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Nouvelle embrouille autour de l'identité du créateur de Bitcoin
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Satoshi, es-tu là ?

Nouvelle embrouille autour de l'identité du créateur de Bitcoin

L'entrepreneur australien Craig Wright a prétendu être le créateur de Bitcoin, et le prouver avec une clé cryptographique. Presqu'immédiatement, sa "preuve" s'est effondrée.

C'était une campagne de relations publiques bien conçue. L'entrepreneur australien Craig Wright, déjà soupçonné d'être le créateur de la monnaie virtuelle Bitcoin, avait contacté plusieurs médias réputés—la BBC, The Economist et GQ—pour leur prouver qu'il était le fameux "Satoshi Nakamoto", le mystérieux inventeur pseudonyme de Bitcoin, la monnaie virtuelle révolutionnaire. Il allait le prouver cryptographiquement.

Le mystère Satoshi

Mais revenons en arrière. Aujourd'hui, la plupart des gens ont au moins entendu parler de Bitcoin, la monnaie virtuelle, dont la valeur totale s'élève aujourd'hui à plus de 6 milliards de dollars. Bitcoin représente une révolution technologique, avec son invention, le "blockchain", registre public de transactions pseudonymes, qui permet, pour la première fois, d'organiser des transactions monétaires sans partie tierce de confiance.

La promesse, potentielle, en tous les cas, de Bitcoin serait de "libérer" la monnaie de l'emprise des Etats et des banques ; mais la technologie du blockchain permettrait potentiellement de rendre toutes les transactions imaginables plus fluides et libérées.

Derrière le potentiel de Bitcoin il y a ce fameux "Satoshi Nakamoto", le pseudonyme de l'inventeur qui a publié les premières versions de Bitcoin, a travaillé sur les premières versions du logiciel, et s'est ensuite volatilisé dans la nature. Le mystère du fondateur a évidemment joué dans le succès de Bitcoin, et surtout fasciné de nombreux enquêteurs, journalistiques ou amateurs, qui depuis des années cherchent à trouver l'identité de Satoshi.

Craig Wright, vrai-faux Satoshi ?

Un des candidats les plus crédibles était Craig Wright, entrepreneur australien, expert en nouvelles technologies, surdiplômé, et au tempérament un peu reclus—autant de points en commun avec Satoshi. Une première enquête journalistique avait évoqué l'idée que Wright était Satoshi, mais il l'avait nié. Aujourd'hui, cinq mois après, il revient sur son déni et déclare être le vrai Satoshi.

Comment l'a-t-il prouvé ?

L'histoire et complexe mais, en gros, de deux manières, une privée et une publique. En privé, Wright a rencontré à Londres Gavin Andresen, "scientifique en chef" de la Fondation Bitcoin, et un de ceux qui a le plus correspondu avec Satoshi. Andresen, à la fois à cause de son expertise technique, de son rôle central au sein du Bitcoin, et de sa connaissance de Satoshi, est donc un témoin clé. A Londres, ils ont discuté, et Wright a utilisé devant Andresen une clé cryptographique que seul Satoshi pourrait avoir. Andresen s'est déclaré convaincu que Wright est Satoshi.

Wright a également publié une clé cryptographique qui aurait été publiquement signée avec une signature que seul Satoshi pouvait détenir. GQ et la BBC se sont déclarés convaincus ; The Economist a déclaré que Wright était probablement Satoshi, mais qu'il restait des questions à éclairer.

Seulement voilà : la clé cryptographique utilisée par Wright dans son billet n'en est pas une. Il s'agirait en fait d'un cryptogramme effectivement utilisé par Satoshi, mais un cryptogramme public, que n'importe-qui pourrait copier-coller. Après une enquête approfondie, Dan Kaminsky, un expert reconnu en cryptographie et sécurité, est péremptoire : "Oui, c'est une arnaque. Pas peut être. Pas possiblement." Nik Cubrilovic, consultant en sécurité informatique, fournit une analyse détaillée de toutes les raisons avancées pour lesquelles Wright pourrait être Satoshi, et conclut qu'il ne peut pas être Satoshi. Il rajoute également des témoignages d'anciens employés de Wright, qui le décrivent comme un escroc.

Andresen, lui, déclare qu'il est "toujours convaincu", malgré la preuve "vraiment bizarre" fournie par Wright. Leurs conversations l'a convaincu. Ainsi que la preuve qu'il a donné en privé, en signant un message avec une clé privée que seul Satoshi aurait pu avoir. Mais voilà : Wright a fait cette démonstration en privé, et ensuite n'a pas laissé Andresen emporter avec lui la signature en question sur une clé USB afin qu'il puisse la confirmer indépendamment.

Comme l'écrit The Economist, c'est maintenant à Wright de prouver qu'il est réellement Satoshi. Et si c'est le cas, il serait extrêmement facile pour lui de le faire, en utilisant une vraie signature cryptographique associée aux premiers bitcoins, qui sont détenus par Satoshi. S'il refuse de le faire, évidemment, les doutes ne feront que croître. Alors ? Suite au prochain épisode…

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