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Payer ou non pour une dépouille : "c'est un dilemme philosophique"
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Rites

Payer ou non pour une dépouille : "c'est un dilemme philosophique"

Les ravisseurs de l'otage Marie Dedieu cherchent à vendre sa dépouille. En agissant ainsi, ils font de ce corps un objet de marchandise.

Frédéric  Schiffter

Frédéric Schiffter

Frédéric Schiffter est philosophe.
Il est l'auteur de Philosophie sentimentale (Flammarion, 2010).

 

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Atlantico : Nous  avons appris cette semaine que les ravisseurs de l’otage Marie Dedieu cherchaient à revendre sa dépouille. Pensez-vous qu’il faille payer pour récupérer le cadavre de cette femme ?

Frédéric Schiffer : Non, je crois que nous ne devrions pas payer pour récupérer cette dépouille, pour ne pas continuer à réifier, c’est-à-dire à chosifier cette femme. Il y a déjà eu un premier phénomène de réification au moment de la prise d’otage en voulant l’échanger contre de l’argent, comme si elle était une marchandise. Et désormais, on voudrait vendre sa dépouille. Nous devons exprimer fermement aux ravisseurs qu’’il n’est pas possible de monnayer une personne, qu’elle soit vivante ou décédée.

Du point de vue de la famille, c’est encore autre chose. C’est une question qui trouve des réponses en théorie mais qui sont insolubles en pratique, et qui nous laisse devant une impuissance totale. C’est toujours ainsi que les drames se passent : ce ne sont plus des questions théoriques, mais des questions existentielles. Au fond, je crois que cela appelle des solutions au cas par cas.

Entre ce que dit la raison et ce que réclament les passions, en l’occurrence le retour d’un être cher, le conflit est insoluble. C’est un dilemme philosophique.

N'est-il pas plus facile de faire son deuil avec le corps du défunt ?

Je ne sais pas si cela est si vrai que ça. Aujourd’hui, nous insistons beaucoup sur l’idée que le corps et le rituel funéraire sont indispensables pour commencer son travail de deuil. Il faut questionner ce « travail de deuil », il s’agit d’accepter de vivre dans un monde sans un être cher. Or, la vision du corps mort n’aide pas forcément à accepter l’absence du défunt.

Le deuil n’est pas mécanique, même après la vue du corps, et l’enterrement..Je suis toujours étonné que l’on affirme toujours que le travail du deuil suppose le rite funéraire. Il n’y a pas de règle universelle qui vaille. Ces rites ne garantissent pas le deuil.

Le même phénomène est-il à l’œuvre dans la manière de traiter le cadavre de Khadafi ?

Non il ne s’agit pas du tout d’un phénomène comparable. Dans le cas de la dépouille de Mouammar Khadafi, le peuple exulte autour du cadavre de la puissance que l’on pensait indestructible, et le peuple le piétine de peur qu’il se réveille. Il ne s’agit pas là d’une réification du cadavre, au contraire, je dirais que nous assistons là à un culte de la personnalité renversé.

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