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Les Chinois, véritables responsables de la défaite des socialistes portugais
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Mondialisation

Les Chinois, véritables responsables de la défaite des socialistes portugais

Ce dimanche les socialistes portugais ont accusé une lourde défaite lors des élections législatives. Le plan d'austérité qui mine le pays depuis plusieurs mois semble expliquer ce revers politique pour le Premier Ministre, José Socrates. Et pourtant la Chine a indirectement tué à coup d'exportations de produits à bas prix l'économie portugaise. Le pays est aujourd'hui au bord de la faillite et les Chinois en sont à l'origine. Explications.

Philippe David

Philippe David

Philippe David est cadre dirigeant, travaillant à l'international.

Il a écrit trois livres politiques : "Il va falloir tout reconstruire", ouvrage qui expliquait le pourquoi du 21 avril,  "Journal intime d'une année de rupture", sorti en 2009 aux éditions de l'Ixcéa, qui retrace les deux premières années de présidence Sarkozy et  "De la rupture aux impostures", Editions du Banc d'Arguin (9 avril 2012). 

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Les élections de dimanche dernier ont vu la victoire du PSD (centre droit, Parti du président de la commission européenne, José Manuel Durao Barroso) et du CDS-PP (droite) balayant la majorité socialiste qui a vu son nombre de sièges diminuer de 24 (passant de 97 à 73) tandis que celui du PSD augmentait du même nombre en passant de 81 à 105 (le parlement ayant 230 sièges).

Pourtant le socialiste José Socrates, arrivé au pouvoir en 2005, avait pris les problèmes du pays à bras le corps lors de son arrivée au pouvoir en réformant massivement le pays, qui en avait bien besoin, lors de ses deux premières années de mandat (qu'on appelle généralement « état de grâce » en France), le déficit public dépassant alors les 6% du PIB.

Voyons en détail les réformes faites durant ces deux premières années :

Les retraites des agents de l'Etat : alignées sur le privé. Les 32 régimes spéciaux : réduits à 4. L'emploi à vie pour les fonctionnaires : aux oubliettes. Le ministère de l'agriculture en sureffectif (comme en France): 40% des postes supprimés. Le déficit public endémique : 0% d'augmentation pour les fonctionnaires pendant 2 ans. Le taux de non remplacement des fonctionnaires partant en retraite : 50%. Les administrations pléthoriques et ne servant à rien : 263 grandes directions, 1307 services administratifs et  5254 sous départements supprimés. Le statut des fonctionnaires : mobilité entre les différents ministères, licenciement en cas de sureffectif et recrutement en priorité parmi les fonctionnaires licenciés des autres ministères avant toute procédure de recrutement de nouveaux fonctionnaires.

Le socialiste José Socrate avait pris les problèmes du pays à bras le corps lors de son arrivée au pouvoir

Résultat de cette politique : le déficit public avait été divisé par 2 en deux ans pour revenir dans la limite du pacte de stabilité ; les dépenses de personnel à la charge de l'Etat avaient été réduites de 3.7% pour descendre à 12.8% du PIB contre 14.5% deux ans auparavant et la croissance avait plus que triplé, passant de 0.5% à 1.8%, le tout sans débourser un seul centime pour acheter la paix sociale. Inutile de dire que personne en France n'oserait proposer un tel éventail de réformes...

Cependant ces réformes étaient insuffisantes et surtout inadéquates vu la gravité de la situation. Pourquoi ? Parce que le Portugal était avant tout un pays qui fabriquait pour le marché européen des produits pour lesquels les besoins de main d'œuvre étaient importants, les salaires portugais étant très bas par rapport aux autres pays européens (le SMIC est aux alentours de 500€...). Ayant parcouru tout le pays pour raisons professionnelles, je me souviens très bien de très grandes usines textiles, de chaussures, de meubles, de luminaires ou de verres (notamment dans la région de Marinha Grande) qui faisaient vivre des centaines de personnes. L'arrivée en masse des produits chinois, vendus avec une monnaie sous-évaluée face à des portugais vendant en euros surévalués, ont fait perdre immédiatement la plupart des marchés export de ces sociétés avant de les battre sur leur propre marché, la grande distribution, notamment française, étant très puissante dans ce pays et n'hésitant pas à aller acheter en Asie par containers entiers. Et ces usines ont massivement fermé, le chômage explosant pour passer de 7,4% de la population active en février 2005 lors de l'arrivée de Socrates au pouvoir pour atteindre 12,6% aujourd'hui.

Il y a 10 ans le Portugal importait de la main d'œuvre, nombre de serveurs dans les restaurants étant brésiliens. Aujourd'hui les jeunes portugais, à l'image de leurs voisins espagnols, regardent comme leurs ancêtres à nouveau vers le grand large, le Brésil, un de ces fameux BRIC dont la réussite actuelle contraste avec la situation dramatique des PIGS, étant redevenu l'eldorado d'une jeunesse dans le désespoir.

Le Portugal était avant tout un pays qui fabriquait pour le marché européen

Si vous ajoutez à cela la crise de 2008 et les plans de sauvetage à répétition à coups de dizaines de milliards, les portugais ne pouvaient que voter contre la majorité de José Socrates. Aujourd'hui le pays est au bord de la faillite, n'a plus d'industrie, n'a pas de hautes technologies et a une agriculture incomparable en termes de mécanisation et de productivité par rapport aux autres pays, la France en particulier. L'avenir est donc bien sombre pour ce pays dont le Général de Gaulle disait: « Le Portugal: Petit pays, grande Nation ».

Malgré le départ de Socrates, les portugais n'ont pas finir de boire de la potion amère en espérant que ce ne soit pas la ciguë.

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