Pascal Bruckner : le sanglot de l’homme vert | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Culture
Pascal Bruckner : le sanglot de l’homme vert
©

Zone franche

Pascal Bruckner : le sanglot de l’homme vert

Pascal Bruckner s’en prend aux millénaristes de l’écologie cataclysmique et Gaïa risque de ne pas s’en remettre. D'ici à ce qu'elle nous fasse une poussée de fièvre...

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

Voir la bio »

Si, pour être totalement honnête, je ne m’en foutais pas un peu, j’écrirais bien un bouquin dans le genre de celui que publie ces jours-ci l’ami Pascal Bruckner sur la religion qui monte : l’écologie cataclysmique.

Mais le philosophe des nouveaux désordres amoureux a l’air d’être plus en pétard que moi sur la question et a décidé de jouer les hérétiques en dénonçant le discours de plus en plus anxiogène des verts de toutes les couleurs ― vert de gris compris.

Oh, non pas qu’il soit spécialement hostile à l’idée de consommer moins d’hydrocarbures ou de sacs en plastique de supermarchés, au contraire (il confesse voter écolo depuis plus de vingt ans et n’a pas de voiture). Ni même qu’il doute façon Allègre des désagréments divers que ne manqueraient pas de causer une poussée de fièvre chez la mère Gaïa (il veut bien croire à une responsabilité partiellement humaine dans l’élévation du mercure planétaire, mais Allègre aussi, à ce compte-là)…

Son problème, en fait, serait plutôt d’avoir repéré trop de similitudes entre les discours des protecteurs de la nature et ceux des gardiens des âmes. L’homme a fauté, il doit expier. Et même s’il expie, c’est trop tard puisque tout est foutu.

Le coup de la culpabilité ontologique, on connaît...

Bon, avouez que ce n’est pas la première fois qu’on nous le fait, le coup de la culpabilité ontologique. Chez les chrétiens (Bruckner a été élevé chez les jésuites alors il en connaît un rayon) avec leur enfer en forme de four à pyrolyse géant, bien sûr, mais aussi  chez les juifs, chez lesquels pas mal d’illuminés assurent que la Shoah est une théophanie ― une punition divine venue frapper les esprits forts comme le Déluge ou  la destruction de Sodome et Gomorrhe en leur temps.

Pour les musulmans, je manque d’infos, mais je subodore qu’une religion dont les littéralistes incitent à ne pas boire d’alcool, à ne pas écouter de musique et à s’enfermer sous une tente portative pour gagner un paradis où l’on pourra enfin se lâcher connait plus ou moins les mêmes ressorts…

Dans leur version « fundi », d’ailleurs assez peu présente en France ce qui affaiblit passablement le propos de Bruckner par moment, les écolos sont effectivement autant de prophètes de malheur à la Philippulus ― ces types arpentant les trottoirs des grandes capitales occidentales en hurlant que la fin est proche et que, s’il est absolument indispensable de fermer le robinet pendant qu’on se brosse les dents et de préférer le train à l’avion, on va tous crever quand même !

N’empêche, entendre les glapissements outragés des auditeurs qui, hier matin sur France inter, dénonçaient le blasphémateur irresponsable était certainement réjouissant. Si nous sommes vraiment fichus, ce qui est d’ailleurs la conviction profonde de James Lovelock, l’inventeur de l’hypothèse selon laquelle la Terre est une sorte d’organisme vivant intégré mortellement contaminé par l’homme, on peut bien continuer à rigoler le temps qui nous reste à vivre.

Tout en fermant le robinet pendant qu’on se brosse les dents, bien entendu.

________________________________

Le fanatisme de l'Apocalypse, Pascal Bruckner, Grasset, 288 pages, 19 €

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !