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Gilets jaunes : deux samedis différents mais une violence croissante et une radicalisation évidente
©ALAIN JOCARD / AFP

Reportage

Gilets jaunes : deux samedis différents mais une violence croissante et une radicalisation évidente

Hier les affrontements ont commencé dès le début de la matinée avec des Gilets jaunes impatients, décidés, et violents

Gilles Klein

Gilles Klein

Gilles Klein,, amateur de phares et d'opéras, journaliste sur papier depuis 1977 et en ligne depuis 1995.

Débuts à Libération une demi-douzaine d’années, puis balade sur le globe, photojournaliste pour l’agence Sipa Press. Ensuite, responsable de la rubrique Multimedia de ELLE, avant d’écrire sur les médias à Arrêt sur Images et de collaborer avec Atlantico. Par ailleurs fut blogueur, avec Le Phare à partir de 2005 sur le site du Monde qui a fermé sa plateforme de blogs. Revue de presse quotidienne sur Twitter depuis 2007.

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Deux samedis différents mais une violence croissante et une radicalisation évidente. Après avoir passé une dizaine d'heures sur place à chaque fois, c'est la principale observation. 

Samedi dernier, le champ de bataille était presque uniquement circonscrit aux Champs Elysées entre le barrage protégeant l'Elysée et la place de la Concorde au niveau du Rond-Point des Champs Elysées, et la place de l'Etoile. Les manifestants criaient "Macron démission" et chantaient régulièrement la Marseillaise, brandissant des drapeaux : tricolore, noir ou orné du visage de Che Guevara. Les Gilets Jaunes ont pris tout ce qu'ils trouvaient pour barrer l'avenue, n'hésitant pas à mettre le feu, à certaines barricades, mais ils ne s'en sont pas pris aux vitrines des magasins qui n'ont été brisées qu'une fois la nuit tombée. Des actes accompagnés dans quelques cas des pillages par d'autres que les Gilets jaunes.

Derrière les plus violents, la foule est restée sur place, regardant le spectacle, en semblant l'assumer. On trouvait des dames d'un certain âge devisant paisiblement au milieu du chaos, des manifestants venus de toute la France, des familles, ainsi que des bandes de copains, avec gilet jaune tout neuf, et lunettes de natation achetées chez Décathlon, tout proche, avenue Wagram, pour cette occasion, posant devant les photographes avec un air rigolard en chantant la Marseillaise, qui considéraient cette violence justifiée. 

Ce samedi, par contre, les Champs Elysées étaient entièrement sécurisés.

Des postes de contrôle permettaient à tous ceux qui le souhaitaient d'accéder aux Champs Elysées après avoir été fouillés, et palpés mais seule une petite poignée a choisi de le faire : environ 500 personnes. Plusieurs milliers de manifestants ont, au contraire, volontairement choisi d'investir la place de l'Etoile, et le haut des principales avenues qui l'entourent, affrontant très longuement, narguant ou insultant les policiers. Même phénomène que samedi dernier, mais en nettement plus violent : quelques centaines de radicalisés devant jetant des centaines de pavés à chaque fois, et les autres manifestants qui restaient juste derrière, malgré les chapelets de lacrymogènes qui brulent les yeux et piquent la gorge, sans oublier les impressionnantes grenades détonantes qui résonnaient dans tout le quartier.

Les manifestants ont commencé dès le début de la matinée à affronter les policiers. Dans les manifestations encadrées et organisées, c'est généralement au moment de la dispersion, ou en fin de journée que les incidents commencent. En tout cas pas dès le début.. Puis ils sont allés et venus sur la place et autour, au rythme des charges pendant toute l'après-midi. Le point culminant est sans doute atteint lorsque certains, après avoir tagué des slogans sur le monument enfoncent la porte d'accès à l'intérieur de l'Arc de Triomphe. Ils montent sur le toit après avoir dégradé le musée et la boutique. Puis lorsque des policiers interviennent pour libérer la zone sous l'Arc de Triomphe, ils sont accueillis par une centaine de Gilets jaunes qui leurs lancent une pluie de pavés quasiment à bout portant, les obligeant à refluer. Ceci alors que des incidents se produisent ailleurs dans Paris : magasin Chanel pillé, voitures brûlées, mise à feu d'un hôtel particulier, sans oublier des incidents graves en province.

On entend dire que parmi les dizaines de personnes interpellées, il y a en majorité des profils sans passé judiciaire qui ne correspondent pas à l'idée que l'on se fait du casseur. Et les commentateurs ajoutent que les "casseurs professionnels" échappent aux interpellations. L'adjectif "professionnel" est trompeur, Ce sont en fait, plus simplement, des habitués des manifestations, qui connaissent les forces, les faiblesses, les contraintes des dispositifs de manitien de l'ordre. Il savent disparaître derrière les premiers rangs dès que les policiers approchent pour ne pas se faire prendre. On y trouve des membres de l'ultra droite, de l'ultra gauche, et même gens se présentant comme des zadistes venus d'autres régions français, Et ils passent facilement d'une zone d'affrontement à l'autre pour éviter de séjourner trop longtemps, risquant, ce faisant ainsi répérer.

Pris à part, les plus jeunes manifestants, les plus organisés, menacent le journaliste qui tente de dialoguer avec eux, avant de s'éloigner en petit groupes. D'autres manifestants énervés, adultes confirmés, qui ont lancé des pavés, mis des barrières de chantier, des grilles d'arbres, au milieu des rues, interrogés entre deux charges de police, ne se considèrent pas comme des casseurs. Ils ont profité du fait que l'on a pas enlevé les éléments susceptibles de servir à la casse contrairement aux Champs Elysées se disent excédés. Ces Gilets jaunes sont bien des Gilets jaunes, contrairement à ce que dit le ministre Castaner. Souvent venus de province,  ils ont déja manifesté avec leurs gilets, et semblent s'y faire. Ils estiment, disent-ils, que la violence est le seul moyen de se faire entendre, ils en veulent à Macron, ils veulent des changements immédiats, se disent choqués de recevoir des gaz lacrymogènes, d'entendre des bombes détonnantes très violentes, sans faire référence à une revendication particulière. Ils ont l'impression d'être vus comme des délinquants, alors que les seuls qui méritent ce qualificatif, à leurs yeux, sont les pillards de magasins. Et avant de se disperser, ils promettent de continuer, de revenir.

En début de soirée, certains des gendarmes mobiles et CRS (tous présents sur place depuis 6 h du matin semble-t-il), ne cachent pas leur fatigue, et sont quelques fois très nerveux, après être restés quasi imperturbables pendant cette très longue journée. Les derniers petits groupes de Gilets jaunes immobiles, au coin d'une rue, reçoivent des lacrymogènes dès que les policiers considèrent qu'ils sont un peu trop proches.  Même les Gilets jaunes les plus motivés finissent finalement par se disperser, vers 19 h tandis que quelques dizaines de manifestants font durer le plaisir sur la place de l'Etoile, vers 22 h, mais aucun ne porte de gilet jaune.

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