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La présidente du Front national, Marine Le Pen.
La présidente du Front national, Marine Le Pen.
©REUTERS/Philippe Wojazer

Tête à tête

Marine Le Pen : "L’UMPS, ce n’est pas qu’un slogan ; si Alain Juppé était dans le gouvernement de Hollande, cela ne choquerait personne"

Sortie de l'euro, investissement privé, mondialisation, vie politique... Dans un entretien exclusif pour Atlantico, Marine Le Pen diagnostique le contexte politique et économique du pays, et expose les mesures qu'elle estime nécessaire.

Marine Le Pen

Marine Le Pen

Marine Le Pen est la présidente du Front national. Elle a été candidate de son parti à l'élection présidentielle 2012.

 

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Atlantico : Vous vous dites prête à gouverner. Pourtant cette semaine, une les résultats d'une enquête montrent que 7 français sur 10 ne vous font pas confiance pour diriger le pays. Mais pour diriger la France il est nécessaire de disposer d’effectifs conséquents, soit environ 500 personnes, entre les ministres, les secrétaires d’état, les directeurs de cabinet, les conseillers techniques  etc… Actuellement, êtes-vous réellement en capacité de mettre sur pied un gouvernement opérationnel ?

Marine Le Pen : Oui. Nous avons trois catégories de personnes. Il y a les gens qui travaillent avec nous, ceux qui ont passé le pas et qui sont des experts dans différents domaines. Il y a ceux qui n’ont pas passé le pas parce qu’aujourd’hui en France, on ne peut pas, sans risquer une sanction, déclarer sa proximité avec le Front national. Mais ces gens travaillent et nous irriguent de leurs analyses et d’éléments factuels. Je me souviens de l’époque ou Monsieur Hortefeux était très agacé parce que je faisais tous les trois mois une conférence de presse sur les chiffres de l’immigration qui venaient directement du ministère de l’intérieur. Nous avons des gens qui travaillent à Bercy, des gens qui travaillent à peu près dans chacun des ministères… Quand on fait entre 25 et 30% des voix, il n’y a absolument aucune raison pour qu’il y ait une fracture totale ente le Front National et les milieux d’affaires, les milieux audiovisuels, les ministères etc…Et puis il y a cette haute administration dont je pense qu’une grande partie est légaliste et qui, j’en suis convaincue, a le sens de l’Etat et se mettra à la disposition d’un gouvernement Front National. Je n’ai aucune inquiétude sur les capacités de nos équipes.

Il y a un paradoxe. Nous sommes le seul parti politique à avoir annoncé la crise financière en juin 2008. Nous avons produit en matière économique des analyses qui se sont révélées parfaitement exactes. Cela ne tombe pas du ciel, je n’ai pas la science infuse. Cela révèle l’expertise du Front National. Il y a beaucoup de talents dans la société civile. La professionnalisation de la politique n’a pas été obligatoirement, et en tous points, une bonne chose.

Pourtant, même le pouvoir actuel semble être confronté à des difficultés pour constituer des équipes… ?

Oui, mais parce que les socialistes sont aussi extrêmement sectaires. J’ai été contacté par un certain nombre de hauts fonctionnaires qui ont pu me rapporter la manière de faire de ce gouvernement. Lorsque l’on n’est pas socialiste, on est systématiquement mis au placard. Parce qu’ils pensent qu’il faut être socialiste quand on est haut fonctionnaire. La première chose que veulent faire les socialistes lorsqu’ils arrivent au pouvoir, c’est une chasse aux sorcières. Ils préfèrent remplacer une personne compétente qui n’est pas de leur bord politique par un incompétent qui a la carte.

Le programme du Front National propose la sortie de l’Union Européenne, vous évoquiez également récemment la nécessité de "couper le cordon" avec la Cour Européenne des Droits de l’Homme…mais de telles réformes nécessitent des révisions constitutionnelles, et d'obtenir une majorité de 3/5ème au congrès, alors comment comptez-vous procéder ?

La supériorité des lois communautaires sur le droit français est la conséquence de la pire trahison de la volonté du peuple. Il s’agit de la conséquence du vote par le Congrès, c’est-à-dire des élus de l’UMP et du PS, de cette Constitution européenne qui avait été rejeté par les Français. Par conséquent, revenir sur cette décision c'est respecter la volonté que le peuple a exprimée de manière extrêmement claire.

