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"Petit éloge de la nuit", nocturne et pourtant lumineux
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"Petit éloge de la nuit", nocturne et pourtant lumineux

A 82 ans, Pierre Richard remonte seul sur scène pour un spectacle rêveur et poétique. Résultat : un triomphe et des prolongations au Théâtre du Rond-Point à Paris.

Pierre Guyot

Pierre Guyot

Pierre Guyot est journaliste, producteur et réalisateur de documentaires. Il est l’un des fondateurs et actionnaires d’Atlantico.

 

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Pierre Richard est de ces comédiens dont le public sent bien que le succès l’a enfermé dans une caricature de ses personnages. Les millions de spectateurs venus au cinéma rire des mésaventures du Distrait ou du Grand blond gardent un souvenir si fort de ces héros maladroitset à la sempiternelle malchance qu’il fut difficile pour Pierre Richard de faire valoir ses autres talents d’acteur. La qualité inégale des films dans lesquels il s’est essayé, ces dernières années, à montrer d’autres facettes de son jeu ne l’a guère aidé.

La rencontre de ce monstre du cinéma français, aujourd’hui âgé de 82 ans, avec le metteur en scène Gérald Garuttimet un terme à ce dommageable quiproquo. La direction d’acteur précise et ciselée de Garutti vient confirmer ce que le public sentait confusément : Pierre Richard est aussi un grand comédien lorsqu’il nous emmène au cœur de la nuit, dans les sphères de l’intime, dans lesfestivités ou les angoisses nocturnes.

Pendant près d’une heure et demi seul sur scène, Pierre Richard raconte la nuit. La nuit nostalgique, érotique, fébrile, d’insomnie… Il proposedes textes d’Ingrid Astier, mais déclameaussiPablo Neruda, réciteCharles Baudelaire, chuchote Henri Miller…

La littérature est partout dans un spectacle qui n’a pourtant rien d’élitiste.

Parce que Pierre Richard y évoque des sensations à la fois intimes et communes à tous les spectateurs : ces instants de rêverie durant lesquels l’étranger dans une ville se laisse aller à imaginer la vie des gens qu’il ne voit pas derrière une fenêtre éclairée, ou la violence de la lumière du jour qui, après une projection de cinéma, nous éblouit sans aucun respect pour les sentiments que le film a provoqués en nous.

Aussi parce que le talent de Gérald Garutti est de savoir jouer avec le silence, laissant à son comédien le temps et l’espace nécessaire pour déambuler, danser, jouer avec le décor et ainsi démontrer une virtuosité qui rappelle le burlesque, parfois tragique, de Buster Keaton.

On attendait un comédien rigolo et maladroit dirigé par un metteur en scène shakespearien, habitué aux grosses machines théâtrales et voilà une prestation artistique délicate pour un bijou intimiste au contenu universel. Ce n’est là qu’un des paradoxes de ce spectacle qui prouve que des ténèbres peut jaillir la lumière.

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