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Municipales : ces risques que prend LREM en faisant son marché à droite à gauche pour “débaucher” des maires en place en vue des municipales
©JEFF PACHOUD / AFP

Pas si simple

Municipales : ces risques que prend LREM en faisant son marché à droite à gauche pour “débaucher” des maires en place en vue des municipales

N'ayant pas les moyens de s'implanter durablement dans les 36.000 communes françaises, et veut donc faire tomber quelques "bastions" symboliques bien définis.

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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Atlantico : Confrontés à un problème d'implantation locale, comment La République En marche peut-elle envisager les élections municipales ?

Jérôme Fourquet : Même si les bases sociologiques électorales de LREM sont plutôt concentrées dans les grandes agglomérations et les métropoles avec des bons scores à la présidentielle et aux législatives, il n'en demeure pas moins que, et les élections sénatoriales de septembre et les quelques partielles l'ont montré, LREM a un problème d'implantation locale et de personnel politique qui serait suffisamment bien implanté.

Présenter des candidats dans toutes les circonscriptions de France dans le cadre des législatives où vous êtes sur la lancé des présidentielles ne semblait pas gagné d'avance mais ils ont fait élire des centaines de députés qui étaient inconnus localement.

Sur des élections qui sont strictement locales les choses peuvent s'avérer plus compliquées.

Il faut aussi parler des adversaires d'"En Marche !". Il y a un très grand nombre de sortants dont une grande partie de l'électorat les a quittés pour le parti du président de la République. C'est le cas pour le PS à Paris par exemple. C'est le cas aussi dans toute une série de villes pour Les Républicains, notamment dans l'Ouest, où pendant les législatives LREM fait des bons scores. Il peut y avoir une réflexion qui s'échafauderait entre d'une part LREM qui veut réussir son implantation sur le territoire et qui sait que ça ne se fait pas sur un claquement de doigt et de l'autre des candidats PS ou Républicains qui seraient "macron-compatibles".

Maintenant il s'agit de compenser ce déficit d'ancrage local. Différents ingrédients peuvent faire que cette opération fonctionne relativement bien. D'une part car c'est quand même à l'échelon communal et municipal que le discours du "en même temps", du pragmatisme et du dépassement des oppositions stérile est le plus efficace et audible (il y est d'ailleurs pratiqué depuis longtemps). L'ADN du macronisme pourrait donc être parfaitement adapté à une campagne municipale.

Autre ingrédient, dans les grandes villes il y a un électorat assez séduit par Macron, c'est un terrain privilégié pour lui. Enfin, il y a des maires sortants qui peuvent être mis en difficulté par des candidats LREM surtout s'il y a d'autres listes à côté de ceux-ci.

Tous ces ingrédients font que cela pourrait relativement bien fonctionner pour le parti de la majorité présidentielle.  Toutefois rien n'est évident.

Quels sont les risques pour LREM aux municipales ?

Comme dit plus haut rien n'est évident et le tout risque de se négocier ville par ville. Pour plusieurs raisons, d'abord parce qu'il faudra que l'Etat-major de LREM assume et gère le fait que dans certaines villes, parfois emblématiques, LREM ne passe pas sous ses propres couleurs mais en alliance ou en ticket avec un maire sortant. Cette géométrie variable avait déjà été pratiquée pendant les législatives où de manière très sélective "En Marche!" avait décidé de ne présenter aucun candidat dans certaines circonscription pour faire une fleur à des candidats macron-compatibles. Cela pourrait être reconduit aux municipales mais lorsque vous voulez dynamiser des implantations locales, ce qui permet de dynamiser c'est la perspective d'une victoire et éventuellement des postes à conquérir. Si l'on fait des alliances, on va forcément faire des déçus et des frustrés dans son propre camp.

Par ailleurs, vous n'apparaissez pas dans le paysage local sous vos propres couleurs. Ce qui est handicapant. "En Marche !" étant une offre politique nouvelle, il faut ancrer le réflexe d'un vote En "Marche!".

Troisième argument qui peut laisser penser que cela risque d'être compliqué, c'est qu'à chaque fois on va s'engager dans des négociations pour savoir qui va être tête de liste. Sur quel programme, sur quelle ligne et quelle est la place dévolue aux uns et aux autres dans la liste qui sera présentée aux électeurs. Cela peut être très compliqué, l'Histoire l'a montré.

Dernier point sur les difficultés éventuelles, quel message va-t-on renvoyer au niveau national si dans tel ou telle ville, l'on fait alliance avec tel ou telle figure politique locale qui peut avoir aussi une dimension nationale.

Inversement, quels seraient les arguments à faire valoir au sein du PS ou des LR pour convaincre les élus ou les futurs candidats de ne pas faire d'alliance avec LREM?

D'abord les arguments idéologiques. Dire que vous "allez-vous allier avec des représentants d'une majorité qui font une politique en profonde contradiction avec nous valeurs". Un discours aussi bien audible à gauche qu'à droite.

Autre argument, dire que si alliance il y a, elle sera considéré comme un casus beli avec le parti. Menacer au mieux d'exclusion du parti sans avoir l'investiture et au pire la même chose avec la présentation d'un candidat en face.

L'argument est plus délicat à manier car dans certaines villes, cela peut faire peur et dans l'autres, c'est l'auteur de la menace qui aurait beaucoup à perdre, c'est le cas d'une ville comme Vannes où la tendance est plutôt modérée et macron-compatible.

Il sera intéressant de suivre la stratégie et la trajectoire de quelqu'un comme Christian Estrosi qui s'est recentré ces dernières années et qui a arrêté de dresser les louanges de Macron depuis quelques mois. Il faut rappeler que dans la circonscription qui était la sienne, la candidate qu'il a présenté n'a pas eu à souffrir de la concurrence d'En Marche aux législatives et a été élue. C'était sans doute les prémices de quelque chose.

Il peut y avoir à Nice une guerre des droites entre une droite d'Éric Ciotti et une droite représentée par Christian Estrosi qui ferait alliance avec des forces macronistes. Estrosi ne s'est pas contenté d'une stratégie purement niçoise, il a créé un mouvement qui s'appelle "La France audacieuse" qui tente de fédérer de nombreux élus locaux de droite qui seraient dans la même posture que lui.  C'est l'heure des grandes manœuvres donc, beaucoup plus organisées à droite qu'à gauche, même si au sein du PS certains vont tenter des rapprochements.

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