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François Fillon et Jean-François Copé sont assurés d'obtenir leurs parrainages pour se présenter à la présidence de l'UMP.
François Fillon et Jean-François Copé sont assurés d'obtenir leurs parrainages pour se présenter à la présidence de l'UMP.
©Reuters

Déni de démocratie ?

Petits candidats s’abstenir... Fillon et Copé verrouillent-ils la chasse aux parrainages pour la présidence de l'UMP ?

Si Jean-François Copé et François Fillon sont assurés d'obtenir leurs parrainages pour se présenter à la présidence de l'UMP, les autres prétendants peinent à valider leur candidature. Dominique Dord, le trésorier de l'UMP, a ainsi renoncé à se présenter et accuse Jean-François Copé de verrouiller le scrutin.

Gérald Darmanin

Gérald Darmanin

Gérard Darmanin est député de la 10e circonscription du Nord. Juriste de formation et diplômé de Sciences Po Lille, il a été directeur de campagne de Christian Vanneste pour les élections législatives de 2007 et les municipales de 2008. Il soutient officiellement la candidature de Xavier Bertrand pour la présidence de l'UMP.

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Atlantico : Si Jean-François Copé et François Fillon sont assurés d'obtenir leurs parrainages pour se présenter à la présidence de l'UMP, les autres prétendants peinent à valider leur candidature. Dominique Dord, le trésorier de l'UMP, a ainsi renoncé à se présenter et accuse Jean-François Copé de verrouiller le scrutin. Partagez-vous son ressenti ?

Gérald Darmanin : Je ne pense pas que Jean François Copé souhaite verrouiller le parti. Ce n'est pas dans son intérêt d'essuyer pendant trois mois des critiques sur cette question. En revanche, il y a eu un excès de zèle de la part de la commission des opérations électorales présidée par le sénateur de la Seine-Maritime, Patrice Gélard.

Certaines règles relèvent des statuts de l'UMP :  les prétendants à la présidence du parti doivent impérativement obtenir le parrainage de 3% des adhérents, soit 7 924 signatures. Il s'agit d'éviter les candidatures farfelues. Mais la commission a encore ajouté certaines difficultés. Les adhérents doivent être à jour de cotisation au 30 juin, ce qui est une absurdité totale. La plupart des militants ne savent pas s'ils ont renouvelé au 30 juin ou au 1er juillet !

Par ailleurs, on s'est toujours servi des élections internes dans les partis politiques pour permettre le renouvellement des cotisations, car dès qu'il y a un intérêt, les gens ont envie de ré-adhérer. Là, tous les gens qui n'ont pas versé leur cotisation avant le 30 juin ne pourront pas participer à l'élection et le parti risque de perdre 15 à 20 000 adhérents ! C'est autant d'argent en moins pour l'UMP...

Deuxième difficulté inutile, à l'heure où on peut payer ses impôts par Internet, les militants doivent envoyer par courrier leur parrainages avec une photocopie de pièce d'identité valide. Je trouve hallucinant de ne pas pouvoir envoyer son parrainage par mail ! Enfin, les parrainages doivent être collectés avant le 18 septembre, c'est à dire au moment où les gens sont  en vacances ! Le système de vote est totalement technocratique et ne va pas favoriser la vitalité démocratique au sein de l'UMP. Au parti socialiste, pour se présenter à ce type d'élection, il faut simplement recevoir une quinzaine de signatures de parlementaires ou de responsables locaux, ce qui permet à tous les courants d'être représentés.

Pour simplifier la procédure, l'UMP pourrait envoyer à tous les adhérents à jour de cotisation une liste des candidats. Les militants n'auraient plus qu'à cocher le nom du candidat qu'ils souhaitent parrainer et renvoyer la liste à l'UMP. Cela règlerait aussi le problème financier. Certains candidats peuvent lever des fonds grâce à leurs micro-partis tandis que d'autres n'ont pas les moyens de financer leur campagne, notamment les frais de courrier.

Excepté le secrétaire général du parti Jean-François Copé, les prétendants n’ont pas accès au fichier national des adhérents. Y-a-t-il rupture d’égalité entre les candidats ?

Je suis le responsable de la campagne d'un candidat qui n'aura pas de mal à obtenir ses signatures. Xavier Bertrand, en tant qu'ancien secrétaire général de l'UMP, a toujours été très proche des militants.

Mais objectivement, ce n'est pas normal que le secrétaire général sortant ait accès à cette liste et pas tous les autres candidats. Quand vous êtes candidat à une élection locale, vous pouvez demander à votre mairie d'avoir la copie de la liste de tous les électeurs de votre commune. Je ne vois pas pourquoi ce qui est possible dans une mairie ne serait pas possible dans un parti politique.

Sur les 8 000 parrainages demandés avant le 18 septembre, Bruno Le Maire en a obtenu seulement 1000. De combien de signatures dispose Xavier Bertrand ?

Nous sommes déjà à 12 000 promesses de parrainage.Toutes ne seront peut-être pas homologuées par la commission des opérations électorales, car nous sommes incapables de savoir s'il s'agit d'adhérents qui ont renouvelé avant le 30 juin. Par ailleurs, certains adhérents âgés ont des cartes d'identité qui ne sont plus valides. Mais nous sommes confiants.

Xavier Bertrand, en tant qu'ancien secrétaire général, comme François Fillon et Jean-François Copé, a une autorité dans le parti. En revanche, Nathalie Kosciusko-Morizet et Bruno Le Maire, qui ne disposent pas des mêmes réseaux, ne pourront sans doute pas se présenter alors qu'il représentent indéniablement quelque chose dans le parti.

Ce que la commission électorale a fait, elle peut le défaire et revenir sur certaines règles pour favoriser la vie démocratique dans le mouvement.

Xavier Bertrand pourrait néanmoins tirer profit de ces règles en se positionnant comme le troisième homme de cette élection ?

Quel que soit le nombre de candidats, Xavier Bertrand a sa carte à jouer. C'est le seul candidat qui a un profil sociologique différent. Il est élu d'une circonscription difficile, Saint-Quentin, où Nicolas Sarkozy n'était pas majoritaire durant la présidentielle.

Par ailleurs, contrairement à la plupart des autres candidat, il n'a pas fait polytechnique, ni l'ENA. C'est un élu de province. Il connaît les difficultés de la France péri-urbaine. Il ira voir les militants que personne ne vient voir habituellement. Je pense que cela peut lui donner un avantage auprès des catégories populaires.

Après la défaite, le parti est en quête de renouveau. L’absence de débat au sein de l'UMP pourrait-il retarder la reconstruction du mouvement?

C'est difficile à dire. Xavier Bertrand, qui a toujours privilégié l'intérêt du parti, attend de voir si une troisième candidature a du sens ou si les militants se sont résignés à un duel du type Chirac-Balladur dont il vaut mieux se tenir à l'écart.

A gauche, la tradition est de s'étriper en public alors que la droite refuse les querelles de personnes et a une culture très bonapartiste. On doit peut-être apprendre la démocratie interne. Depuis la bataille Balladur-Chirac, qui n'était même pas une bataille interne au RPR, c'est la première fois que nous avons à choisir un leader.

Si les militants font comprendre à Xavier Bertrand que sa candidature pourrait être source de division, il choisira peut-être de se ranger derrière Jean-François Copé avec lequel il discute beaucoup ou François Fillon avec lequel il échange également. Pour l'instant, sa religion n'est pas faite.

Propos recueillis par Alexandre Devecchio

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