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Mitt Romney - Barack Obama : où se situeraient-ils vraiment sur l'échiquier politique français ?
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A droite ou à gauche ?

Mitt Romney - Barack Obama : où se situeraient-ils vraiment sur l'échiquier politique français ?

Si l’aile droite économique de l’UMP serait plus proche du projet de Mitt Romney, Barack Obama se situerait, quant à lui, plutôt à la droite des socialistes. Avec des sujets comme l'immigration et la peine de mort, les choses se corsent pour positionner les deux candidats à la présidence américaine sur l'échiquier politique français.

Nicole Bacharan

Nicole Bacharan

Nicole Bacharan est historienne et politologue, spécialiste de la société américaine et des relations transatlantiques.
Elle a co-écrit avec Dominique Simonet  "11 septembre le jour du chaos" (Perrin, à paraître le 18 août 2011).

Son prochain livre est Le guide des élections américaines de 2012, co-écrit avec Dominique Simmonet,  à paraître aux éditions Perrin.

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Atlantico : Obamania française, diabolisation de Mitt Romney, 75% des Français se déclarent favorables à la réélection du président sortant. Qu’en serait-il si l’on venait à projeter les positions politiques des deux candidats américains sur l’échiquier politique français ?

Nicole Bacharan : Avant toute chose, il est important de comprendre que la structure politique du système électoral américain est complètement différente de ce que nous connaissons en France.  Il est cependant possible de mettre en perspective les grandes lignes politiques de Romney et Obama avec les projets des partis français. Sur le plan de l’économie, Barack Obama se situerait au niveau du centre de la France. Celui n’existant plus vraiment pour l’instant, il serait plus juste de dire qu’Obama se situe à la droite des socialistes incluant ainsi les socio-démocrates du PS ainsi qu’une bonne partie de l’UMP. Ces derniers sont d’ailleurs assez troublés par les temps qui courent. Barack Obama représente aussi la mise en avant du rôle de l’Etat tout en conservant une forme de libéralisme inhérente aux États-Unis. Si on considère un Etat interventionniste qui investit pour diriger le  jeu économique, Nicolas Sarkozy n’était pas moins interventionniste que le Président Obama, il était même plutôt à gauche de ce dernier.

L’aile droite économique de l’UMP serait plus proche du projet de Mitt Romney. Sur le sujet, le candidat républicain est tout à la droite de l’UMP puisqu’il soutient l’économie ultralibérale mais s’éloigne cependant complètement du Front National qui prône le protectionnisme.

La gauche française rêverait d’un leader comme Barack Obama mais la politique du gouvernement ces derniers mois l’en éloigne grandement même si toute la composante socio-démocrate du PS en est proche. En effet, le projet du président sortant est d’augmenter un peu les impôts pour les plus riches avec un maximum de 40%. Ainsi, des positions comme celles de l’imposition à 75% ou encore de l’ISF sont totalement incompréhensibles pour les Américains. Il veut également baisser les impôts sur les classes moyennes afin de faire augmenter la consommation. Les partisans d’Obama et de Romney partagent tout de même une grande crainte : celle de l’austérité en Europe et de la récession qu’elle pourrait provoquer.

Au delà de ces visions économiques divergentes, les deux candidats ne sont pas complètement opposés sur tous les sujets. Sur le plan de l’international par exemple, la différence entre leurs positions est très ténue car ce sont des problématiques inextricablement mêlées à la culture américaine. Contrairement à l’image des Républicains que Georges W. Bush a donnés aux Français. Il était en effet une sorte d’aberration politique de l’histoire du parti. En effet, celui-ci défend traditionnellement une politique America safety first, la sécurité de l’Amérique d’abord, et que le reste du monde se débrouille. Le rêve isolationniste n’est cependant plus d’actualité.

Barack Obama est probablement plus interventionniste militairement que Romney. Malgré la vision angélique et sympathique que l’on peut avoir de lui, et son prix Nobel de la Paix, il ne faut pas oublier que le président Obama est un homme capable de mener plusieurs guerres.

Sur le plan social, l’énorme projet de Barack Obama pour l’accès au soin pourrait lui donner l’image d’un homme de gauche mais cette vision me semble désuète. L’accès au soin est devenu la norme dans nos démocraties occidentales modernes et plus personne ne remet cela en question aussi difficile à faire vivre que cela puisse être. C’est une sorte de ligne générale que les Etats-Unis suivent avec beaucoup de retard mais à laquelle ils ne peuvent échapper. Même s’il prétend pouvoir faire disparaître cela par des mesures plus favorables au marché s’il était élu, il est peu probable que Romney y parvienne. En France, le système de santé est si profondément ancré dans le fonctionnement de notre pays qu’il n’est plus possible d’associer cela à un parti politique plutôt qu’à un autre.

La politique américaine vis à vis de l’immigration est extrêmement sévère. De plus, Marine Le Pen a déclaré récemment être « pour la peine de mort comme Barack Obama ». Cela place-t-il de fait les deux candidats à l’extrême droite de la politique française ?

La peine de mort est quelque chose de profondément liée à l’Amérique mais dans les faits c’est un phénomène qui a tendance à se réduire. De moins en moins de gens sont exécutés tous les ans. Bien qu’Obama ait pris quelques positions contre la peine de mort au début de sa carrière politique, il n’a jamais tenté durant son mandat de la faire abolir. De son côté, Mitt Romney n’est pas vraiment pour la peine de mort mais il existe au sein du parti républicain une fibre populiste réactionnaire qui se rapproche de l’idéologie du front national.

La politique française actuelle nous montre bien que les problématiques d’immigration dépassent de loin les questions de droite et de gauche. Il y a les principes et l’épreuve du pouvoir. Obama est le président des Etats-Unis sous lequel il y a eu le plus d’expulsion d’immigrés, beaucoup plus que sous Georges W. Bush. Cependant, il a fait passé par décret, sans quoi il n’aurait pas pu le faire, des légalisations temporaires pour les enfants arrivés de manière illégales avec leurs parents et n’étant donc pas responsables de leur immigration. Il est probable que cela pèsera très lourd dans le vote latino. A l’époque, Mitt Romney était monté aux créneaux mais il a déclaré depuis qu’il ne reviendrait pas en arrière bien que les républicains soient très hostiles aux immigrants au point de se rapprocher du Front national. Une partie de l’électorat UMP pourrait aussi s’y identifier sur cette problématique précise.

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