Je pense que toute révision constitutionnelle doit passer par un référendum. Je suis totalement opposée aux révisions constitutionnelles par le congrès. Ce n’est pas l’esprit de De Gaulle qui considérait que cela devait être une absolue exception alors que c’est devenu la règle… Parce que nos dirigeants politiques ont peur du peuple.

Et ce référendum, je l’ai annoncé. Je l’organiserai dans les six premiers mois de mon élection, mais je crois qu’il doit porter sur la sortie de l’Union Européenne. Ce référendum serait précédé par une négociation. Forte du mandat du peuple, j’irai voir les institutions européennes en disant que quatre points sont non négociables. La supériorité du droit français sur toute autre norme, la souveraineté territoriale, c’est-à-dire la liberté de pouvoir décider qui entre et qui se maintient sur le territoire, la liberté économique, c’est-à-dire la possibilité de mettre en place un patriotisme économique, et enfin la liberté monétaire.

Soit l’Union Européenne m’accorde ces dérogations soit elle le refuse et je demanderai  au peuple français d’en sortir. Je ne peux pas conduire une voiture si je n’ai pas le volant, le levier de vitesse, le frein etc…sinon, cela n’est qu’une carcasse.

Vous venez d’évoquer la "liberté monétaire", c’est-à-dire une sortie de l’euro. Comment l’envisager vous ? Et après, au-delà de cette sortie de l’euro, que proposez-vous ? Quel fonctionnement ? Quelle Politique pour la Banque de France ? Quelles équipes ?

Sur la technique de sortie de l’euro, beaucoup d’études ont été faites, dont celle de Jacques Sapir et de Philippe Murer qui me paraît parfaitement acceptable dans son déroulement. L’objectif est d’abord de constater de combien se déprécie la nouvelle monnaie, ce nouveau Franc. La banque Nomura anticipe en fait une dépréciation relativement faible, donc insuffisante. Il faudra donc passer par une dévaluation politique, comme ont pu le faire le Japon ou la Grande Bretagne pour retrouver ce sursaut de compétitivité. Celui-là même que l’on essaye d’obtenir aujourd’hui par le pacte de responsabilité qui est un système de déflation salariale. Nous faisons énormément d’efforts pour retrouver 2% de compétitivité alors que si on dévaluait de 20%, on en obtiendrait immédiatement 20%.

Ce qui crée un sentiment anxiogène dans les marchés financiers, c’est précisément de ne jamais être remboursé. Or je pense qu’à partir du moment où un pays fait le choix d’une compétitivité clairement exprimée, c’est qu’il se donne la capacité de relancer la croissance et l’emploi. Les créanciers seront rassurés par une économie qui repart, et auront toutes les chances d’être remboursés.

Notre idée est de revenir à un rôle de la Banque de France tel qu’il existait avant 1973. Il s'agit de revenir sur cette loi qui a obligé l’Etat à emprunter sur les marchés financiers. Donc la Banque de France doit opérer une création monétaire raisonnable. Il ne s’agit évidemment pas d’inonder l’économie, cela n’aurait aucun sens. Le FMI dit qu’à 5% de création monétaire, on ne crée pas d’inflation. Même si l’inflation est appelée aujourd'hui de nos vœux, car maintenant c’est la déflation qui est jugée épouvantable. Il ne faut pas tomber dans une inflation déraisonnable mais une légère inflation est plutôt positive pour l’économie. Donc nous envisagerions, et là, la discussion est ouverte, une création monétaire correspondante aux préconisations du FMI, c’est-à-dire 5%, soit 90 milliards par an. Notre idée est d’en faire 100 milliards par an, 45 milliards pour le remboursement des intérêts de la dette et 45 milliards pour le remboursement du capital de la dette. Cela limite beaucoup les conséquences d’une éventuelle inflation car on ne l’injecte pas dans l’économie réelle. Enfin il faut réserver les 10 milliards restants au déverrouillage des capacités d’emprunts des PME et PMI.

