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Heinrich Himmler était persuadé que des SS « racialement irréprochables » devaient avoir le droit à une deuxième épouse.
Heinrich Himmler était persuadé que des SS « racialement irréprochables » devaient avoir le droit à une deuxième épouse.
©German Federal Archive/Friedrich Franz Bauer

DomiNazi

Derrière chaque Nazi se cache une femme... ou deux

"Les frères Himmler" : dans ce récit familial et historique, Katrin Himmler dessine le portrait du cadet de la fratrie, Heinrich Himmler, son grand-oncle. Portrait du maître absolu de la SS et architecte de la "solution finale". (Extrait 1/2)

Katrin Himmler

Katrin Himmler

Katrin Himmler est née à Dinslaken (Rhénanie-Westphalie) en 1967. Après des études de sciences politiques, elle sʼoccupe dans différents contextes du problème de la prise en compte du passé nazi et prend ses distances avec lʼhistoire de sa famille. Heinrich Himmler était son grand-oncle. Elle vit à Berlin où elle poursuit son métier dʼécrivain

 

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S’appuyant sur des « coutumes germaniques », Heinrich Himmler était persuadé que des SS « racialement irréprochables » devaient avoir le droit à une deuxième épouse. D’après Felix Kersten, son Heilpraktiker (guérisseur dont le métier est reconnu officiellement en Allemagne), il considérait la monogamie comme une « oeuvre de Satan » concoctée par l’église catholique et qu’il fallait abolir. Heinrich Himmler estimait que, pour l’homme normal, il était « intolérable » de passer sa vie entière avec une seule femme. De plus, il se plut à imaginer qu’« un mariage bigame inciterait chacune des deux femmes à se dépasser l’une l’autre » et que cette concurrence « abaisserait le caquet » de la première épouse, qui aurait cependant le titre de Domina et des privilèges

Hitler lui-même et certains dirigeants du parti réfléchissaient à la possibilité de mariages bigames pour le futur, car la mort, sur le champ d’honneur, de tant de « héros » risquait de laisser de nombreuses femmes sans homme et de priver le pays de naissances. Himmler et d’autres chefs SS ne s’embarrassaient pas de tels atermoiements. Le clan SS suivait son propre style de vie, se distinguant sciemment des normes sociales en vigueur. Et bon nombre d’épouses de SS acceptèrent apparemment de partager leur mari avec une autre femme. Était-ce pour elles le prix à payer afin d’appartenir à l’élite du futur « Grand Reich germanique » ?

La première dame de ce clan était Marga Himmler. Or elle ne suscitait pas la sympathie et ne fut jamais reconnue comme une dirigeante SS. En 1950, Lina Heydrich, la femme de Reinhard Heydrich, raconta, dans Der Spiegel, sa première rencontre avec Marga : « Quand je l’ai vue pour la première fois, je n’en ai pas cru mes yeux. C’était donc cette petite bourgeoise étriquée, sans humour, cette blondasse phobique avec son visage animé de tics nerveux qui avait dominé son mari jusqu’en 1936 au moins, en pesant de toute son influence sur lui. L’intérieur de sa maison de Dahlem lui ressemblait par sa mesquinerie et son peu de goût. »

Marga Himmler semble s’être efforcée de faire valoir sa position vis-à-vis des autres épouses SS, en voulant leur faire suivre impérativement « un programme » de son cru, lors du Reichsparteitag de Nuremberg en 1936. Ces dernières protestèrent, tout comme leurs maris. Selon Lina Heydrich, Heinrich Himmler se serait contenté de hausser les épaules.

Très hostile envers Marga, Lina Heydrich devint, en revanche, réellement amie avec Hedwig Potthast. « C’est à partir du moment où elle commençait à influer sur la vie et la pensée de Himmler », que ce dernier acquit finalement « une envergure dont, à l’époque, nous étions tous admiratifs ». « Cette femme n’était ni une petite bourgeoise, ni une excentrique, ni encore une mondaine à la façon SS, elle était tout simplement intelligente et elle avait du coeur. Reinhard [Heydrich] a dit une fois que c’était quelqu’un qui vous réchauffait de fond en comble. »

À l’âge de soixante-quinze ans, Hedwig Potthast accorda un unique entretien, au journaliste Peter-Ferdinand Koch. Selon Koch, Hedwig, maîtresse de Heinrich et mère de leurs deux enfants, avait été également la « seule confidente à qui il pouvait s’adresser, en cas de gros soucis, pour lui parler de tout, à toute heure et sans crainte ». Koch rapporte aussi qu’en novembre 1944, lors d’une rencontre à Brückenthin, dans la province de l’Uckermark, avec Oswald et Eleonore Pohl, tous quatre avaient exprimé clairement que la guerre ne pouvait plus être gagnée.

Au début de leur relation, seuls les collaborateurs de l’état-major du Reichsführer SS étaient au courant de sa liaison avec Hedwig, qu’ils appelaient « Häschen » (petit lapin), tout comme Heinrich et Walter, le frère de Hedwig. Ce sont eux aussi qui prirent grand soin d’elle, après qu’elle eut quitté son travail à l’été 1941. Hedwig redoutait un jugement négatif de sa famille ; elle ne se trompa pas, du moins en ce qui concernait ses parents.

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Extrait Les frères Himmler, DAVID REINHARC (13 janvier 2012)

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