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"La volonté vaticane de sauver des juifs est un fait"...
"La volonté vaticane de sauver des juifs est un fait"...
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Polémique

Pie XII, un pape décrié à tort ?

L'ambassadeur d'Israël au Vatican, Mordechay Lewy, a créé la polémique jeudi dernier en rendant hommage, à Pie XII, pape entre 1939 et 1958. Souvent critiqué pour son attitude jugé trop réservée durant la Shoah, celui-ci aurait en réalité aidé à sauver de nombreux juifs.

 Koz

Koz

Koz est le pseudonyme d'Erwan Le Morhedec, avocat à la Cour. Il tient le blog koztoujours.fr depuis 2005, sur lequel il partage ses analyses sur l'actualité politique et religieuse

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Condamner celui qui parle mais n'agit pas, ce n'est rien que du très classique. Condamner celui qui a agi sans bruit, celui qui a sauvé des hommes, des femmes, des enfants, en toute discrétion, c'est plus rare. Au jeu de l'Histoire, Pie XII s'en tire moins bien que le résistant de la 25ème heure, moins bien que les autres leaders alliés, Roosevelt, Churchill et même De Gaulle, qui n'ont ni agi ni parlé (même s'il est très légitime d'attendre davantage d'un pape).

Il serait temps de réhabiliter cet homme sur lequel certains vont jusqu'à faire peser l'odieux soupçon d'un antisémitisme latent voire d'une passivité complaisante à l'égard du génocide des Juifs. Même ignorée par les médias français, la déclaration historique d'un ambassadeur d'Israël, Mordechai Lewy, ambassadeur près le Saint-Siège y contribuera :

"la volonté vaticane de sauver des juifs est un fait"

Présidant une cérémonie destinée à honorer un prêtre comme "Juste parmi les Nations", il a aussi déclaré :

"Ce serait une erreur de penser que l’aide apportée aux juifs pendant la guerre à Rome est venue des couvents et des instituts religieux comme si c’était de leur initiative, sans le soutien du Vatican."

Il est établi que Pie XII a sauvé des Juifs à Rome. Ainsi, l'ouverture des couvents - et spécialement l'accueil d'hommes au sein de couvents de religieuses - n'a pu se faire que sur ordre direct ou autorisation expresse du Vatican. 3.000 Juifs ont même été hébergés dans la résidence d'été du Pape, à Castel Gandolfo. Et ces actions ne furent pas les seules. Le Saint-Siège intervint aussi en Hongrie, en Slovaquie, en Croatie ou en Bulgarie. Des historiens juifs, tels Pinchas Lapide ou Sir Martin Gilbert, évaluent à plusieurs centaines de milliers le nombre de Juifs sauvés sous la conduite du Vatican.

Pie XII n'a certes pas prononcé un discours direct et explicite contre la Shoah. Il considérait que "le martyre ne se décrète pas à Rome", et craignait notamment un résultat comparable à ce qui s'était produit en Hollande, où la condamnation par les évêques catholiques a eu pour effet direct une aggravation des déportations. Pourtant, même son prétendu silence est discutable. A titre d'exemple, croit-on que Radio Vatican faisait autre chose que porter la voix du pape lorsque, le 26 juin 1943, elle fit cette déclaration claire et vigoureuse :

« Quiconque fait une distinction entre les Juifs et les autres hommes est infidèle à Dieu et contredit les commandements de Dieu. Aussi longtemps que les hommes feront des différences dans le traitement des membres de la famille humaine, la paix dans le monde, l’ordre et la justice seront menacés »

Sur quoi s'appuient alors les griefs persistants ? Sur des convictions personnelles et une vision rétrospective, anti-historique par définition. C'est l'idée que les catholiques auraient encore eu besoin d'une condamnation plus explicite du génocide des juifs, malgré la position connue de Pie XII, malgré les encycliques Mit Brennender Sorge et Summi Pontificatus, c'est l'idée que Pie XII, d'un discours, aurait pu mettre un terme à la barbarie nazie. Que n'a-t-il donc été de ces beaux parleurs inconséquents d'aujourd'hui, qui dénoncent à tours de bras pour le seul bénéfice de leurs cotes de popularité ?! Mais qui y croit vraiment ? Et que valent les arts divinatoires face à l'action véritable de Pie XII, et au douloureux et difficile discernement d'un homme confronté à l'incertitude, et à l’innommable ?

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