François Hollande a été élu sur la base d’une majorité présidentielle étroite, et en paye aujourd’hui le prix, notamment vis-à-vis des frondeurs. Si vous vous placez dans cette perspective de gagner ces élections, ne pensez-vous pas qu’une faible majorité présidentielle entrainerait une même dynamique sur les élections législatives ?

François Hollande n’est pas victime de cela. Je ne le crois pas. Il est victime de ses résultats. Les frondeurs ne précipiteront jamais une dissolution de l’assemblée nationale, j’en suis convaincue. Il est rare que les députés scient la branche sur laquelle ils sont assis. C’est son absence de choix et de capacité d’action qui pose problème.

Je crois que le peuple français est raisonnable. S’il élit un Président de la République c’est pour lui donner une majorité législative par la suite. Or, nous avons principalement été victimes du mode de scrutin, il faut être honnête. Ce mode de scrutin a été créé précisément pour empêcher un troisième mouvement. Or la situation a évolué. A partir du moment où ce troisième mouvement devient le deuxième ou le premier, alors tout est chamboulé. Et ce système majoritaire à deux tours qui nous a été très défavorable pourrait demain nous être très favorable. C’est une histoire de seuil. Mais il faut rappeler que si nous étions à la proportionnelle intégrale version 1986, nous aurions 150 députés. Cela changerait totalement le visage de la vie politique française. Mais nous pouvons parfaitement, au contraire de ce qui est dit, avoir une majorité. Je suis pour la proportionnelle non pas parce que ça m’arrange, mais parce que je pense qu’elle est le verrou d’une vraie conscience démocratique dans notre pays. Aujourd’hui les gens ne se sentent pas représentés.

Je sais aussi que sur toute une série de sujets, nous pouvons parfaitement élargir cette majorité. Parce que le mode de scrutin a eu pour effet d’empêcher le débat au sein de l’assemblée, qui doit être le lieu de la discussion. Et la proportionnelle oblige à la discussion. Chaque dossier doit en faire l’objet, il faut négocier pour faire en sorte qu’une loi soit l’émanation de la majorité de la volonté populaire.

Vous parlez de majorité mais un article publié sur Atlantico (voir ici) soulignait une ligne de Fracture au sein de votre mouvement, entre une ligne "historique" Front National et la Rassemblement Bleu Marine….

Je n’adhère pas  à ces histoires de lignes. La réalité est qu’il y a des sensibilités différentes mais pas de ligne divergente. Il n’y a pas de débat au Front National. Mais le Rassemblement Bleu Marine a précisément pour vocation d’élargir notre capacité de rassemblement au sein du simple parti politique. On ne peut pas être capable de faire 50% des voix sans être capable de démontrer cette capacité de rassemblement. Et on en a vu le résultat aux sénatoriales.

Si les sensibilités sont différentes, qu’adviendrait-il si le Rassemblement Bleu Marine devenait majoritaire ?

Le RBM est une association, c’est une plateforme électorale. Et le Front National est un parti politique. C’est une sorte de cabinet de recrutement pour les idées. Ce sont deux rôles complémentaires qui ne sont pas en opposition. Mais il n’y a pas de ligne divergente.

Cette question sera-t-elle posée lors du congrès du 29 novembre ?

Le congrès est celui du parti. C’est le moment de respiration démocratique du Front National, le moment d’une amélioration des structures. A compter du congrès nous aurons notre candidat à la présidentielle, et nous pourrons démarrer le travail de fond, sur les équipes, sur le projet de ces élections.

Vous avez pu indiquer que le retour de Sarkozy est une bonne nouvelle pour vous. Pourtant, selon une note publiée par le Figaro (Jérôme Fourquet), la stratégie de Nicolas Sarkozy semble s’être révélée positive, électoralement parlant, lors de l’entre-deux tours des Présidentielles de 2012…

Le problème d’une stratégie que l’on utilise trois fois de suite, c’est qu’à chaque fois, elle devient moins performante. Cela pourrait être un problème si je nourrissais l’inquiétude de ne pas être au second tour. Alors que je pense que je serai au second tour.

