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Ouverture au monde et indépendance nationale : « en même temps, vraiment ? »
©LUDOVIC MARIN / AFP

Double discours

Ouverture au monde et indépendance nationale : « en même temps, vraiment ? »

Alors qu'en devenant président de la République, Emmanuel Macron incarnait en quelque sorte la volonté des Français de s'ouvrir au monde, le chef de l'Etat a adopté une posture plus ferme, voire protectionniste, en ce qui concerne le domaine commercial.

Les Arvernes

Les Arvernes

Les Arvernes sont un groupe de hauts fonctionnaires, de professeurs, d’essayistes et d’entrepreneurs. Ils ont vocation à intervenir régulièrement, désormais, dans le débat public.

Composé de personnalités préférant rester anonymes, ce groupe se veut l'équivalent de droite aux Gracques qui s'étaient lancés lors de la campagne présidentielle de 2007 en signant un appel à une alliance PS-UDF. Les Arvernes, eux, souhaitent agir contre le déni de réalité dans lequel s'enferment trop souvent les élites françaises.

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L’élection d’Emmanuel Macron a été unanimement considérée comme la manifestation du choix des Français de confirmer leur ouverture au monde. Ouverture diplomatique au travers de l’approfondissement souhaité de l’Union européenne. Ouverture économique, à rebours de l’« America First » endossé par le Président Trump.

Pourtant, confronté au dilemme « éthique de conviction »/« éthique de responsabilité » (Max Weber), sitôt arrivé aux affaires, la posture du nouveau Président de la République a changé. Ainsi, dans le domaine commercial, au grand dam des pays du Nord de l’Europe, le Président français a plaidé, en vain, pour que l’Europe adopte une position plus ferme, tournant le dos à l’ADN des institutions européennes.

Disons-le tout net : le Président Macron n’est pas le premier une fois élu, la fonction y pousse, à endosser les habits du défenseur des intérêts nationaux. Dominique de Villepin, diplomate aux vues planétaires, s’était lui aussi approprié à l’occasion du projet de rapprochement entre le français GDF et l’italien ENEL, le thème du « patriotisme économique », lointain écho à l’« indépendance nationale » gaullienne. Trois domaines attestent de la difficulté pour le nouveau pouvoir à trouver le point d’équilibre.

Dans le domaine militaire d’abord. La Revue Stratégique de sécurité et de défense, précédant les travaux de la Loi de programmation militaire (LPM) 2019-2024, avait vocation à en être le socle conceptuel. Or ce document, reflet des indécisions gouvernementales, est incapable de pointer des priorités termes régionales ou thématique. Il affirme pour la France la volonté d’être une puissance à part entière, forte et autonome, mais en même temps concertée avec ses voisins et partenaires. L’évolution de l’Europe de la Défense à laquelle nous avons assisté au même moment s’inscrit dans cette veine : s’efforcer d’avancer…mais au lieu de grouper un nombre réduit d’Etats pour y assurer une cohérence, s’ouvrir à presque tous les Etats européens pour au final ne rien faire ou si peu.

Dans le domaine industriel ensuite. Emmanuel Macron, ceci lui a été reproché, n’a pas craint dans le passé de soutenir des solutions industrielles conformes à l’ouverture du monde qu’il revendique. Ainsi en a-t-il été de la vente des activités énergie d’Alstom à General Electric en novembre 2014. Pourtant, depuis quelques mois, le ton a substantiellement changé. Ainsi le Ministre des Finances, Bruno Le Maire,a-t-il annoncé son intention de renforcer le décret pris par Arnaud Montebourg en 2014 pour mieux protéger certains secteurs d'activité français…décret pris justement après l’affaire Alstom : extension des secteurs d’activités dans lesquels les investissements étrangers sont soumis à autorisation préalable ; sanctions plus aisées en cas de non-respect des conditions imposées par l’autorité administrative etc.

Dans le domaine numérique et de l’Intelligence Artificielle enfin, où l’on s’attendrait pourtant le moins, compte tenu de la posture du Président Macron jusqu’à il y a peu, à voir ressurgir de loin en loin des tentations protectionnistes. A cet égard, il n’est pas inutile de se pencher sur le récent Rapport Villani sur l’IA. Il est étrangement peu disert, au moment où Spotify s’introduit sur les marchés américains, sur l’intérêt pour les acteurs français d’accroître leur collaboration et leurs d'échanges avec les chercheurs, startups ou groupes de la SiliconValley. Plus surprenant encore, de véritables poussées de patriotisme économique irriguent ce rapport. Ainsi est-il déploré que la France et l’Europe se trouvent réduits à une position de « colonie numérique » (sic) des géants chinois ou américains. De même, ce rapport évoque-t-il rien moins qu’une « politique de la donnée » devant « s’articuler avec un objectif de souveraineté ». Une véritable « hémorragie » des cerveaux, qui à la vérité n’aurait rien de spécifique au monde du numérique et de l’intelligence artificielle, serait également à l’œuvre puisque, toujours selon ce rapport « chaque semaine des chercheurs sont recrutés par les entreprises privées et souvent étrangères ». Bref, au lieu de se fondre dans la vision ouverte, optimiste et conquérante que le macronisme revendique, l’approche retenue en matière d’IA donne souvent un sentiment de « déjà-vu ».

Au total, au-delà des intentions, la réalité oblige à constater qu’entre les Anciens et les Modernes, le choix est plus difficile et la ligne de démarcation moins claire qu’il n’y paraît. Il ne faudrait pas que pour cette raison, la France qui bénéficie d’un alignement des planètes rare, échoue à procéder à la modernisation dont elle a urgemment besoin.

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