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©FRED TANNEAU / AFP

Lieux ciblés

Parcs, plages et autres interdictions de promenade : ces mesures du premier confinement qu’aucune efficacité sanitaire ne justifie

Lors du premier confinement en mars dernier, certains sites avaient été fermés comme les parcs ou les plages. Quel impact a eu ce cette fermeture en mars sur le moral des français ? Cette mesure a-t-elle été efficace pour freiner l'épidémie et ralentir les chaînes de contaminations ?

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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Atlantico.fr : Il est question de fermer l’accès aux aires de plein air afin de durcir les mesures de prévention de la circulation du virus. En cas de reconfinement, faut-il fermer à nouveau les parcs, jardins et plages ?

Stéphane Gayet : C’est de nouveau le risque de transmission du SARS-CoV-2 en air extérieur dont il est question. La majorité des épidémiologistes qui suivent de près l’épidémie de CoVid-19 – en France et dans les pays européens voisins – affirment que les foyers (« clusters ») ne prennent pas naissance lors d’attroupements en air extérieur, mais bien en cas de réunions en atmosphère confinée à l’intérieur de locaux fermés. Pour que l’on risque de se contaminer dehors, il faut se trouver immobiles, sans vent et à une distance d’environ 50 centimètres. C’est dû au fait qu’en plein air, il y a toujours des turbulences aériennes qui emportent les micro particules chargées de virions, pratiquement dès leur émission par une personne contagieuse.

Certes, on avait observé un léger rebond de l’épidémie une quinzaine de jours après la fête de la musique ; il peut s’expliquer par la forte concentration de personnes immobiles et par les réunions à l’intérieur des locaux qui ont eu lieu par la même occasion.

Il faut rappeler que les simulations aérauliques concernant la diffusion des micro particules émises par la parole et la toux sont systématiquement effectuées en atmosphère close, à l’intérieur de locaux fermés, et jamais en air extérieur. Pour se convaincre de la rapide dispersion d’un aérosol – au sens français du terme -, il suffit de constater qu’il n’y a pas de pathologie du « fumeur passif » en plein air et que la fumée de cigarette ou de vapotage émise en plein air n’incommode en général personne, à moins qu’elle ne soit dirigée vers une personne par le vent.

Pour répondre à la question posée, sur le plan épidémiologique et infectiologique, la fermeture des espaces entièrement ouverts – c’est-à-dire sans aucune paroi verticale ni plafond – n’a pas de justification. Une telle mesure est technocratique et non pas scientifique.

Quel impact a eu cette fermeture en mars sur le moral des Français ?

Depuis plus de 20 ans, on recommande largement de s’aérer au maximum, d’avoir des activités physiques en plein air, afin de prévenir le surpoids, le diabète de type 2, l’hypertension artérielle, le stress et beaucoup de maladies dégénératives, y compris la maladie d’Alzheimer.

La fermeture des espaces ouverts (sans aucune cloison ni plafond) est évidemment préjudiciable au moral et au psychisme de tout un chacun. L’Homme est un être social qui ne peut pas vivre impunément confiné. Puisque l’on sait que la circulation du SARS-CoV-2 s’effectue principalement en milieu fermé, laissons ouverts les espaces de rencontre en plein air.

Pendant la période de confinement, on a vu augmenter les consommations de benzodiazépines (tranquillisants), mais aussi d’antidépresseurs. Il y a eu une augmentation importante des téléconsultations de psychothérapie.

Les échanges virtuels n’ont rien à voir avec les rencontres physiques. Et puis le fait de s’aérer, de respirer de l’air frais et non vicié à la différence de celui de nos domiciles, s’ajoutant au fait d’être exposé aux rayons solaires qui sont bénéfiques à la thymie (le moral) et permettent de produire de la vitamine D, c’est quelque chose d’irremplaçable.

La réflexion du gouvernement et de ses conseillers semble déconnectée de la réalité. Ils cherchent à endiguer les flux de virus par des mesures schématiques qui manquent de pertinence. La vérité est qu’il est presque impossible d’empêcher le virus de circuler et sa circulation permet le développement d’une immunité collective. Il est beaucoup plus judicieux de protéger efficacement toutes les personnes à risque.

Quelle serait l'efficacité sanitaire de cette mesure ?

Son efficacité sanitaire serait à mon avis très faible eu égard à ses inconvénients. Elle est du même ordre que le couvre-feu qui n’a jamais été une mesure épidémiologique préventive, mais une mesure martiale.

Nous avons l’impression d’aller d’aberration en aberration avec cette succession de mesures non pertinentes et même contreproductives. Contreproductives, car le masque est devenu une pièce d’uniforme que petits et grands portent docilement comme les tenues que portaient les pensionnaires dans les internats scolaires des années 1950. Mais cette docilité me parait sans grand lien avec une bonne compréhension de la façon dont un masque fonctionne. Ce que j’ai observé maintes fois et encore tout récemment : les adolescents et jeunes étudiants portent un masque dehors – ce qui n’a que très peu d’utilité – et n’en portent pas dès qu’ils sont à l’intérieur des locaux entre eux. C’est exactement le contraire de ce qu’il faut faire. La grandiloquence de nos dirigeants paraît grotesque et même affligeante au vu de ce qui se passe réellement dans les lieux fermés privés ou même certains lieux fermés publics.

Les échanges entre médecins et scientifiques sur les réseaux sociaux professionnels traduisent un sentiment d’exaspération qui prend de plus en plus d’ampleur face à cette gestion déplorable de l’épidémie. Le scandale de l’hydroxy chloroquine n’est que l’un des aspects de ce pilotage chaotique et empreint de cynisme.

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