Mais je ne crois plus à la gauche et à la droite. Et la prochaine présidentielle aura ceci de spécifique que nous serons vraiment à la croisée des chemins. Soit on continue dans la soumission à la mondialisation, l’effacement des frontières soit on parie à nouveau sur la nation avec tout ce que cela peut avoir comme conséquence sur le protectionnisme, le patriotisme économique, la priorité nationale etc…

Mais sur ces sujets, les lignes ne sont pas si claires à droite et à gauche, des divergences apparaissent au sein même des partis…

Il y a surtout une fusion totale. Si Alain Juppé était dans le gouvernement de Hollande, cela ne choquerait personne. Quand nous avons exprimé ce terme d’UMPS, c’est qu’il avait un contenu. Ce n’est pas qu’un slogan.  Pour moi, la Présidentielle entre Sarkozy et Hollande, ou entre Juppé et Hollande, c’est une primaire européenne.

Ce qui signifie que c’est l’ancienne ligne du RPR, plus eurosceptique, qui est votre principale concurrente ?

Cette ligne-là est surtout le principal espace ou je vais puiser mes nouveaux soutiens. Philippe Martel en est un exemple.  Pour eux, le Front National est beaucoup plus proche du RPR de l’époque que ne l’est n’importe quelle autre formation politique. Et je pense que Sarkozy ne refera pas le coup de 2007 et de 2012 car il est conscient qu’il n’arrivera pas à enfumer une troisième fois les électeurs du Front National. Et donc, sa stratégie sera d’aller au centre.

Lorsqu’il critique Schengen, ce ne sont pas des critiques sur Schengen, ce sont des critiques sur l’absence de normes communes de l’ensemble des pays qui fait que Schengen ne fonctionne pas. C’est une vision trop européiste et il va finir de dégoûter une grande partie des électeurs de l’UMP qui est en totale contradiction avec ce positionnement. C’est un choix qui lui laisse peu d’espace politique. Il est écrasé entre Marine Le Pen et Alain Juppé.

Il a construit son image de sauveur sur la droite décomplexée. Et en termes d’image, il est très difficile de changer. S’il a eu autant de succès en 2007, c’est précisément parce qu’il s’opposait à cette "UDFisation" effectuée par Chirac. Donc, se centrer maintenant c’est prendre les gens à contrepied. Et dans ce cadre-là, Juppé est plus crédible que lui. Nicolas Sarkozy a un problème d’espace politique aujourd’hui. Voilà pourquoi il apparaît si mal à l’aise, en déséquilibre. Parce que je crois qu’il n’a pas encore choisi, et le simple fait d’avoir à choisir démontre un problème de sincérité. Si vous avez besoin de choisir entre deux options, c’est que vous n’avez pas de sincérité.  Quand on a des convictions, on ne choisit pas.

Vous avez déjà évoqué les sanctions que vous souhaitez mettre en place à l’égard des candidats djihadistes en France. Mais concernant ces jeunes qui partent, certains semblent le faire sans aucune conviction, notamment cette jeune femme qui évoquait le "Djahid" c’est-à-dire en ne connaissant même pas les mots. Comment expliquez-vous un tel phénomène ?  

Le déracinement. Les gouvernements successifs ont mis en place une immigration de masse qui empêche l’enracinement dans la nation française, l’assimilation. De surcroît, on a laissé des quartiers sous la loi des fondamentalistes. L’ordre public n’y existe plus. Ils ont pu manipuler les plus fragiles pour leur vendre une nationalité religieuse qui n’a même pas eu besoin d’être substituée à une nationalité véritable. Le refus de la condamnation du fondamentaliste est également de la responsabilité de nos dirigeants. Sous prétexte d’islamophobie, on n’avait pas le droit de pointer les exemples de comportements radicaux.

On en est arrivé là en effondrant l’image de la France. Il n’est pas possible de faire adhérer quelqu’un à l’image d’un pays dont on dit qu’il est colonisateur, collaborateur, d’un pays qui est  allé voler les pays d’Afrique etc…Il ne peut y avoir d’adhésion à un pays raciste inégalitaire et injuste et cela a été le discours de nos élites depuis 30 ans. Parallèlement à ça on leur a coupé l’accès à l’ascenseur social. Il s’agit de l’idéologie du mondialisme qui voit la nation comme un obstacle. Et durant 30 ans, la nation a fait l’objet d’attaques systématiques.

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