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La Révolution tunisienne n'a pas fait que des heureux
La Révolution tunisienne n'a pas fait que des heureux
©Reuters

Bonnes feuilles

Pillages, vengeances, anarchie : la révolution tunisienne n'a pas fait que des heureux

Face à l’insécurité générale de la Tunisie post-révolutionnaire, on a assisté à un retour en force des réseaux traditionnels de défense et de solidarité au sein des villages et des communautés, explique Mathieu Guidère. Extrait des Cocus de la révolution (2/2).

Mathieu  Guidère

Mathieu Guidère

Mathieu Guidère est islamologue et spécialiste de veille stratégique. Il est  Professeur des Universités et Directeur de Recherches

Grand connaisseur du monde arabe et du terrorisme, il est l'auteur de nombreux ouvrages dont Le Choc des révolutions arabes (Autrement, 2011) et de Les Nouveaux Terroristes (Ed Autrement, sept 2010).

 

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Des inconvénients de la révolution


Car la révolution tunisienne, unanimement saluée à l’étranger, n’a pas fait que des heureux, loin de là.

Tout d’abord, dans son déroulement, notamment au cours des premiers mois du soulèvement, entre janvier et avril 2011, elle s’est accompagnée, comme tout renversement de l’ordre établi, de nombre d’exactions, pillages, actes de vengeance et de criminalité qui ont profité de l’anarchie ambiante et de la faillite de l’État. Dans beaucoup de quartiers, en particulier ceux huppés de Tunis et d’autres grandes villes du pays, on a vu des scènes inimaginables dans la Tunisie de Bourguiba et de Ben Ali. Des bandes organisées se sont servies sans vergogne chez les particuliers et dans les édifices publics. Des individus se sont érigés en justiciers et d’autres en caïds locaux, semant la terreur parmi les habitants et chez les commerçants.

Face à l’insécurité générale et en l’absence remarquée des agents de l’État, on a assisté à un retour en force des réseaux traditionnels de défense et de solidarité au sein des villages et des communautés. De la famille à la tribu en passant par le clan, beaucoup d’individus n’ont dû leur salut qu’à un retour forcé dans le giron des structures anciennes d’appartenance et d’allégeance.

On a vu ainsi réapparaître des localismes que l’on croyait dépassés, des régionalismes que l’on croyait enterrés et un tribalisme que l’on pensait absent du pays du jasmin et du figuier. Le Nord était opposé au Sud, et le Nord- Est au Sud- Ouest ; la région côtière, appelée "Sahel" en Tunisie, s’est retrouvée accusée de tous les maux parce qu’elle avait donné, depuis l’indépendance, l’essentiel de l’élite politique du pays, sous Bourguiba, natif de Monastir, comme sous Ben Ali, originaire de Hammam Sousse, sur cette même côte tunisienne.

Pis, les gens du Sud-Ouest, et en particulier les habitants de Sidi Bouzid d’où est partie la contestation populaire qui a fait chuter le régime, ont revendiqué une primauté nationale en vertu de cette étincelle salvatrice. Dans les fi les d’attente, on a pu voir des personnes originaires de cette région passer devant les autres sans vergogne, en arguant du fait qu’elles étaient originaires de Sidi Bouzid et que désormais tout leur était dû. On a constaté, avec effarement, que cette région était la seule de Tunisie à voter massivement selon une logique tribale et clanique pour un enfant du pays… qui résidait pourtant au Royaume- Uni.

Sidi Bouzid est ainsi la seule circonscription à ne pas avoir voté majoritairement pour le parti islamiste Ennahda. Mais le nom de la liste présentée aux élections de la Constituante par l’enfant du pays n’en indiquait pas moins son ancrage islamiste : il s’agit de "la pétition populaire pour la justice et le développement".

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Extrait des Cocus de la révolution, voyage au cœur du printemps arabe, de Mathieu Guidère, aux éditions Autrement.

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