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Louis Van Gaal sélectionneur des Pays-Bas
Louis Van Gaal sélectionneur des Pays-Bas
©Reuters

Maître à penser

Mondial 2014 : Louis Van Gaal, le gourou batave

Les Pays-Bas défient l'Argentine ce mercredi soir dans la deuxième demi-finale de la coupe du monde brésilienne. S'ils ne sont pas favoris, le sélectionneur batave pourrait encore sortir un nouveau coup de génie de son chapeau.

Vincent Roger

Vincent Roger

Vincent Roger est Conseiller du 4ème arrondissement de Paris et conseiller régional d'Ile-de-France.

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Le sélectionneur des Pays-Bas ne peut laisser indifférent. Son égo n’a d’égal que son sens du jeu. Pour Van Gaal, entre l’an zéro et le 8 août 1958, date de sa venue au monde, il est probable que rien d’extraordinaire se soit pas passé sur notre bonne vieille Terre. "Le problème avec Van Gaal n’est pas qu’il est Dieu, mais le père de Dieu" confia ironiquement Uli Hoeness, Président du Bayern Munich, lorsque le stratège néerlandais officiait sur le banc du club bavarois. L’intéressé d’ailleurs ne dément pas, il a même concédé –un moment de lucidité ?- : "J’ai toujours confiance en moi. Je suis arrogant, dominateur, honnête, travailleur, innovant". Normal, il se considère comme un être à part. L’homme est du genre décomplexé. Il a écrit en trois tomes –excusez du peu- un livre modestement intitulé "Biographie et vision". L’unique sujet du bouquin avait pour thème : Van Gaal, sa vie, son œuvre, son destin… Il se considère comme un Gourou dont la mission est d’écrire la plus belle page de l’histoire footballistique de son pays.

Et pour y arriver, indiscutablement le bougre se donne les moyens. Le joueur  Van Gaal n’eut aucun palmarès, l’entraîneur du même nom croule sous les titres. Ce coach hollandais est, avant tout, un perfectionniste du genre à faire passer chez le dentiste, avant de s’envoler pour le Brésil, tous les joueurs de sa sélection qui avaient encore des dents de sagesse. Dans le même esprit, il commanda avant le Mondial, à un institut espagnol de statistique, une étude sur la manière de tirer les pénaltys de tous les joueurs participants à la coupe du monde. Pathologiquement, le bonhomme a le sens –l’amour ?- du détail. Je  vous le dis, il est dingue. Il ose tout mais vraiment tout, comme montrer ses attributs durant la causerie d’avant-match comme le révèle France Football dans un excellent dossier à son sujet. Au risque de démentir le célèbre dicton d’Audiard, il ose mais il est tout sauf c.., il est fou mais footballistiquement génial.

"Appelez le Van géniaal" titrait l’Equipe au lendemain de son coup de poker consistant à faire sortir son gardien titulaire avant la séance des tirs au but contre le Costa-Rica. Le remplaçant en arrêta deux et envoya ainsi les Pays-Bas en demi-finale. Mais au-delà de ce coaching incroyable, le sélectionneur hollandais a bâti avec talent une stratégie pour son équipe. Avant la compétition, sa défense apparaissait comme faible, il en a fait sa principale force autour d’une charnière centrale rajeunie et constituée de trois défenseurs centraux. En amont du Mondial, la presse néerlandaise s’interrogeait sur son schéma tactique. En réponse, il en a établi un basé sur un étonnant 3-5-2. Sa stratégie est aussi fluide qu’efficace. Elle repose sur un jeu de positionnement et l’art de la contre-attaque. D’abord, chaque joueur doit être à son poste et rien qu’à son poste. Les Espagnols, atomisés 5 à 1 au premier tour, s’en souviennent encore. Par ce choix, il a remisé dans les placards de l’histoire le fameux football total des Oranje version années 70 où tous attaquaient, tous défendaient. Ensuite dès que les attaquants Robben et Van Persie sont mis sur orbite, cela doit aller vite, très vite ! Durant le match Espagne-Pays-Bas, les Néerlandais eurent une possession de balle de 36%, preuve que l’essentiel pour eux était dans la vitesse d’exécution et non dans le jeu de balle-balle.

Cependant derrière le stratège, il y a aussi le pragmatique. Certes, il déteste qu’on le remette en cause. Lui seul peut commettre un tel blasphème. Van Gaal ne peut être contredit que par Van Gaal. Et il n’hésite pas à le faire quand sa sélection se trouve déstabilisée. Contre le Mexique, en huitième, il changea trois fois de système de jeu, passant sans vergogne de son fétiche 5-3-2 à un 4-3-3 pour finir en 4-2-4. Conclusion, les Hollandais égalisèrent à la 88’ et l’emportèrent à la 92’. Je vous le répète, il est tout sauf c… ce loulou batave.

Tulipe de fer, c’est son surnom, n’est pas venu au Brésil pour planter des oignons de liliacées sous les pelouses brésiliennes. Certes, il veut marquer l’histoire mais le gaillard a également l’esprit revanchard. L’oubli n’est pas son fort. Les raisons de prendre sa revanche sont multiples.  En 2000/2001 lors de son premier passage à la tête de la sélection, les Pays-Bas ne s’étaient pas qualifiés pour le Mondial en Corée. Autant vous dire que les éliminatoires pour le Mondial 2014 furent, sous sa houlette, une promenade néerlandaise (9 victoires et un nul). De même, il était, à ses yeux, urgent de faire oublier à ses joueurs le calamiteux euro de 2012 et surtout la finale perdue de justesse en 2010 contre l’Espagne. A partir de ce soir, sa volonté de revanche a pour compagne l’histoire. Cette dernière ne peut que hanter les Hollandais. Tout un pays a en mémoire les deux finales, sans doute injustement perdues, de 1974 contre l’Allemagne et de 1978 contre l’Argentine. La génération de Johan Cruyff avait embrasé de sa superbe la décennie 70. Justice doit lui être rendue. Tulipe de Fer s’en charge.

Si la vengeance est un plat qui se mange froid, Van Gaal pourrait bien, au nom de l’histoire, servir dans la soirée aux Argentins de la victuaille congelée, le tout arrosé d’un jeu flamboyant. Avis aux Allemands !

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