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Les ministres français ?
De sacrés couteaux suisses !
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Vive la démocratie

Les ministres français ? De sacrés couteaux suisses !

Comme lors de chaque remaniement, les ministres passent d'un portefeuille à un autre sans avoir à justifier de compétences particulières dans les domaines concernés. Petits arrangements entre amis ? Peut-être, mais c'est aussi l'essence même de la démocratie que de refuser que les experts gouvernent.

Olivier Rozenberg

Olivier Rozenberg

Olivier Rozenberg est chargé de recherche au Centre d’études européennes (CEE) de Sciences Po, spécialisé dans l'étude des parlements en Europe.

 

 

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Atlantico : La valse des portefeuilles observée à chaque remaniement montre-t-elle qu'on n'attribue les postes ministériels que pour faire plaisir à ses amis ?

Olivier Rozenberg : On n'attribue pas des postes de ministres en fonction des compétences passées, et ça n'a rien de choquant : c'est le principe de la démocratie que de mettre des politiques à la tête des services de l'administration, non pas en fonction de leurs compétences sectorielles, mais en fonction de leur légitimité démocratique - d'une part, celle du Président qui les nomme, et d'autre part, parce qu'ils sont pour la plupart élus au Parlement. Un gouvernement d'experts ne serait pas démocratique.

Il existe en fait très peu de postes pour lesquels la compétence est prise en compte de façon déterminante : certains, comme les Affaires étrangères, le sont par nature, et d'autres le deviennent en fonction de l'agenda gouvernemental, comme le ministère des Affaires sociales lors d'une réforme des retraites. Mais même dans ces cas assez rares, ce n'est qu'un critère parmi tant d'autres : âge, genre, origines ethniques...

Par ailleurs, la notion de compétence est difficile à cerner : il y a une différence entre la compétence technique – connaissance des dossiers – et la compétence généraliste d'homme politique – savoir négocier avec l'Assemblée, gérer les services, s'exprimer dans les médias, avoir une vision, des priorités. Une fois dans leur ministère, les hommes et femmes politiques, avec leurs profils généralistes, sont généralement capables d'assimiler les dossiers assez rapidement, à l'aide de l'administration.

En revanche, là où le remaniement du 29 juin pose problème, c'est sur le ministère du Budget : à ce moment de l'année, mettre une nouvelle ministre qui n'aura que quelques semaines pour découvrir les dossiers avant la loi de finances de l'automne est un peu audacieux...


Privilégier la compétence politique généraliste, souvent acquise à l'ENA, n'est-ce pas entretenir la domination perpétuelle des mêmes élites ?

Ce que l'on constate, c'est que les ministres ou secrétaires d'Etat sont issus majoritairement du Parlement : le monde politique est en vase clos, mais cela me paraît dans la logique des choses, avec la professionalisation des activités politiques. Ce qui est regrettable, ce n'est pas qu'il y ait tant d'anciens hauts fonctionnaires ou de députés au gouvernement, mais que ces gens aient tendance à se ressembler : hommes, blancs, 60 ans... D'ailleurs, la volonté de rupture affichée par Nicolas Sarkozy en début de mandat s'est estompée, avec le départ progressif des femmes et des "minorités visibles" au fil des remaniements.

Pour se sortir de cette spirale de domination des élites, il faut faire venir d'autres personnalités à la politique, dans les partis et les fonctions représentatives, plutôt qu'ouvrir à tous vents les fonctions gouvernementales à des individus issus de la société civile, car il est très rare qu'ils réussissent à se fondre dans les logiques politiques précédemment citées. Le contre-exemple, c'est bien sûr Christine Lagarde, à la longévité exceptionnelle, ou Martin Hirsch. Mais ce dernier avait été choisi pour une mission - porter le projet du RSA - et non pour ses compétences. Sinon, la plupart des tentatives précédentes avec des personnalités de la société civile n'avaient pas aussi bien fonctionné, notamment sous Jacques Chirac.

La tentative de renouvellement politique par la présentation de candidats de la société civile prônée par Europe Ecologie est-elle donc vouée à l'échec ?

Amener les gens de la société civile à la profession politique par des fonctions parlementaires, c'est très bien. En revanche, faire accéder directement ces personnes-là à Matignon ou à Bercy, c'est suicidaire !

Quant à l’Élysée, ce que j'ai dit pour les ministres est d'autant plus vrai pour le Président de la République : compte tenu de sa position centrale dans les institutions, il est nécessaire d'avoir quelqu'un qui a fait ses preuves en politique. Mais, tout le monde le sait, la candidature d'Europe Ecologie à la présidentielle est essentiellement symbolique.

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