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Surligner n’aide pas à mémoriser.
Surligner n’aide pas à mémoriser.
©Pixabay

Sciences cognitives

Non, surligner n’aide pas à mémoriser, c’est maintenant prouvé

Dans son livre "How we learn", Benedict Carey, journaliste scientifique pour le New York Times, indique que ce n’est parce que l’on surligne un mot que l’on s’en souviendra pour autant. Selon lui, le cerveau n’opère pas dans cet ordre-là...

Francis Eustache

Francis Eustache

Francis Eustache est neuropsychologue. Il est directeur d'Etudes à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes (EPHE) et dirige l’équipe U1077 de l’INSERM de Caen, unique unité de recherche en France totalement dédiée à l’étude de la mémoire humaine. Président du Conseil Scientifique de l'Observatoire B2V des Mémoires, il vient de faire paraître "Mémoire et oubli" aux éditions Le Pommier.

 

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Atlantico : Les certitudes de millions d’étudiants adeptes du stabilo seraient donc basées sur un postulat erroné ?

Francis Eustache : Disons que c’est exactement pareil que lorsque vous vous reposez sur le fait que vous savez qu’une information se trouve sur internet : vous n’allez pas vous forcer à la mémoriser. Il faut que le surlignage soit une aide à l’apprentissage. Tant qu’il est considéré comme un outil, cela reste positif. Le danger vient du fait de considérer que parce que l’on a effectué une action sur un texte cela change le statut de ce dernier.

C’est une erreur stratégique : le fait d’avoir surligné le texte ne veut pas dire qu’on l’a intégré. D’où ma comparaison avec internet : ce n’est pas parce que je dispose de l’information qu’elle se retrouve dans ma mémoire. Avec une telle approche du surlignage, on s’achète une bonne conscience, jusqu’à ce qu’on se rende compte que ça n’a servi à rien.

Peut-on parler de naïveté de la part des adeptes du surlignage ?

Je ne parlerais pas de naïveté, car c’est un mot connoté. C’est simplement un problème de stratégie cognitive plus ou moins maîtrisée. Intuitivement, on a l’impression de s’accaparer la chose : on oublie que le surlignage n’est qu’une aide à la mémorisation, pas une finalité.

Si le surlignage est un « outil », comme vous dites, cela signifie-t-il qu’il remplit tout de même une utilité ? A quelles conditions ?

Si vous vous amusez à surligner un document de 50 ou 100 pages, vous ne retiendrez rien. Dans ce cas, cela ne sert qu’à pointer les documents qui parmi cette somme sont importants. C’est plus pour les mettre en avant que pour les retenir.

Pour un texte court en revanche, l’idée de surligner n’est pas inutile. Si on surligne a tort et à travers, ça n’a aucun intérêt, mais si on le fait avec parcimonie, alors les éléments importants ressortent. C’est ce que l’on appelle de l’encodage profond : on ne balaye le texte sans comprendre le sens, au contraire on effectue un travail mental qui permet de saisir la substance du texte. Le fait de surligner - tant que cela est fait de manière raisonnée, je le répète - est un travail en profondeur dans le texte, donc une aide à l’apprentissage.

Le surlignage n’est donc une aide qu’a posteriori, c’est-à-dire une fois que l’information importante a déjà été discernée (et a par ce biais déjà commencé à être assimilée) ?

Tout dépend du contexte : on peut lire le texte en entier et surligner après, quand d’autres personnes surligneront au fur et à mesure. Gardons à l’esprit que c’est quelque chose de positif pour l’apprentissage, car c’est le signe d’une structuration de l’ensemble et d’une appropriation. Tant qu’il n’y a pas d’abus de surlignage, cela reste un travail de structuration, de décomposition et de perception du sens des éléments constitutifs.

Le surlignage est-il davantage recommandé pour les personnes dites visuelles ?

Nous avons tous un rapport à la connaissance qui est différent, mais un texte est par définition visuel. On peut observer des variations en fonction du profil des personnes et de leurs us et coutumes. L’informatique notamment change notre rapport à l’assimilation.

A ce propos, la dématérialisation de l’écrit au travers de l’informatique affecte-t-elle notre capacité à retenir ce que nous lisons ?

Si vous entendez par là que comme nous perdons la possibilité de surligner, de souligner ou d’annoter nous serions moins aptes à retenir, je vous dirais que le surlignage n’est qu’accessoire. Il existe beaucoup d’autres d’accessoires pour apprendre.

Simplement, ils obéissent tous à la même logique, qui est celle de l’ « enactment effect » : l’apprentissage accompagné d’un geste. On apprend toujours mieux avec une action qu’avec le mental uniquement. Il en va de toutes les procédures observables en entreprise : la pratique vaut toujours mieux que la lecture d’une notice. Cela va de soi, me dira-t-on, mais c’est redoutablement efficace.

Propos recueillis par Gilles Boutin

 

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