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Plus grande attaque informatique de l'Histoire : au nom de quoi agissent les activistes du web ?
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Pavillon noir

Plus grande attaque informatique de l'Histoire : au nom de quoi agissent les activistes du web ?

Des dizaines de milliers de pirates du web venus des quatre coins du monde livrent actuellement une bataille, si titanesque qu'elle ralentit l'Internet mondial, à une organisation à but non lucratif auto-proclamée chevalier blanc du spamming. Entre chaos et liberté, difficile de suivre l'idéologie des activistes du web.

Benjamin Bayart

Benjamin Bayart

Benjamin Bayart est expert en télécommunications et président de French Data Network, le plus ancien fournisseur d’accès à Internet en France, encore en exercice.

Il est un des pionniers d'Internet en France.

 

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Atlantico : Une bataille épique est en train de se jouer dans les profondeurs de l'Internet entre des dizaines de milliers de pirates et une organisation à but non lucratif nommée Spamhaus, autoproclamée pourfendeur du spamming, qui place des hébergeurs sur une liste noire. Comment expliquer que des pirates du monde entier puissent planifier une telle attaque ? Qu’est ce qui les unit ?

Benjamin Bayart : Il faut comprendre que le fait qu’une attaque vienne de dizaines de milliers de sources ne veut pas dire qu’il y ait des dizaines de milliers d’humains derrière. Ce genre d’attaque est en général le fait de réseaux d’ordinateurs zombies, de botnets. Un zombie est en fait un ordinateur qui a été infecté par un virus ou un équivalent. Ces ordinateurs attendent donc patiemment que « papa », le créateur du virus, donne un ordre. Quand de nombreux zombies répondent au même papa, c’est un botnet, un réseau de zombie. Et quand ce papa donne un ordre, des dizaines de milliers d’ordinateur se mettent à agir simultanément. Quand ils n’attaquent pas, ces botnets servent à envoyer du spam puisqu’en dehors de quelques entreprises comme la SNCF qui spamment leurs clients, l'essentiel du réseau de spamming dans le monde vient des botnets. Ce que fait Spamhaus est de lister des spammeurs et c'est pour cela que l’organisation se retrouve en guerre contre des gens qui structurellement sont des créateurs et des manipulateurs de botnets. Si des êtres humains normaux montent des botnets, cela n’est dû qu’à des raisons financières. Il s’agit d’un milieu quasi mafieux de gens qui font une offre en disant qu’ils contrôlent un botnet de tant de milliers d’ordinateurs et qu’ils en vendent l’usage pendant un certain nombre d’heures pour quelques dizaines ou centaines de dollars. Pendant le temps de location, le botnet attaque, spam, calcule des décimales de pi ou n’importe quoi que demande le client. Il n’y a donc rien d’autre qui les unisse que des raisons financières et la volonté de détruire un gêneur.

Au-delà de ces attaques de pirates, certaines actions semblent plus idéologisées. Y a-t-il une grande idéologie derrière cette lutte internet ?

Cela doit être totalement séparé du type d'attaque que j'évoquais précédemment. Internet par sa structure créé naturellement une idéologie libertaire. La structure d’un média influe sur le contenu de son message et modèle ainsi une société. Cette société, au sens humain du terme, n’est que la somme des interactions entre les gens, donc quand on change la façon dont les gens interagissent entre eux, on change la société. La télévision par exemple créé une société totalement verticale, au sommet la personne qui y apparaît le plus et qui y parle le plus, tout en bas celui qui n’apparaît jamais à la télé et qui se contente d’absorber le contenu. Au milieu, les invités réguliers, les chroniqueurs, puis les invités moins réguliers, et enfin les invités improbables comme les micros-trottoirs. A l’inverse, Internet fabrique une société dans laquelle tout le monde peut se parler qui est ainsi complètement horizontale qui donc tend à faire naître chez les gens une idéologie libertaire.

Les Anonymous ou Wikileaks nous ont montré un double visage de la lutte sur Internet qui provoque le chaos et qui augmente la liberté. Comment faire la part des choses ?

Il n’y a pas plus de manichéisme idéologique sur Internet que dans le monde matériel. Le 13 juillet 1789, les Français dans les rues étaient encore de dangereux terroristes, le 14 ils étaient des révolutionnaires puisqu’ils avaient gagné. En Libye en ce moment, si vous demandez au pouvoir officiel, on vous dira que les rebelles sont les partisans du chaos. Et ce n’est pas faux, si ces gens étaient restés chez eux à regarder la télévision, l’ordre serait maintenu. Il est cependant possible de projeter la dessus des critères objectifs. Quelqu’un qui sème le chaos pour maintenir son activité mafieuse ne peut malgré tout pas être qualifié de révolutionnaire, il n’opère ni pour la liberté ni pour le plus grand bien. Quelqu’un qui sème le chaos pour une idéologie est plus difficile à remettre en cause. Une fois encore, certaines idéologies sont difficilement défendables et c’est là que se trouve la limite éternelle entre révolution et chaos.

Dans l’affaire entre Spamhaus et Cyberbunker, il semblerait que ce dernier ait commandité l’attaque. Certains pirates du web ne sont-ils finalement que des mercenaires ?

Ce ne sont pas des mercenaires car la plupart des gens qui ont répondu à l’appel de Cyberbunker ne l’ont fait que parce qu’ils trouvaient un intérêt au maintien de leur propre activité. Ils répondent plus à leur propre initiative et leur propre intérêt qu’à celui de la défense de Cyberbunker. Ils ne font que défendre leurs positions.

Propos recueillis par Jean-Baptiste Bonaventure

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