moment où deux autres “alliés objectifs “ visent le même but : virer Nicolas Sarkozy de l’Elysée. Le premier –François Hollande – pour prendre sa place. La seconde –Marine Le Pen – pour devenir le leader d’une "opposition nationale"  sur les ruines supposées de l’UMP.

Je me garderais bien de fabriquer sans le moindre commencement de preuve un procès d’intention contre ces deux ennemis, en principe, irréductibles mais est-il fou d’imaginer que Marine Le Pen, pressée d’enfoncer dans l’eau la tête de Nicolas Sarkozy, ne pourrait donner à François Hollande, d’une manière ou d’une autre, un discret et efficace coup de pouce ?

Quitte, ensuite - pour les deux alliés d’un moment - à s’affronter comme si de rien n’était. Autrement dit, une application intelligente d’une “Real politik “ à la française 

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