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"Oscars" du lobbying : quand les groupes d'influence français s’affichent au grand jour
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"Oscars" du lobbying : quand les groupes d'influence français s’affichent au grand jour

Pour la première fois, des trophées vont être décernés, mardi, aux lobbies les plus influents de France. C'est l'institut Choiseul, un club de réflexion spécialisé dans les relations internationales, qui est à l'origine de cette initiative. Une petite révolution dans un pays où la pratique du lobbying a longtemps été niée.

Nicolas  Bouvier

Nicolas Bouvier

Nicolas Bouvier est directeur général du bureau de Paris d’APCO Worldwide.

Il est responsable de la commission de déontologie de l’Association Française des Conseils en Lobbying et Affaires Publiques (AFCL).

Nicolas Bouvier est co-auteur de « Lobbying, règles du jeu » (2000, Editions d’Organisation) et contributeur à l’ouvrage collectif « Lobbying, portraits croisés, pour en finir avec les idées reçues » (2008, Editions autrement)

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Atlantico : Comme aux Oscars, des trophées vont récompenser les lobbies les plus influents de France. Le lobbying s'assumerait-il-enfin en France ?

Nicolas Bouvier : On a fait beaucoup de progrès depuis 20 ans. Les lobbies ont toujours existé, mais la France a évolué vers un système beaucoup plus transparent et c’est tant mieux. Cette remise de prix est donc un bon signe.

Comment expliquer la différence de perception entre les lobbies en France et dans les pays anglo-saxons ?

C’est une différence structurelle. La France a une conception politique différente des pays anglo-saxons. En France la démocratie s’est construite autour de la notion d’Etat de droit. Dans les démocraties anglo-saxonnes c’est l’individu qui prime : les libertés individuelles sont parfois placées au-dessus de l’intérêt général. Cela explique que les lobbies sont mieux perçus dans ces pays. Mais en France,  les mentalités évoluent.

Certains lobbies rédigent eux-mêmes des amendements. Cela ne pose-t-il pas un problème démocratique? 

C’est le rôle des parlementaires et des ministres d’écrire des amendements, pas celui des lobbies. Mais dire que les lobbies rédigent eux-mêmes des  amendements relève du raccourci de langage. Les lobbies discutent de tel ou tel problème posé par tel ou tel article, éventuellement proposent des simplifications. Le législateur ne peut pas connaître tous les sujets. Les lobbies peuvent lui apporter une expertise, une aide extérieure. Dans une démocratie ouverte, il est bon qu’un dialogue s’installe entre la société civile et les institutions.

Ces dernières années, l'Assemblée Nationale a ouvert un registre pour les lobbies. Pourtant les députés peuvent toujours recevoir qui ils veulent dans leur bureau. Finalement, les lobbies ne préfèrent-ils pas l'ombre à la lumière? 

Le système des registres est sans doute perfectible mais il a le mérite d’enclencher un progrès vers plus de transparence. Il permet en partie de sortir de l’omerta, d’éviter les dérives et la complaisance de certains parlementaires. Le plus dangereux pour la démocratie serait de continuer à se voiler la face, de dire : «  ça n’existe pas en France. » Les lobbies ont toujours existé. Il faut donc les encadrer.

Plus de  transparence ne va-t-il pas avantager les multinationales ?

Le lobbying ne doit pas être réservé à une caste de gens privilégiés abonnés à l’Assemblée Nationale. La démocratie a vocation à être partagée par tout le monde. N’importe quel citoyen est légitime à aller à la rencontre d’un parlementaire pour débattre d’un projet de loi qui pourra avoir des conséquences sur son quotidien. Le système n’est pas fermé.  Ce n’est pas parce qu’il existe un registre que le citoyen lambda ne peut pas demander à rencontrer un parlementaire. La seule condition est de prendre rendez-vous !

 


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