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Odeur, température, couleur... Tout savoir sur ce qui attire les moustiques vers certaines peaux plutôt que d'autres
©Wikipédia commons

Aïe Piqûre !

Odeur, température, couleur... Tout savoir sur ce qui attire les moustiques vers certaines peaux plutôt que d'autres

L'arrivée du beau temps est aussi synonyme de la réapparition des moustiques. Ces insectes qui nous chatouillent la peau sont attirés par des odeurs que certaines peaux dégagent. Zoom sur les phénomènes qui font que vous serez une proie privilégiée...ou pas.

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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Les moustiques femelles ont besoin de faire un repas de sang, de façon à conduire jusqu’à son terme leur cycle biologique de reproduction. Ces insectes diptères sont surtout actifs et agressifs la nuit, particulièrement au crépuscule et à l’aube. A la recherche d’une proie humaine, les moustiques femelles peuvent parcourir de longues distances eu égard à leur taille (plus d’un kilomètre).

Le corps humain les attire de différentes façons. C’est déjà le gaz carbonique ou dioxyde de carbone (CO2) que notre corps produit et élimine en grande quantité, essentiellement par l’expiration buccale, mais aussi nasale. Les moustiques peuvent détecter ce gaz à une dizaine de mètres de distance et même plus. Certaines odeurs sont également perçues à cette distance. Quand il se rapproche d’une source de CO2 ou d’une odeur particulière, le moustique améliore son repérage en reconnaissant d’autres facteurs attractifs produits par le corps humain, comme l’émission de chaleur (rayonnement infrarouge), d’acide lactique (sorte de déchet de notre métabolisme, présent notamment dans la sueur) et de vapeur d’eau. Ces trois éléments proviennent de notre expiration ainsi que de notre surface cutanée. On comprend ainsi que l’activité physique et la transpiration contribuent à accroître l’attractivité du corps humain pour les moustiques. Au contraire, on peut deviner que l’abaissement de la température ambiante par le biais d’un climatiseur les tient à distance. En pratique, les températures les plus favorables semblent aller de 18 à 30 °C et une hygrométrie élevée (supérieure à 50 %) constitue également un facteur de risque avéré.

On lit parfois que les moustiques seraient en fait insensibles à la couleur, au mouvement, au bruit et même à l’odeur. En réalité, leurs organes sensoriels s’avèrent plus performants et même plus perfectionnés et subtiles qu’on a pu le penser et l’écrire.

Sur le plan de la couleur, on a pu constater que les moustiques étaient attirés par les teintes sombres (mais est-ce uniquement lié au fait que les couleurs foncées retiennent la chaleur ?) et par certaines couleurs comme le bleu et le brun. Les personnes ayant la peau foncée seraient de ce fait plus facilement repérées et donc ciblées que celles l’ayant pâle. On recommande pour cette raison le port de vêtements clairs de façon à se protéger de ces insectes piqueurs. Mais il faut préciser que le facteur visuel n’interviendrait que près de sa proie, à environ un mètre cinquante de distance.

Qu’en est-il de leur perception des mouvements ? Un corps humain immobile est moins attirant pour les moustiques que celui d’une personne qui remue ou se déplace. La survenue de mouvements joue donc un rôle attractif, mais à condition qu’ils ne soient pas trop importants ; par exemple, les turbulences aériennes les dérangent, comme celles qui sont générées par un ventilateur électrique qui pourrait donc constituer dans une certaine mesure un moyen de prévention.

Considérant le rôle du bruit, on a pu montrer que les moustiques étaient attirés par certains sons, particulièrement ceux produits par le ronflement nocturne d’une personne. En revanche, les ultra-sons émis par certains appareils censés les écarter ne paraissent pas avoir cet effet répulsif.

