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Des élèves d'une école primaire, âgés de six à onze ans, participent à un tournoi d'échecs
Des élèves d'une école primaire, âgés de six à onze ans, participent à un tournoi d'échecs
©PASCAL POCHARD CASABIANCA / AFP

Malgré d'autres bénéfices

Pas de panique si vos enfants refusent toute activité parascolaire : de vastes études soulignent qu’elles n’améliorent pas les compétences cognitives et scolaires

Alain Sotto

Alain Sotto

Alain Sotto est psychopédagogue. II s'est spécialisé dans les stratégies d'apprentissage pour enfants et adultes. Il a co-écrit, avec Varinia Oberto, "Le beau métier de parent" aux éditions Hugo Doc.

 

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Atlantico : Alors qu’on prête généralement de nombreuses vertus aux activités parascolaires pour le bon développement des enfants, des études affirment que la pratique régulière des échecs, d’un instrument de musique, d’une langue étrangère ou du sport n’amélioreraient pas leurs compétences cognitives et scolaires. Comment l’expliquer ? Que nous apprennent ces études ?

Alain Sotto : Chaque situation d’apprentissage est liée à son contexte. Ce qui est appris dans un domaine n’est pas forcément mobilisable dans un autre. C’est le problème principal d’un système scolaire qui cloisonne les disciplines ne permettant pas un transfert de compétence d’un domaine à un autre. Après une journée de collège, aucun élève ne fait un lien de sens entre ce qu’il a entendu dans les 5 ou 6 disciplines abordées. De la même manière, une compétence acquise au jeu d’échecs ne sera pas automatiquement réinvestie en mathématiques par exemple. Si cela n’est pas montré, le transfert ne se fait pas. Le jeu d’échecs aide à mémoriser des stratégies, sans améliorer la mémoire générale ou nos compétences dans une autre discipline.

Je peux mémoriser l’orthographe d’un mot au Scrabble mais l’écrire faux dans une autre situation que celle du jeu. Car ce n’est pas en regardant un mot que je le mémorise. Pour cela, je dois le découper en syllabes et ensuite épeler chaque lettre et dans le prolongement de cette énonciation, le mot s’écrit dans ma tête. Puis j’invente une ou deux phrases avec le mot appris. Pour finir je m’imagine le réutiliser dans mon futur. Voilà le « sport mental » qu’il faut pratiquer pour l’orthographe.

Seule l’imagination peut nous permettre de sortir de cette mémoire de contexte. L’école étant basée sur la reproduction des modèles, on oublie que la véritable intelligence est celle qui génère des liens entre plusieurs connaissances, qui crée du savoir et ensuite de l’action. Cela nécessite réflexion et pensée critique.

Selon une expérience menée dans un collège, associer l’apprentissage du français et des mathématiques a contribué à l’amélioration du niveau moyen des élèves dans ces deux disciplines. Il faut donc décloisonner les savoirs pour que les qualités apportées par telle ou telle pratique aient un bénéfice dans une autre. 

Comment expliquer que des études plus anciennes tendaient à montrer les bénéfices de ces pratiques ?

Ces études ne tenaient pas compte de cette mémoire de contexte et présentaient de nombreux biais cognitifs. Les nouveaux travaux sur ce sujet sont beaucoup plus précis et concernent un plus grand nombre de sujets. Les études anciennes voulaient démontrer que l’apprentissage de l’anglais ou d’une autre langue avait de nombreux avantages sans se rendre compte que l’on pouvait parler anglais en classe mais pas en situation réelle, dans le pays en question.

Cela veut-il dire qu’il faut renoncer à faire pratiquer ces activités aux enfants ? Ou simplement de ne pas le faire pour des buts utilitaristes ? 

Il est terrible de croire qu’on développe une compétence si ce n’est pas le cas. L’enfant n’a pas besoin d’être assis six heures par jour à écouter quelqu’un qui parle, surtout de nos jours, alors que l’attention est de plus en plus limitée. Par exemple, si j’apprends quelque chose de nouveau sans le redire avec mes propres mots, il n’y a pas d’acquisition. Un enfant doit être capable d’expliquer avec son langage ce qu’il a compris pour ensuite imaginer où et quand utiliser cette connaissance. 

Pour répondre à votre question, il ne faut surtout pas toucher aux activités qui donnent du plaisir à l’enfant. Notre cerveau n’est pas uniquement conçu pour penser mais pour imaginer une action qui va nous donner du plaisir. Nous sommes donc faits pour agir et non pour penser, la pensée n’étant qu’une étape alors que l’action est la finalité. C’est ce qui va nourrir le circuit de la récompense.

Le principe est de faire découvrir à l’enfant qu’il peut, à la fois, reproduire à l’identique une connaissance, mais également transformer, imaginer, créer dans son esprit quelque chose d’inédit en partant de celle-ci.

Enfin, il faut associer ces qualités auditives et visuelles aux émotions et aux sensations. Ce sont les pierres angulaires de notre cerveau. C’est avec ce cocktail que les enfants peuvent apprendre et surtout comprendre. Il faut donc créer des liens entre ce qu’ils vivent et ce qu’ils ressentent. 

Si les activités para scolaires n’ont pas l’effet escompté, peut-on leur privilégier autre chose ?

On apprend en faisant, pas en écoutant. C’est l’essentiel de notre fonctionnement. Il faut donc apprendre aux enfants comment utiliser leur outil le plus important, leur cerveau. S’il est très compliqué d’être attentif à cause des nombreux parasites qui existent, l’avantage du sport, de la musique et des échecs est que ces disciplines développent la concentration car celle-ci est liée à une action. Apprendre à se connaître devrait être le premier des loisirs…

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