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Photo d'illustration / Le Parlement européen a autorisé de la culture du maïs TC1507.
Photo d'illustration / Le Parlement européen a autorisé de la culture du maïs TC1507.
©Reuters

Au loup !

OGM : pourquoi l’autorisation européenne de culture du maïs TC1507 ne va pas changer grand-chose dans l’immédiat

Le Parlement européen a voté ce mardi l'autorisation de la culture du maïs TC1507 dans les Etats membres. Cette nouvelle n'a pas manqué de provoquer un tollé parmi les responsables politiques.

Marcel Kuntz

Marcel Kuntz

Marcel Kuntz est biologiste, directeur de recherche au CNRS dans le laboratoire de Physiologie Cellulaire Végétale. Il est Médaille d'Or 2017 de l'Académie d'Agriculture de France

Il est également enseignant à l’Université Joseph Fourier, Grenoble.

Il tient quotidiennement le blog OGM : environnement, santé et politique et il est l'auteur de Les OGM, l'environnement et la santé (Ellipses Marketing, 2006). Il a publié en février 2014 OGM, la question politique (PUG).

Marcel Kuntz n'a pas de revenu lié à la commercialisation d'un quelconque produit. Il parle en son nom, ses propos n'engageant pas son employeur.

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Atlantico : Les 19 États membres opposés à la culture du maïs TC1507 ne sont pas parvenus à réunir une majorité pour bloquer son autorisation. Ces pays, dont la France, ne totalisaient que 210 voix, là où la majorité qualifiée était de 260 voix, explique Libération (voir ici). Ce maïs OGM pourra donc être cultivé dans toute l'UE ? Que pourrait en dire la Commission européenne ?

Marcel Kuntz : LeCommissaire européen Borg a rappelé que la procédure qui a abouti à cette expression des Etats-membres découle d’une approche ultra-précautionneuse, qui a duré 13 ans, et qui est basée sur 6 avis scientifiques de l’agence européenne d’évaluation des risques. Aux Etats-Unis, les maïs TC1507 sont autorisés depuis 2001 ! La proposition de la Commission européenne était conforme à la législation. En l’état des informations disponibles, toutes les cartes n’ont pas été jouées et l’autorisation n’est pas acquise. La Commission pourrait tergiverser en consultant à nouveau l’agence scientifique européenne. Une proposition ancienne de laisser finalement les Etats-membres décider nationalement pourrait refaire surface. Comment serait-elle compatible avec le principe du marché unique ? cela n’est pas clair... Mais peu de choses sont claires dans ce dossier très politique.

Pour quels usages est-il cultivé, et par qui est-il distribué ? Sa culture obéit-elle à des impératifs particuliers ?

TC1507 est  un caractère génétique de résistance à certains insectes ravageurs du maïs, dont la pyrale, comme son cousin le MON810 (le seul autorisé à la culture pour le moment), mais grâce à un autre principe actif (une autre protéine insecticide naturelle). Ce caractère a été développé par Pioneer. Si autorisé à la culture, ce caractère introduit dans diverses variétés de maïs par croisements, pourrait être commercialisé par diverses entreprises semencières en Europe, comme le MON810, après signature d’un accord commercial. Il serait donc un concurrent du MON810 de Monsanto. Les usages potentiels de ces maïs seraient industriels et pour la nourriture du bétail. Il a une capacité à réduire l’usage des insecticides chimiques dans les zones très infestées par la pyrale. Cependant les clients potentiels pourraient bien être rares, en raison des pressions exercées par les lobbies anti-OGM.

En cas d’autorisation effective, à quelle échelle ce maïs pourrait-il être utilisé, avec  quelles conséquences ? L'inquiétude est-elle de mise ?

Il y aura obligation d’un suivi environnemental (notamment sur ce que l’on appelle les organismes non-cibles, par exemple les insectes utiles) et d’une gestion du risque d’apparition des résistances chez les insectes cibles (réel en théorie, mais peu probable en pratique, car la culture de ces variétés de maïs ne sera pas majoritaire en Europe, loin de là). Ces principes actifs (TC1507 comme MON810) sont sélectifs et n’affectent pas les abeilles, par exemple. Précisons que ces principes actifs insecticides ne suscitent pas d’inquiétudes particulières, car ils font partie d’une famille utilisée depuis des décennies en lutte biologique (en épandage) et notamment en agriculture biologique. Il y a donc un grand paradoxe à louer ces principes actifs en épandage et à les diaboliser lorsqu’ils sont directement produits par un maïs. Mais nous rejoignons là le thème central de mon dernier livre : « OGM, la question politique » !

Eu égard au retard de l'Europe en matière d'OGM, cette autorisation peut-elle changer la donne ? Faut-il y voir une opportunité, et pourquoi ?

Ce qui changerait la donne c’est la restauration de la liberté de choix des agriculteurs. Les politiques n’ayant pu maîtriser ce dossier, nous sommes dans un cadre de pensée dominante qui considère que la simple présence d’un gène est assimilée à un dommage, même si aucune donnée scientifique ne montre d’effet délétère. La coexistence pacifiée n’est donc pas pour demain.

Le  ministre français chargé des Affaires européennes Thierry Repentin a déclaré « qu’à quelques semaines des européennes, donner cette autorisation sera extrêmement périlleux pour l'image de l'UE et de ses institutions ». Quels pourraient être ces effets négatifs ?

Si seuls les OGM étaient responsables de l’image négative des politiciens, nous serions dans un cadre politique très favorable ! Malheureusement, les politiques se sont toujours défaussés sur la Commission européenne et les institutions européennes pour masquer leurs propres échecs. Rappelons, pour revenir aux OGM, que la situation européenne des OGM dérive directement de la division des Etats-membres. Je l’explique aussi dans mon livre : certes la Commission européenne a échoué dans sa stratégie qui visait à rassurer les consommateurs, mais à qui la faute ?

Propos recueillis par Gilles Boutin

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