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ernard Cazeneuve a répliqué "qu'on ne peut pas tous les jours par des propos outranciers, par des invectives, créer un climat et s'étonner ensuite des conséquences du climat que l'on a créé".
ernard Cazeneuve a répliqué "qu'on ne peut pas tous les jours par des propos outranciers, par des invectives, créer un climat et s'étonner ensuite des conséquences du climat que l'on a créé".
©Reuters

Guêpier

Mort de Rémi Fraisse : le gouvernement s’enferme de plus en plus dans un piège qu’il aurait pu éviter

Alors que le président de la République François Hollande a tardé à réagir à la mort du jeune militant écologiste Rémi Fraisse dimanche 26 octobre sur le site du projet controversé de barrage à Sivens, la responsabilité du ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve dans cette affaire est mise en cause par les Ecologistes et le Front de gauche.

Anita Hausser

Anita Hausser

Anita Hausser, journaliste, est éditorialiste à Atlantico, et offre à ses lecteurs un décryptage des coulisses de la politique française et internationale. Elle a notamment publié Sarkozy, itinéraire d'une ambition (Editions l'Archipel, 2003). Elle a également réalisé les documentaires Femme députée, un homme comme les autres ? (2014) et Bruno Le Maire, l'Affranchi (2015). 

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Quand rien ne va plus pour le gouvernement...! Les ennuis s'accumulent pour l'exécutif et quand un drame humain comme la mort de ce jeune manifestant à Sivens vient s'ajouter à un climat politique délétère, il y a de quoi se montrer inquiet !

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De Sivens à Notre-Dame-des-Landes, plongée au cœur de l’extrémisme vert, ses réseaux et ses méthodes

La "gestion" de ce drame malheureux agit en effet comme un révélateur de la faiblesse de l'exécutif qui n'apparaît pas aux prises avec la réalité du pays et se trouve confronté aux divisions de ce qui hier encore était sa majorité. Car tout s'entremêle : le silence malencontreux (officiellement pour ne pas gêner l'enquête) du gouvernement et de François Hollande au lendemain de la découverte du corps de Rémi Fraisse et la polémique à propos de l'inertie de l'exécutif, pourtant alerté sur les risques de dérapages graves à Sivens entre partisans et opposants à la construction de ce barrage (qu'il faudrait plutôt qualifier de retenue d'eau en raison de sa taille).

Mais comme les incidents sur place se multipliaient depuis le mois dernier, les alertes de Cécile Duflot et Noël Mamère étaient restées sans réponse de la part du ministère de l'Intérieur. Car la modération de langage n'est pas leur fort. Dans le climat de consternation générale provoquée par ce décès, l'ex-ministre du Logement a parlé de "situation qui pour moi est absolument intolérable et qui va finir par être une tache indélébile, sur l’action de ce gouvernement", tandis que le député maire de Bègles déclarait dans les couloirs de l'Assemblée "qu'on ne construit pas un barrage sur un cadavre" et s'en prenait à la fois au gouvernement et à la FNSEA. Plus mesurés dans leur propos les autres élus écolos, et notamment le co-président du groupe François de Rugy, avaient du mal à se faire entendre lorsqu'ils exprimaient leur consternation à propos du décès de ce jeune manifestant qui se trouvait apparemment au mauvais endroit, mêlé aux extrémistes dont il ne faisait pas partie.

En réponse aux accusations lancées par les deux élus et aux appels à la démission d'une partie du Front de Gauche, Bernard Cazeneuve a répliqué "qu'on ne peut pas tous les jours par des propos outranciers, par des invectives, créer un climat et s'étonner ensuite des conséquences du climat que l'on a créé". Quant aux élus socialistes, qui déplorent en coulisses que l'on ait tardé à exprimer de la compassion en haut lieu, ils ne cachent pas leurs ressentiments voire leur exaspération face aux Ecologistes qui s'opposent à tout projet nécessitant une restructuration de l'environnement.

Dans ce contexte de violence, la décision du ministre de l'Intérieur de diligenter une inspection générale de la police et de la gendarmerie dans le TARN était sans doute sage. Fallait-il aller jusqu'à interdire partout l'utilisation de grenades offensives jusqu'à la fin de l'enquête ? Dans la région de Sivens, cette décision signifie implicitement l'inaction, donc le retrait des forces de l'ordre, voire la fin du projet proprement dit puisque le président du Conseil Général du Tarn, maître d'oeuvre du barrage, demande maintenant la suspension des travaux. Mais la suspension de l'utilisation des grenades offensives risque d'être interprétée comme un renoncement du gouvernement à toute répression et par conséquent à un gage d'impunité pour les semeurs de troubles prompts à exploiter les contestations sincères. Elle est surtout révélatrice d'une forme de paralysie d'un exécutif affaibli par les divisions internes du PS, ce qui fait dire, sous forme d'aveu, à un ancien ministre socialiste qui voit s'enchaîner ordres et contre ordres : "De toute façons on ne peut plus rien bouger dans ce pays !"

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