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"Le fascisme de proximité, c'est devoir se justifier non de ce que l'on fait, mais de ce que l'on est."
"Le fascisme de proximité, c'est devoir se justifier non de ce que l'on fait, mais de ce que l'on est."
©Reuters

Tyrannie du cool

Petites saloperies entre amis : et si l'outing qui sévit autour de l'UMP n'était qu'une des méthodes de Big Brother ?

Lors de l’enregistrement jeudi de l’émission "Salut les terriens", qui sera diffusée ce samedi sur Canal+, l'animateur Stéphane Bern a déclaré que le secrétaire général adjoint de l'UMP Geoffroy Didier était homosexuel.

Christian Combaz

Christian Combaz

Christian Combaz, romancier, longtemps éditorialiste au Figaro, présente un billet vidéo quotidien sur TVLibertés sous le titre "La France de Campagnol" en écho à la publication en 2012 de Gens de campagnol (Flammarion)Il est aussi l'auteur de nombreux ouvrages dont Eloge de l'âge (4 éditions). En avril 2017 au moment de signer le service de presse de son dernier livre "Portrait de Marianne avec un poignard dans le dos", son éditeur lui rend les droits, lui laisse l'à-valoir, et le livre se retrouve meilleure vente pendant trois semaines sur Amazon en édition numérique. Il reparaît en version papier, augmentée de plusieurs chapitres, en juin aux Editions Le Retour aux Sources.

Retrouvez les écrits de Christian Combaz sur son site: http://christiancombaz.com

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Le début de la tyrannie, ce n'est pas quand un dictateur prétend se mêler de vos affaires, c'est quand votre voisin croit en avoir le droit. Ce n'est pas quand la Milice vous demande des comptes, c'est quand vous les devez à n'importe qui, un journaliste, un lecteur de journaux people, sans avoir eu connaissance de l'acte d'accusation, sans savoir devant qui, sans savoir pourquoi une exigence de transparence doit vous êtes appliquée ici et maintenant à propos d'un sujet qui n'a aucun rapport avec ce que vous faites. Le fascisme de proximité, c'est devoir se justifier non de ce que l'on dit, mais de ce qu'on a voulu dire. Non de ce que l'on fait, mais de ce que l'on est. Et encore, non pas même de ce que l'on est , mais de ce que les autres pensent que l'on est: homosexuel, raciste, maurrassien, barrésien, catho-coincé, anti-démocrate, identitaire, fraudeur fiscal, mafieux, tout y passe, sauf trotskyste, c'est bizarre.

Le fascisme de proximité, c'est quand trois adolescents de quatorze ans en coincent un quatrième contre la porte des WC pour le faire avouer sur le ton "allez, quoi, dis-le que t'es pédé". Dix ans plus tard le tableau ne change guère.  Après une licence de socio, une douzaine de colloques freudiens et l'intégrale de Brétecher, les mêmes accusateurs, les animateurs qui gagnent trente mille euros, les gens qui vont déjeuner à quinze convives chez Laurent, désignent n'importe qui dans la vie sociale pour lui faire cracher le morceau en public. Allez, dis-le que t'es homo. Allez, tu verras, tu seras soulagé. La rédemption n'est pas loin. Tu pourras rejoindre le camp des gens bien, ceux qui vivent dans la transparence, ceux qui attendent d'autrui la clé de leur propre fonctionnement.

C'est curieux, mais ce sont les mêmes mots qu'employaient jadis les tortionnaires pour faire tomber un réseau. Un député par ci, un archevêque par là. Allez monseigneur, dites-nous que vous êtes de la jaquette, vous vous sentirez mieux après. On donne, de tous les réticents aujourd'hui, l'image de gens qui s'ignorent, qui ne veulent pas le dire, qui ne veulent pas du mariage gay parce qu'ils ne s'acceptent pas eux-mêmes.  Ils devraient se faire soigner, puisque les autres les jugent malades. C'est à peine si, sur le sujet, on leur reconnaît la faculté de réfléchir. Le président de la République, stalinien tendance Casimir, vient d'invoquer une véritable exception de légitimité à propos des idées de ses adversaires sur le mariage homo :  "je ne sais pas, a t-il déclaré, si on peut appeler cela des idées". A ceux qui se demanderaient si on peut appeler cela un Président, rappelons qu'il déclarait, en 2003, lors d'un débat chez Arlette Chabot : "je respecte l'opinion de tous quand ils sont de gauche."

Quoi qu'en disent les bons apôtres de la transparence la liberté de garder les apparences est une liberté fondamentale. La liberté de ne pas dire qui l'on est, de quelle affection on est atteint, de quelle blessure on a souffert, de ne jamais faire allusion à ce l'on préfère au lit, est un véritable droit de l'Homme. Le dernier artifice qu'a inventé la tyrannie du cool-cool-sympa,  est de prétendre que  justement les refoulés représentent un danger parce qu' ils ont tendance à garder leur cravate et à ne pas monter sur les tables les jours de mariage . Ils méprisent twitter . Ils  n'ont pas de page facebook.

Ils ont une si haute idée d'eux-mêmes qu'ils finiront, peut-être, par avoir de l'ambition pour leur pays. On mesure en ce moment combien c'est cela, surtout, qui irrite leurs adversaires

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