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Marine Le Pen a réussi son entreprise de déculpabilisation de l’électorat frontiste
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EDITORIAL

Marine Le Pen a réussi son entreprise de déculpabilisation de l’électorat frontiste

La candidate du FN, en se plaçant en troisième position lors du premier tour de la présidentielle, contraint les candidats en lice pour le second tour à reconsidérer ses électeurs.

Yves Derai

Yves Derai

Yves Derai est éditorialiste à Atlantico. Chaque semaine, il écarte les lourds rideaux de velours des palais de la République pour nous en révéler les secrets.

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«Vote de protestation », « expression d’une colère et d’une souffrance, « vote de crise »… Depuis que le résultat de Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle nous est tombé dessus, l’entreprise de déculpabilisation de l’électorat frontiste bat son plein. Eh oui, s’ils veulent récupérer une partie du fromage, les deux candidats qualifiés pour le second tour n’ont pas intérêt à clamer haut et fort qu’il sent mauvais !

Pourtant, le camembert lepéniste exhale toujours des effluves fétides. Il suffit de consulter le programme du Parti pour s’en rendre compte. Stigmatisation obsessionnelle des immigrés clandestins mais aussi des étrangers en situation légale, des couples homosexuels qui ne peuvent en aucun cas « former une famille », volonté de rétablir la peine de mort ou, au moins, d’instaurer une peine de perpétuité incompressible, etc.

Mais il existe aussi dans ce programme de multiples propositions qui suscitent, à mon sens, l’adhésion de millions de gens : la sortie de Schengen, de l’Euro, la préférence nationale en terme d’emploi et de couverture sociale, la lutte contre l’insécurité explicitement liée aux flux migratoires, l’interdiction de se constituer en communauté religieuse… Contrairement à son père qu’on ne laissait guère développer ses propositions dans les médias, lui-même préférant d’ailleurs déraper sur la seconde guerre mondiale ou s’adonner à quelques plaisanteries d’un goût douteux, Marine Le Pen a pu marteler les siennes pendant cette campagne. Elles ont marqué les esprits. Regardons les choses en face : ce sont elles et sa capacité à les défendre qui lui ont permis de convaincre autant d’électeurs de droite mais aussi de gauche.

17,8%. Plus de six millions de voix. Un score historique que n’ont pu empêcher, ni la vindicte anti Marine le Pen d’un Jean-Luc Mélenchon, ni la tactique de l’UMP visant à discréditer le FN au lieu de le diaboliser. Impuissants face à cette progression dans les urnes qui risque de se traduire par plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de triangulaires aux prochaines législatives, j’entends déjà la stratégie que vont nous vendre quelques spin doctors « pragmatiques » : « Copions ce qu’a fait Mitterrand avec les communistes en 1981. Enlaçons le FN pour mieux l’étouffer ».

L’ancienne ministre UMP Chantal Jouanno qui a déclaré préférer un socialiste à un « mariniste » en cas d’élimination du candidat UMP dès le premier tour a suscité moult condamnations parmi ses amis et peu d’encouragements. Par les temps qui courent, le « front républicain » et le « cordon sanitaire » chers à Jacques Chirac ne font plus recette. Dans ce contexte, on peut au moins se réjouir que le scrutin de dimanche nous ait évité un « 21 avril à l’envers ».

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