Maintenant, venons-en au rôle des odeurs émises par le corps humain. C’est une question complexe, en évolution, et qui a fait l’objet de publications récentes. Il apparaît que les moustiques seraient attirés par certaines odeurs de la peau, liées à la macération, c’est-à-dire au développement de bactéries cutanées qui produisent des gaz malodorants. Les phénomènes de macération cutanée sont plus importants dans les régions couvertes et riches en glandes sudoripares comme les pieds et les aisselles, mais aussi les plis et replis cutanés d’autres régions du corps. La macération cutanée est bien entendu d’autant plus forte que les plis et replis cutanés sont nombreux et profonds, comme cela se voit chez les personnes ayant un surpoids patent. La macération est d’autant plus élevée que les squames de la peau (couches de cellules mortes) et les sécrétions cutanées sont abondantes, comme cela est le cas chez les personnes qui ne se lavent pas souvent (il est utile de préciser que la toilette corporelle quotidienne élimine les couches de squames cutanées excessives qui sans cela s’accumulent, ainsi que les sécrétions en excès et les salissures récoltées par contact direct ou aérien).

Pour certains auteurs, les apparentes variations individuelles d’attractivité des moustiques s’expliqueraient essentiellement par des différences de flores bactériennes cutanées, mais aussi muqueuses, étant donné que, pour l’essentiel, exception faite des hormones, les odeurs intrinsèques, cutanées et muqueuses (bouche, nez, anus, vulve), sont liées aux gaz produits par les bactéries innombrables et très diversifiées qui nous habitent.

De la même façon, les odeurs émises par des vêtements portés depuis longtemps paraissent jouer un rôle attractif similaire.

Dans le même ordre d’idées, l’odeur de l’urine (urée), celle des hormones stéroïdes (hormones sexuelles, hormones du stress et autres), paraissent attirer les moustiques femelles en quête de proie. Ainsi, la femme enceinte, la femme en période d’ovulation et post-ovulatoire, seraient plus attractives que les autres, mais la température corporelle joue dans ces cas probablement un rôle non négligeable.

Qu’en est-il des facteurs individuels purement intrinsèques, constitutifs ? Il ne semble pas y avoir de différence d’attractivité entre les hommes et les femmes. Le groupe sanguin ne paraît pas non plus exercer une influence, bien que certains écrits l’affirment (cela reste à préciser). Quelques études ont montré que l’attractivité d’un corps humain pour les moustiques augmentait assez régulièrement du nouveau-né à l’adulte jeune ; mais il est plus que probable que cela soit tout simplement lié aux quantités de gaz carbonique et de chaleur émises.

Maintenant, le rôle joué par les produits cosmétiques parfumés et les eaux de toilette ou de parfum est fort difficile à cerner : certains exerceraient un rôle attractif, d’autres un rôle au contraire répulsif. Cet effet est d’autant plus délicat à étudier que ces produits interagissent avec la peau de chaque individu d’une façon différente. D’une façon générale et avec beaucoup de prudence, il semblerait que les produits cosmétiques parfumés (savons avec parfum, lotions après-rasage, désodorisants, shampooings parfumés…) aient un effet plutôt attractif, tandis que les eaux de toilette et de parfum aient un effet plutôt répulsif. Bien sûr, ces deux types de produit sont radicalement différents : les premiers sont peu concentrés, s’appliquent sur une large surface, persistent sur la peau et génèrent des réactions cutanées diverses, y compris bactériennes ; les deuxièmes étant au contraire très concentrés et ne s’appliquant que sur une surface réduite, générant dès lors moins de réactions de l’épiderme.

En résumé, il nous reste bien des choses à préciser et à découvrir en matière d’attractivité du corps humain pour les moustiques. Toujours est-il qu’une hygiène corporelle bien comprise et bien appliquée, la lutte contre le surpoids, l’utilisation parcimonieuse et sélective de produits cosmétiques de qualité et le port de vêtements clairs sont, entre autres, des facteurs de réduction de cette attractivité. On pourra trouver des écrits concernant un éventuel rôle de certains aliments, mais leurs fondements manquent encore. L’essentiel de la lutte contre les moustiques reste aujourd’hui extracorporelle (moustiquaires, répulsifs, climatisation, lutte contre l’eau stagnante…).

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