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Le premier SMS de l'histoire, transmis par l'opérateur Vodafone le 3 décembre 1992, a été vendu aux enchères sous forme de NFT pour 107.000 euros.
Le premier SMS de l'histoire, transmis par l'opérateur Vodafone le 3 décembre 1992, a été vendu aux enchères sous forme de NFT pour 107.000 euros.
©ALAIN JOCARD / AFP

"Merry Christmas"

Petites explications pour ceux qui n’ont rien compris aux NFT et à la vente record du tout premier SMS

Le premier SMS de l’histoire, transmis par l’opérateur Vodafone le 3 décembre 1992, a été adjugé aux enchères sous forme de NFT (non-fungible tokens) pour 107.000 euros lors d’une vente organisée par la maison Aguttes en France. L’acheteur est désormais le propriétaire exclusif d’une réplique numérique et unique du protocole de communication original qui a transmis ce SMS.

Michel Ruimy

Michel Ruimy

Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.

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Nous pouvons concevoir d’acquérir un faux passe sanitaire même si ceci est mal, mais acheter un vrai SMS (Short Message System / système de messages courts) même si c’est le tout premier, nous risquons d’avoir du mal à le comprendre. Et pourtant !

Cette semaine a été vendu ce premier message. Son contenu : 14 lettres pour « Merry Christmas » (Joyeux Noël) a été produit il y a près le 30 ans, le 3 décembre 1992, à 18 h 09, par un jeune britannique de 22 ans, Neil Papworth, concepteur et développeur de logiciels. Celui-ci l’envoya par le biais d’un ordinateur vers un téléphone de voiture pesant 2 kilos (Orbitel 901) à Richard Jarvis, alors directeur de l’opérateur Vodafone. Ce SMS a été adjugé cette semaine pour 107 000 euros (132 680 euros en y incluant les frais d’enchères).

Comment peut-on vendre un SMS alors qu’il n’a aucune existence physique ? Et bien, sous forme d’un « jeton non fongible » (« Non-Fungible Token » » en anglais). Ce nouveau type d'actif numérique, comme un cryptoactif, utilise la technologie de la blockchain qui permet d’authentifier un objet numérique et d’attester de ses caractères authentique et unique. Imaginez le passe sanitaire sous forme de NFT. Il n’y aurait pas eu 180 000 passes sanitaires falsifiés !

Afin de ne pas repartir les mains vides - l’acheteur n’a pas reçu le texto sur son téléphone -, il a reçu un socle en acrylique à l’intérieur duquel il y a un écran numérique qui diffuse la réplique du protocole qui a permis la diffusion de ce texto. Une manière de matérialiser le texte et de le rendre palpable pour l’acquéreur. (Il a obtenu également un certificat d’authenticité remis par le PDG de Vodafone, Nick Read).

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Depuis plusieurs mois, un réel engouement, une l’effervescence autour des œuvres numériques, semble se dessiner autour de ces NFT. De nombreuses œuvres numériques ont été vendues cette année sous cette forme. Et les prix se sont envolés… à l’instar du premier tweet du créateur de Twitter, Jack Dorsey, posté il y a 15 ans, acheté pour 2,9 millions de dollars ou encore le code source original du premier navigateur internet de l’histoire, adjugé à 5,4 millions de dollars. Le record, pour l’instant, est détenu par une œuvre entièrement numérique de l’artiste Beeple avec 69,3 millions de dollars. Cet artiste américain est devenu le troisième artiste contemporain le plus cher au monde, derrière David Hockney ou Damien Hirst.

Quasi inconnus il y a encore un an - cet acronyme a été sacré « mot de l’année » par le célèbre dictionnaire Collins, il y a quelques jours -, ces NFT révolutionnent le marché de l’art contemporain. Ils représenteraient, pour certains, la nouvelle poule aux œufs d’or. Entre vente de tableaux, de bijoux, de montres et autres objets d’art à collectionner, les NFT sont devenus, en quelques mois, des incontournables des maisons d’enchères, à tel point que les ventes ont atteint un record de 2,7 milliards de dollars sur l’exercice 2020-2021.

Mais quel est l’intérêt d’être détenteur d’un tweet ou d’une image sur l’Internet que tout le monde peut copier à l’infini ? Et bien, c’est comme avoir un poster de La Joconde dans sa chambre : vous avez son image mais vous ne possédez pas l’œuvre. Vous pouvez copier un NFT, avoir une image et l’afficher dans votre salon, mais vous n’en avez pas la propriété et ne pouvez pas jouir de votre bien.

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En fait, on est ainsi en train d’assister, avec la vente d’œuvres numériques, à la création d’un nouveau marché lié à l’art digital. Des personnes qui travaillent en tant que graphistes pour diverses sociétés vont s’élever, demain, au rang d’artistes et vendre leurs œuvres grâce à la blockchain et au NFT. Une nouvelle page de l’histoire de l’art est en train de s’écrire. Le NFT est un testament historique du progrès humain et technologique, un marqueur de l’histoire. Car, aujourd’hui, si vous en doutiez, nos vies sont de plus en plus dans le digital.

Allons un peu plus loin. Connaissez-vous le « metavers » ? Le « métavers », contraction de méta-univers, désigne un réseau d’espaces virtuels interconnectés, parfois décrit comme l’avenir de l’Internet. En d’autres termes, le « métavers » est un monde numérique, parallèle ou chacun aura bientôt un avatar pour vivre, se déplacer et surtout consommer dans la nouvelle réalité virtuelle de Facebook. Ceux qui ont vu le film Matrix comprendront.

L'intérêt des grandes marques pour le métavers est de plus en plus marqué depuis que Facebook a annoncé vouloir faire de cet espace son nouveau projet d'entreprise. Déjà, Adidas envisage de commercialiser des accessoires numériques utilisables dans le jeu vidéo The Sandbox. Nike s’est récemment offert RTFKT, une marque de chaussures virtuelles. Le géant français du jeu vidéo Ubisoft commercialise de son côté des NFT qui permettront, par exemple, à un joueur d’acquérir une arme ou un véhicule unique comportant un propre numéro de série utilisable dans un jeu. Il y en a d’autres qui investissent dans des emplacements virtuels dans cet univers parallèle. On parle de vrai « boom » foncier numérique. Des millions de dollars pour acheter des avenues qui n’existent pas en vérité, pas dans la « vraie vie ». Cela va ressembler à un décor de jeu vidéo dans lequel investir. Le métavers est l’avant-garde de la créativité

Facebook développe cet univers virtuel et y investit beaucoup d’argent et surtout il y a beaucoup d’argent dans l’économie, énormément d’argent. On pourrait parler de 2021 comme une année de tous les superlatifs. Et cela conduit aux booms des œuvres qui n’ont pas d’existence matérielle. Ceux qui appellent ceci une bulle, se font appeler « ringards » ceux qui voient l’avenir.

Comme c’est Noël, il faut bien terminer cette histoire par une bonne chute. En plus de s’offrir un joli timing pour les fêtes, la vente historique de ce SMS sonne aussi comme un joli cadeau caritatif. L’opérateur Vodafone, propriétaire du réseau à l’époque, a annoncé que l’intégralité du prix de vente serait reversée à l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), afin de venir en aide aux réfugiés.

Excellente fin d’année !

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